Interview littéraire 2014 – Brian Freeman

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Il n’est jamais trop tard pour découvrir un bon auteur. J’ai attendu sept romans publiés en France pour enfin me plonger dans l’univers de Brian Freeman.

Cette lecture enthousiasmante m’a donné envie de connaitre l’écrivain derrière L’empreinte du soupçon (publié chez Presses de la cité en 2014). Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça en valait le détour. Un immense merci à l’auteur pour sa disponibilité et son sens du partage !

Merci à Julie, mon indispensable traductrice, que vous pouvez retrouver sur son blog Evasions Julivresque

Ma chronique de L’empreinte du soupçon

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Question rituelle pour démarrer mes interviews, pouvez-vous vous définir en trois mots, juste trois ? 

Mari. Écrivain. Amoureux des chats (cat-lover). (Ai-je triché ? Est-ce que ça fait quatre ?)

Je vous découvre tardivement avec ce roman, L’empreinte du soupçon. Pour ceux qui sont comme moi, comment présenteriez-vous votre carrière d’écrivain ?

Ne vous inquiétez pas, j’écris mes livres avec soin afin que les nouveaux lecteurs puissent plonger directement dans n’importe lequel d’entre eux. Ils ne sont pas obligés de commencer par le début. L’empreinte du soupçon est un roman autonome et donc un excellent moyen de découvrir mon style.

J’aime écrire des livres où les rebondissements vous poussent à tourner les pages pour savoir ce qui arrive ensuite – tout un chemin à parcourir jusqu’à une conclusion choquante. Je pense que c’est pour ça que je suis souvent comparé à Harlan Coben, qui est un tel maître en ce qui concerne les rebondissements. Une lectrice m’a écrit pour me dire qu’elle avait besoin de prendre des « pauses toilettes illicites » au travail pour entamer un autre chapitre. J’adore ça !

Je tiens donc à écrire des livres que vous ne pouvez pas poser – mais je veux aussi que les personnages s’attardent dans votre esprit lorsque vous avez terminé. J’écris des drames qui s’inspirent de secrets et d’antécédents de personnes réelles. Je n’écris pas sur des super-héros ou des super-vilains. Je veux que vous vous voyez vous-même dans chaque livre.

Quelles sont les qualités d’un bon thriller psychologique, selon vous ?

Ça peut sembler étrange, mais je pense qu’un grand thriller est tout d’abord émotionnel. Par exemple, pourquoi le rythme est-il important ? Parce qu’il crée l’excitation et la peur, deux émotions qui vous font vous sentir vivant.

Je pense aussi que vous ne pouvez pas vous intéresser à un thriller si vous ne vous souciez pas des personnages, à la fois bons et mauvais. Plusieurs fois, j’ai eu des larmes qui coulaient sur mon visage quand j’écrivais certains chapitres, parce que je suis si intimement lié aux personnages et à ce qui leur arrive. Je veux que mes lecteurs partagent cette connexion.

Donc, le meilleur thriller devrait être comme une montagne russe dans un parc d’attraction, qui vous laisse à bout de souffle et plein d’énergie – une expérience que vous êtes impatient de revivre.

Cette histoire est un vrai puzzle, particulièrement complexe. Aviez-vous toutes les pièces en tête quand vous avez démarré son écriture ?

brian freeman l'empreinte du soupçonOui, je sais généralement comment tout va se terminer quand je commence. Vous avez raison, mon intrigue est très complexe, avec beaucoup d’éléments qui s’imbriquent ensemble. Si je ne savais pas comment tout était connecté, il serait facile de me retrouver coincé dans l’écriture.

Il y a deux niveaux concernant la planification d’un livre. Le premier est l’histoire de fond – ce qui s’est réellement passé, qui a fait quoi et à qui. L’histoire de fond ne change habituellement pas.

D’autre part, le second niveau, c’est la façon dont je raconte cette histoire au lecteur, comment je révèle les secrets avec le maximum de suspense. Cela peut changer à mesure que j’écris le roman, parce que l’écriture est un réel processus organique. L’histoire et les personnages vivent leur propre vie.

Donc je suppose que je dirais que je sais toujours où je vais – mais la façon d’y arriver peut changer le long du chemin.

La présomption d’innocence, c’est un peu une vaste blague dans l’esprit de beaucoup de gens, non ?

Je pense que la présomption d’innocence n’est rien de plus qu’un dispositif juridique pour protéger les personnes au tribunal – et il est nécessaire parce qu’en tant qu’êtres humains, nous avons tendance à imaginer le pire sur les autres.

Nous concluons que quelqu’un est coupable, même si nous ne connaissons pas la vérité. C’est un des thèmes de L’empreinte du Soupçon. Tout le monde pense que Mark Bradley est coupable d’assassinat, et sa femme seule croit en lui, mais même la conviction de celle-ci est éprouvée.

Vous semblez porter beaucoup d’attention à créer des personnages complexes, qui ne sont ni tout blanc ni tout noir, et qui ont tous des secrets…

Oui, comme je l’ai déjà dit, je n’aime pas les super-héros ni les super-vilains. J’aime écrire sur des personnes réelles. Mes personnages ont des défauts. Ils font des erreurs. Même les bonnes personnes ne font pas toujours de bonnes choses. Et vous pouvez même arriver à verser une larme pour certains des personnages qui font les pires choses, quand vous comprenez ce qui les a poussés vers de telles extrémités.

Je veux des personnages auxquels les lecteurs puissent s’identifier. Je veux que vous vous demandiez : qu’est ce que j’aurais fait dans ces circonstances ? Qu’aurais-je pu croire ou dire ?

Si j’écris sur des personnages «réels», alors ils sont plus proches du cœur du lecteur.

Vous jouez avec intelligence sur le contraste entre le climat étouffant de la Floride et l’environnement rural glacial du Wisconsin. L’atmosphère d’un roman et la manière de se comporter de ses personnages est-il clairement influencé par l’endroit où il se déroule ?

Nous parlons de «lieu» dans les thrillers (les romans noirs nordiques, par exemple) plus que dans beaucoup d’autres genres. Les grands auteurs de romans policiers sont souvent associés aux villes à propos desquelles ils écrivent.

Alors que beaucoup de mes livres, y compris L’empreinte du Soupçon, ont lieu dans le froid, la région désolée du Midwest américain, j’utilise aussi des endroits très chauds comme la Floride et Las Vegas. La ligne de fond est que le lieu définit qui nous sommes, et donc le lieu est une composante essentielle de mes thrillers.

Je veux que le sentiment d’appartenance au lieu soit aussi vivace dans mes livres que chacun des personnages. Mon objectif est de donner aux lecteurs un sentiment de « vous êtes là », comme si ils avaient été placés dans les chapitres et pouvaient ressentir, toucher, goûter, entendre, et sentir tout ce qui se passe autour d’eux.

Une façon d’y arriver est de repérer les lieux comme un réalisateur le ferait. Je cherche, des lieux spécifiques, réels, qui renforcent le drame de chaque chapitre. Donc, dans la plupart de mes livres, vous pouvez aller sur Google Earth et trouver l’endroit même où le drame se passe.

Dans ce roman, on découvre un flic peu ordinaire,Cab Bolton. Pouvez-vous nous parler un peu de lui ? Aura t-on la chance de le retrouver dans de prochaines aventures ?

Ah, Cab Bolton. Cab n’est pas un flic typique. En fait, il ne ressemble pas beaucoup à un flic. Imaginez un jeune Peter O’Toole… yeux bleus absolument incroyables, cheveux blonds hérissés, la peau si parfaite que vous voulez savoir ce qu’il utilise comme crème hydratante. Il est très grand et ne voudrait mourir que vêtu d’un costume coûteux. Il a de l’argent, grâce à sa mère vivant à Hollywood, donc il n’est pas un flic parce qu’il DOIT l’être mais parce qu’il VEUT l’être. Il aime le jeu. Le défi. Il est intelligent et il est bon dans ce domaine.

Cependant, Cab porte aussi une pancarte qui dit : je ne joue pas bien avec les autres. Il déteste l’autorité. Il n’aime pas les règles. Et tout au long de sa vie, il a joué à la marelle, en sautant d’un endroit à l’autre. Les autres flics l’appellent Hep taxi (Catch-a-Cab) Bolton, parce qu’il a toujours un pied hors de la ville.

Une chose à propos de Cab… il est vraiment charmant. Séduisant. Drôle. Affûté. Il badine aussi bien avec ses amis qu’avec ses ennemis. Il est sûr de savoir qui il est et qui il n’est pas. Il prend la vie au sérieux mais lui-même pas du tout. Ce qui le rend impossible à ne pas aimer.

J’ai écrit L’empreinte du Soupçon comme un roman autonome, mais les lecteurs ont tellement apprécié Cab qu’ils ont exigé son retour ! Donc, j’ai un nouveau livre paru aux États-Unis et au Royaume-Uni appelé Season of Fear qui est le deuxième de la nouvelle série Cab Bolton.

J’espère que nous serons bientôt en mesure de le proposer aux lecteurs français !

Être traduit dans 46 pays, c’est assez impressionnant. Cela vous donne t-il une toute autre vision de votre métier de romancier ?

Eh bien, je pense que ça a fait rétrécir le monde pour moi. Lorsque vous entendez des lecteurs de différents pays, vous vous rendez compte qu’ils sont davantage semblables que différents. C’est une leçon importante à retenir.

Les gens réagissent aux livres comme des personnes, avec les mêmes émotions, goûts et dégoûts. Je n’entends pas des lecteurs français, turcs, espagnols, italiens ou américains. J’entends tout simplement des lecteurs.

Ce blog est fait de sons et de mots. La musique prend-elle une part dans votre processus créatif ? 

C’est une grande question. Pour moi, il y a a une musique dans la prose. Je l’entends dans ma tête. Je modifie souvent mon écriture quand je me raconte le roman à haute voix à moi-même. Il y a un rythme musical défini pour chaque livre.

Tous mes livres sont disponibles dans des éditions audio en Anglais avec un merveilleux narrateur nommé Joe Barrett. Mais je n’arrive pas à les écouter ! J’entends les livres d’une façon très différente à cause de cette musique distinctive, et d’entendre quelqu’un d’autre les raconter… eh bien, cela me rend fou !

On m’a dit que vous parliez un peu français, je vous laisse le mot de la fin dans ma langue, si vous le souhaitez 😉

Ha ha, merci… mais je pense que vous regretterez ce question ! J’ecrit et je parle un peu Francais, mais mon grammaire ? Terrible! Quand je vais en France, je parle Francais… mais alors, vous parlez un reponse vite vite vite… et je souris et je ne comprends pas !

Ha ha, eh bien… je dit simplement : J’aime France et j’aime mes lecteures francaises. Et quand vous lisez mes livres, ecrivez a moi !

Mon adresse est brian@bfreemanbooks.com. Ou allez a Facebook: http://www.facebook.com/bfreemanfans.



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15 réponses

  1. Très sympa, le Brian ! J’avais essayé de lire un de ses romans il y a longtemps, un de ses premiers traduits, mais je n’avais pas accroché à l’époque – je ne m’étais pas beaucoup acharné non plus, pour être honnête…
    Cette interview me donne envie de réessayer. On verra à l’occasion 😉
    Merci Yvan – et merci Brian !

  2. Il parle mieux le français que je ne parle l’anglais ! 😆

    Instructif et intéressant, comme d’habitude et ça me donne envie de me plonger dans les romans de cet auteur, comme d’hab… mais qu’est-ce que tu m’énerves, Yvan !! 😛

  3. Tiens , encore un amoureux des chats!
    Ou c’est y qu’elle est ta question sur le dessert préférée? Envolée? 🙂

  4. Bon….ce monsieur a l’air de satisfaire mes envies de lectures….donc….je craque…une fois de plus!!!!

  5. belle ionterwiew Yvan. je retrouve bien le personnage sympathique que j’avais eu la chance de rencontrer à Lyon il y a quelques années à l’occasion d’un quai du polar. Tu verras puisque tu compte lire ses précédents romans,qu’il yu en a parmi eux d’excellents, encore bien meilleurs que celui ci ! Ne reste plus qu’à t’en souhaiter bonne lecture ! Amitiés

  6. Pour ma part, je ne connais absolument pas Brian Freeman, ni l’auteur, ni ses écrits. L’homme a l’air particulièrement intéressant… Alors Yvan, toi qui me connais bien, lequel me conseillerais-tu pour commencer? )

  7. Merci sire Yvan, c’est une belle façon pour moi d’en apprendre un peu plus sur cet auteur. 😉 🙂

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