La comète – Claire Holroyde

N’imaginez-pas vous retrouver dans un énième blockbuster hollywoodien, ni côtoyer un clone de Bruce Willis.

Si le sujet semble usé, Claire Holroyde réussit à insuffler de la vie et une singularité dans son roman. On est bien dans un livre à destination du grand public, mais il s’avère aussi intelligent qu’addictif.

Son secret ? Emprunter des chemins de traverse et placer l’humain au centre du jeu.

Chemins de traverse

Alors que l’autrice aurait pu uniquement raconter la chute de la comète et les réactions de la population, elle a fait le choix de se concentrer sur certains personnages clés de l’équipe internationale qui cherche à faire dévier le (très gros) caillou spatial. Mais aussi sur d’autres protagonistes, dont on ne fait pas immédiatement le lien avec la catastrophe annoncée.

Alors qu’elle aurait pu se concentrer sur la débandade terrestre pré-apocalyptique, elle suit un itinéraire plus sinueux.

Chute, causes et conséquences. L’ambiance d’urgence tourne bien autour du désastre à venir, qui dérègle immédiatement le fonctionnement de nos sociétés. L’effondrement est immédiat, la terre s’enfonce en quelques jours dans le chaos absolu. Même si l’autrice ne se polarise pas sur cette partie, les scènes décrites sont saisissantes, avec cette chute dans le noir alors qu’il reste pourtant un tout petit peu espoir.

L’intrigue cible la mission de la dernière chance d’une équipe qui va travailler chaque seconde à trouver le moyen de dévier la comète de sa trajectoire. En se fixant sur certains protagonistes-là, tous surdoués dans leurs domaines, tous atypiques dans leurs comportements et leurs parcours.

Solution internationale

Mais, étonnement, ce ne seront pas les seuls suivis par l’histoire, d’autres seront dépeints, qui n’ont pas de liens directs. J’en suis même arrivé à me demander, durant la première moitié de ce pavé de 500 pages, ce qu’ils apportaient vraiment au récit. Mais dès la deuxième partie, tout commence à faire sens, et les choix de l’écrivaine se révèlent aussi audacieux et judicieux, qu’humainement forts. La solution est aussi ailleurs.

On aurait pu s’attendre à une intrigue américano-américaine venant de la primo autrice. Au contraire, elle fait montre d’une habileté peu commune chez les auteurs US, à ne pas penser qu’ils sont le centre du monde.

L’engin qui peut sauver la planète est monté à Kourou en Guyane, l’Amérique du Sud étant un endroit crucial de l’histoire. Les personnages sont internationaux, une partie des scènes se déroule ailleurs sur la planète (dont l’Arctique).

Et jamais, Holroyde ne tombe dans des descriptions trop techniques, toujours avec la volonté de rester accessible (et crédible).

Propos sous-jacent

Le scénario catastrophe est déroulé, bien sûr, mais clairement pas d’une manière habituelle. L’humain est le cœur du récit, entre ceux qui se sacrifient totalement pour la planète, et ceux qui lâchent tout. La solitude, couplée à l’entraide des potentiels « sauveurs », est émotionnellement marquante.

Et c’est bien là le propos sous-jacent du roman, de s’insérer dans une intention écologique. Au-delà des préoccupations géopolitiques (bien présentes), au-dessus des difficultés individuelles.

La deuxième partie du roman en est d’autant plus surprenante, empruntant ces chemins de traverse qui semblent s’éloigner du sujet, pour pourtant s’axer sur l’essentiel de ce qui pourrait permettre la survie.

Au-delà de l’aspect divertissement réussi, La comète se révèle être bien plus profond, et un vrai questionnement sur le sens du rapport de l’homme avec la terre et avec ses congénères. Claire Holroyde parvient à renouveler le sujet en s’appuyant avec intelligence sur l’humain.

Au final, le roman se dévoile bien plus surprenant qu’il n’y paraît. Une jolie réussite.

Yvan Fauth

Date de sortie : 06 mai 2021

Éditeur : Gallmeister

Genre : SF apocalyptique et humaine

Traduit par Jacques Mailhos

4° de couverture

Jaillie de l’ombre du Soleil, la comète noire DU3 se dirige droit vers la Terre. Une collision semble inévitable, ce qui provoquerait une véritable Apocalypse. Un jeune spécialiste de l’aéronautique, Ben Schwartz, est nommé à la tête d’une équipe internationale censée trouver le moyen de faire dévier l’énorme bolide céleste de sa trajectoire. Réunis sur la base de Kourou en Guyane, coupés de leurs proches, des hommes et des femmes de tous horizons rivalisent d’ingéniosité pour affronter ce défi sans précédent. Mais contre toute attente, ce n’est pas l’exploit technologique qui se révèle le plus difficile ; en temps de crise, les passions humaines s’exacerbent, comme sur ce bateau brise-glace en route vers l’Arctique où un photographe baroudeur se rapproche d’une biologiste solitaire. Alors que le temps vient à manquer, chacun se montre sous son vrai jour.



Catégories :Littérature

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4 réponses

  1. Après notre échange sur mon article, j’imaginais que tu allais te montrer plus enthousiaste (même si ta chronique est élogieuse, hein !) 😉
    Joli billet en tout cas, qui montre que nous n’avons pas retenu les mêmes choses du livre, c’est intéressant.

    • Je sais me tenir, moi Monsieur ! 😁. Plus sérieusement, je suis vraiment hyper positif pour cette lecture, j’espère que ça se sent suffisement !
      Oui les perceptions de lecture personnelles sont toujours intéressantes à confronter. C’est enrichissant

      • Oui, ça se sent, rassure-toi. D’une manière assez juste, sans excès superlatif et tant mieux – parce que si c’était le cas à chacun de tes articles, ça finirait par devenir suspect !
        Tu mets bien en valeur les lignes de force singulières du roman, ce qui peut le faire sortir du lot sur un tel sujet. Après on est touché (comme toi) ou moins (comme moi), mais cela reste une affaire d’appréciation personnelle.

  2. C’est un thème que je préfère nettement à l’écran (et tant pis si je dois faire une croix sur Bruce 🤭).

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