Recueil de nouvelles : Ecouter le noir – Vu par les auteurs – 1ère partie

Le 16 mai 2019 est sorti un recueil de nouvelles noires aux Éditions Belfond,regroupant 13 grands noms du genre.

13 écrivains qui m’ont accompagné dans cette belle aventure humaine que j’ai mené avec passion en tant que Directeur d’Ouvrage.

11 nouvelles autour d’un même thème. Ils ont joué avec les différentes définitions du mot « audition ». Quoi de mieux pour en parler que de donner la parole aux auteurs du recueil !

Voici donc les mots de trois des auteurs quand je leur ai demandé comment ils appréhendent l’art de la nouvelle et comment ils ont voulu jouer avec le thème imposé.

NICOLAS LEBEL

Je suis un novice dans l’écriture de nouvelles. J’en ai lu beaucoup, surtout lors de mes études de langue anglaise, parce que c’est un format adoré des Anglo-saxons. Les Français l’apprécient moins au profit de récits plus longs. C’est ainsi, même si depuis quelques années, le genre commence à plaire ici aussi et trouve ses virtuoses.

La nouvelle est un exercice périlleux. Elle requiert souvent autant de travail de construction que pour un roman : une bonne caractérisation, une intrigue carrée, des rebondissements. Pourtant le tout doit se faire avec une économie de place. Ce qui tient en deux, trois cents pages dans le roman doit entrer dans la dizaine, vingtaine de pages de la nouvelle. C’est là, l’exercice périlleux. Donner autant avec moins ! À cela s’ajoute les contraintes de temps et de lieux. Là où le roman peut emmener le lecteur d’un lieu à un autre, étalant ces voyages dans le temps, sur des jours, des années, peut prendre son temps, la nouvelle doit « ramasser » ces événements, voire se concentrer sur un seul.

Outre cet aspect court de l’histoire (une nouvelle est a short-story, en anglais), on trouve souvent une chute, un retournement inattendu en fin de récit, qui permet une relecture, une réinterprétation. Je ne crois pas que ce soit une obligation du genre, on peut s’en passer. Pire, souvent cette volonté de construire un retournement époustouflant donne l’impression que le reste du texte ne sert à rien : « l’histoire ne tient qu’à sa chute » selon l’expression, comme une blague dont on attend la punchline, et qui ne sert à rien sans elle.

« Un sacré chantier », la nouvelle que je propose est une modulation sur le thème du bruit, de l’écoute et de l’entente, un jeu sémantique sur ce qui est audible et ce qui ne l’est pas. Le personnage principal peine à se faire entendre dans le brouhaha d’un chantier, sa voix étant étouffée par les bruits parasites ambiants. Ce n’est bientôt plus le son de sa voix qui est inaudible à mesure que l’histoire avance, mais bien son message. Son propos devient inaudible non plus à cause du boucan environnant, mais parce que ceux qui l’entourent refusent de l’entendre/de l’écouter. Alors qu’au début de la nouvelle, le message de l’émetteur se perd dans le bruit des travaux, rapidement, il se perd faute de récepteur(s) capables de l’entendre. Et quand on ne s’entend plus, comment peut-on s’entendre ? Bien sûr, cette métaphore du bruit, de l’écoute et de l’entente s’appuie sur une problématique très contemporaine que les lecteurs reconnaîtront, et réaffirme un message tout aussi contemporain. À bon entendeur ! Bonne lecture à tous.

SOPHIE LOUBIERE

La nouvelle est la forme d’écriture à laquelle je dois d’être romancière. C’est avec elle j’ai débuté ma carrière d’auteur en 1995. Je l’ai pratiquée d’abord pour la fiction audio, élaborant des « Petits Polars » de trois ou quatre pages pour les Ateliers de Création de Radio France qui m’ont valu d’être remarquée par Claude Chabrol et par le scénariste Jacques Santamaria. Une cinquantaine de textes, bientôt étoffée d’une vingtaines d’autres, écrits pour des recueils collectifs ou pour la radio (France Inter, France Bleu). Femme de radio pendant près de 20 ans, autant vous dire que la thématique de l’audition proposée pour ce recueil m’a tout de suite parlée. Le son est à la fois invisible, impalpable tout en étant présent, exactement comme un sentiment. Voilà ce qui a inspiré et guidé l’écriture de ma nouvelle.  

Oui, la nouvelle correspond parfaitement à ma façon de créer, d’articuler une intrigue. J’aime écrire des textes courts élaborés comme des courts-métrages*. C’est tout un art, que celui d’écrire court, de ne pas laisser au lecteur un arrière de goût d’inachevé. Il faut aller à l’essentiel. Une nouvelle, c’est une course de vitesse. Il faut donner tout ce qu’on a en un minimum de temps. Mettre en relation la forme et le geste. Appréhender, dans la réalisation de ses actions les notions relatives à l’espace et au temps. Et surtout, courir sans s’essouffler. C’est une forme littéraire que je pratique aussi dans le cadre d’ateliers d’écriture avec des jeunes ou des adultes car elle fonctionne comme un révélateur de talent, d’émotion. Elle permet de se fixer un objectif (nombre de pages, sujet à traiter, but à atteindre) et de le réaliser. Enfin, j’aime en lire depuis l’enfance. Celles de Dashiell Hammett, Guy de Maupassant, Joyce Carol Oates et Sam Shepard, dans des styles bien différents, m’ont apporté d’incomparables émotions. 

(*) Les petits polars de Sophie, téléchargeables en numérique chez 12/21

LAURENT SCALESE

La nouvelle, c’est aller à l’essentiel, avec une économie de mots et de moyens, mais avec un maximum d’efficacité, d’émotion et de profondeur.

Écrire à partir d’un thème imposé est toujours un challenge, il faut raconter une histoire qui tienne la route dans un cadre bien défini. Pour ÉCOUTER LE NOIR, j’ai choisi de jouer les cartes du mystère et de la peur. 



Catégories :Littérature

Tags:, , , ,

5 réponses

  1. Hâte de l’avoir entre les mains (toujours pas livré…)

Rétroliens

  1. Recueil de nouvelles : Ecouter le noir – Vu par les auteurs – 2ème partie – EmOtionS – Blog littéraire

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :