Interview – 1 livre en 5 questions : Candyland – Jax Miller

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Jax Miller

Titre : Candyland

Éditeur : Flammarion / Ombres noires

Éditeur poche : J’ai lu

Sortie grand format : 31 août 2017

Sortie poche : 14 mars 2018

Lien vers ma chronique du roman

Merci à Aude pour la traduction ! Vous pouvez la retrouver sur son blog Aude bouquine

C’est une vision crépusculaire de l’Amérique rurale que tu nous proposes-là, à travers la vie de diverses communautés…

Oui, j’aime vraiment écrire au sujet de l’autre facette de l’Amérique, celle qui ne fait justement pas rêver, la face cachée de ce pays dont on ne fait pas trop étalage. Je m’assure toujours que mon personnage le plus fort soit celui où se déroule l’action, ainsi je peux choisir des lieux sombres mais riches, et l’un de ces lieux est justement celui où se déroule Candyland, là où il y a un mélange de plusieurs paramètres fascinants qui sont plutôt proches géographiquement parlant : Cane est en fait la représentation dans la vraie vie de North Braddock Pennsylvanie, un lieu sombre au réalisme cru. A Hershey*,toujours en Pennsylvanie, on peut littéralement sentir l’ôdeur du chocolat flotter dans l’air.

Puis Vinegar est en fait Lancaster, là où vivent les communautés amish comme dans le nord des Appalaches. En réalité, j’ai tellement aimé tous ces endroits que je ne savais pas lequel d’entre eux garder, donc je les ai tous choisis! Je me suis demandée ce qui pourrait se passer si on les mélangeait tous et si on essayait d’en faire un thriller : Candyland en est le résultat.

Encore une fois, au sujet du rêve américain, vous verrez la différence entre l’intrigue de 1982 et l’intrigue en cours dans Candyland. Le passé repésentait quelque chose de beau et d’attirant, alors que le présent représente la tristesse et la poussière. Je pense que beaucoup de gens voient les choses de cette facon et sont nostalgiques du passé. Dans cette histoire du moins, le passé s’éternise mais cela provoque du coup une amertume concernant le présent.

* Note de la traductrice : Hershey est une marque de chocolat très connue aux US mais aussi le nom d’une ville en Pennsylvanie

Le roman est très sombre, parfois très violent, mais il est aussi question d’amour…

Oui, mais n’est-ce pas pas souvent la réalité ? L’amour peut être violent pour certaines personnes. La douleur due à la perte de l’amour peut être insoutenable. Je ne pense pas avoir écrit une histoire d’amour dans laquelle j’ai été obligée de mettre de la noirceur, j’ai plutôt écrit une histoire sombre dans laquelle j’ai eu besoin de mettre de l’amour. Je pense qu’il faut toujours cherché ardemment la beauté de la vie, de peur que les ténèbres vous dévorent vivant. Sans amour, et sans cette quête constante de recherche de l’amour, beaucoup de ces personnages n’auraient pas pu donner un sens à leur vie.

On retrouve, dans ce second roman, des thèmes que tu as déjà évoqué dans Les infâmes, comme l’enfantement et les communautés…

C’est amusant, parce que ces thèmes sont arrivés là par hasard, et généralement n’apparaissent pas avant plusieurs jets du roman.

Par exemple, le thème de la naissance n’est arrivé dans Candyland que bien plus tard. Comme je le disais dans la question 1 au sujet des communautés, je pense que ça à moins à voir avec les gens et plus à voir avec l’action. Quand j’écrivais à propos du culte religieux dans Les infâmes, ou lorsque je j’écrivais à propos de la commaunté amish dans Candyland, c’est parce qu’avec ces personnages est venue une belle histoire à raconter. En faisant mes recherches pour Candyland, j’ai voyagé dans une ville amish en Pennsylvanie appelée Bird-in Hand. C’est vraiment une ville qui existe et c’était superbe. Je suis partie dans une carriole amish et je me suis promenée dans les champs de maïs pendant que les petites filles amish nous préparaient de la bière faite à partir de racines*, des cookies, des bretzels. C’était une expérience magnifique et exceptionnelle. Comment n’aurai-je pas pu partager cette expérience ?

Pour le thème de la naissance, encore une fois, ce n’était pas quelque chose que j’avais en tête pour Candyland. L’idée est arrivée bien plus tard. Je pense que le lien entre une mère et son enfant est le lien le plus fort qu’on puisse imaginer entre deux êtres. J’essaie de commencer avec l’amour le plus profond (le lien mère-enfant) et je le fais voler en éclat avec la douleur la plus profonde (perdre un enfant)

Ce qu’il est important de mentionner aussi dans ma façon d’écrire c’est l’utilisation des situations extrêmes. Sadie, mon personnage principal, a eu son bébé de façon effroyable et l’a perdu de façon tout aussi effroyable. Pour revenir sur le sujet de la violence juste une minute, je voulais obtenir la même réaction : que se passe-t-il quand vous prenez la personne la moins confrontée à la violence,comme c’est la cas pour la communauté amish (les amish ne rendent pas les coups et ne font pas partis de nos armées) et que vous la mettez dans une situation inimagineable de violence extrême ? Encore une fois, j’aime décrire ces situations extrêmes.

Je vais partager une histoire avec vous, une histoire vraie. En 2006, il y a eu une fusillade dans une école à West Nickel Mines. Un homme anglais (il était en fait américain mais les amish appellent tous les non-amish, des anglais) s’est rendu dans la communauté amish, a pris un groupe d’écolières en otage, en a tué plusieurs. Cela a été horrible. Je me souviens que je vivais alors à New York quand c’est arrivé. C’est important de se souvenir que les amish n’ont pas la télé, n’ont pas les informations, ils sont aussi simples qu’on peut l’être. Puis, vous avez ce fou furieux qui arrive chez vous et commence à tuer vos enfants avec un fusil.

La partie la plus puissante de cette histoire réside dans la réaction du peuple amish : non seulement ils ont pardonné au meurtrier (qui s’est donné la mort le même jour), mais ils ont aussi payé pour son enterrement et sont allés apporter leur soutien à sa famille.

Je pense que c’est un parfait exemple de la façon d’être des amish dans ce monde ; de leur bonté et de leur simplicité. J’ai été profondément émue par cette histoire.

* Note de la traductrice : bière faite à partir de racines est la traduction littérale. On peut aussi utiliser le mot racinette mais c’est moins parlant.

Les surprises de ce récit sont ahurissantes. Avais-tu en tête l’ensemble des nombreuses ramifications de cette intrigue ou t’es-tu laissée porter par l’écriture ?

L’une des choses les plus excitantes dans mon métier d’écrivain est cette capacité à continuer à me surprendre moi-même. C’est en majeur partie l’une des raisons qui me pousse à écrire. Quand quelqu’un est au sommet d’une falaise et que je ne l’ai pas vu venir, que je suis dans la situation de pouvoir le sauver ou de le pousser, c’est une expérience incroyable. J’aime avoir ce contrôle. Donc non, je ne prévois pas ces choses là.

Si une part de vous est triste quand un personnage meurt, je peux vous assurer que j’ai certainement sangloté moi aussi en l’écrivant. Si une part de vous sourit à propos d’un personnage, je peux vous assurer que j’ai dansé moi aussi avec cette idée. Je suis émotionnellement très attachée à eux.

Est-ce-que le fait d’être une américaine vivant en Irlande a t-il une influence sur ta manière de raconter cette Amérique profonde ?

Si ça influence quelque chose, c’est à m’interroger encore plus profondément sur mes racines. Je pense qu’après avoir vécu 6 ou 7 ans ici, je vois l’Amérique d’une autre facon parce que je vis en dehors du territoire Americain. Donc maintenant, quand j’écris, ce n’est pas pour un lectorat américain, et je sais ce qui va y être vu. Je ne pense pas que l’Irlande ait la moindre influence sur ce que j’écris, je pense que j’écrirais la même chose vivant en Amérique. Mais cela change ma façon d’écrire. J’aime le confort de ma vie privée en vivant dans la campagne irlandaise. Je suis toujours inspirée par ses paysages à couper le souffle, ou les moutons que je vois de ma fenêtre, des choses que je ne verrais jamais en Amérique.

Mais mes racines restent mes racines, et elles ne me quittent pas.



Catégories :Interviews littéraires

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