Interview – 1 livre en 5 questions : Sång – Johana Gustawsson

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

JOHANA GUSTAWSSON

Titre : Sång

Éditeur : Bragelonne

Sortie : 16 octobre 2019

Lien vers ma chronique du roman

C’est le troisième roman avec tes personnages récurrents, tu dois commencer à bien les connaître…

La profileuse Emily Roy, l’écrivaine Alexis Castells, l’analyste Aliénor Lindbergh, le commissaire Lennart Bergström et le détective Kristian Olofsson… tous me manquent terriblement lorsque je ne suis pas en période d’écriture. Vraiment, terriblement. Cela va peut-être paraître étrange (mais après tout, avec les histoires que j’écris, on n’en est plus là !) mais c’est un manque traversé d’une certaine tristesse. Des compagnons de route dont je ne me lasse pas. Pourtant, je n’imagine pas les inviter à dîner à la maison, ou peut-être tout simplement sans Emily, qui ne viendrait pas de toute façon ! Je les connais tous les cinq comme un mari, comme des enfants. Je les aime, j’en prends soin, mais avec la grande différence qu’ils ne m’exaspèrent jamais ! Je ne les juge pas, non plus, un peu comme un acteur qui interprète un personnage. C’est finalement une lune de miel qui n’en finit pas. Que du bonheur quoi !

J’ai trouvé l’ambiance différente du précédent. Mör était plus anglais, l’atmosphère de Sång m’a semblé davantage scandinave, et pas seulement parce qu’une partie de l’intrigue se déroule en Suède. C’est volontaire ?

Dans Sång on se retrouve en effet essentiellement en Espagne et en Suède ; la Perfide Albion disparaît donc un peu de ce troisième opus… Et nous traversons la Suède en hiver, ce qui, d’un point de vue atmosphérique, la rend encore plus prégnante. Et la Scandinavie hivernale impose une certaine présence, une déférence presque. C’est aussi un livre traversé par une grande vague de tristesse et d’abandon, un livre qui se lit avec les tripes et le cœur, comme m’a dit un lecteur. Peut-être que cela, mêlé à la neige et au froid crée une ambiance plus ténébreuse et nordique que celle de Mör.

Certains de tes personnages ne font pas qu’enquêter, ils sont acteurs et touchés au cœur…

Oh ça oui. Ils ne sont pas épargnés dans cette enquête. Peut être parce que c’est un livre qui me touche de près, moi, ma famille et mes grands-pères tout particulièrement, dont les existences ont été bouleversées par la guerre d’Espagne. Adolescent, mon grand-père maternel, catalan de naissance, a dû fuir Barcelone sous les bombes de l’armée de Franco pour s’expatrier dans le sud de la France, et mon grand-père paternel, s’est quand à lui engagé à 24 ans dans les Brigades internationales pour combattre aux côtés des Républicains. Peut-être voulais-je alors transposer cette histoire en la confiant à mes compagnons de voyage, pour qu’ils la portent autant dans leur cœur que dans le mien.

Cette fois-ci, les scènes contemporaines sont jouées en alternance avec des passages très durs se déroulant dans l’Espagne de Franco…

Ces passages ont été à la fois extrêmement difficiles à écrire émotionnellement parlant, car je pleurais toutes les larmes de mon corps (une fameuse scène de fusillade, écrite à 1h du matin, alors que la maisonnée était endormie, et moi en sanglots devant mon ordinateur) mais tellement faciles à relater, car j’ai procédé à de vastes recherches sur cette époque, et il y avait tellement à raconter, tellement d’inhumanité, de barbarie, de drames et d’histoires qui ne demandaient qu’à prendre la parole. Ces trente-six années lors desquelles Franco a été au pouvoir ainsi que les trois ans de guerre civile qui les a précédées, sont méconnues, et l’étendue des dégâts et des victimes de cette dictature bien plus encore.

Sans trop en dire, on retrouve dans ce troisième roman des thématiques qui semblent t’obséder (enfantement, lien avec le passé…)…

Sång est un livre dont l’écriture fut incroyablement cathartique. Parler du chemin parcouru pour avoir nos trois enfants, de ce que nous avons traversé en tant que couple, qu’individus et que famille, m’a fait un bien fou. Il s’est agi de partager nos batailles, frustrations, craintes, angoisses, mais aussi et surtout nos joies et de nos victoires. Notre parcours n’est pas commun, certes, mais il n’est pas unique. Et lorsque je vois déjà quel formidable accueil le livre a outre-Manche, je me dis que j’ai bien fait d’ouvrir mon cœur et de le coucher sur le papier.



Catégories :Interviews littéraires

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3 réponses

  1. Un coup de cœur pour ma part !

  2. Pas encore lu, mais ça ne saurait tarder, étant donné le contexte… 🙂

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