Laëtitia Milot avec Johana Gustawsson – On se retrouvera

on-se-retrouvera-4136393-250-4004° de couverture  

Avant de mourir, la mère de Margot lui révèle un terrible secret, enfoui depuis trente ans : une nuit, sur la route alors qu’elle rentrait chez elle à pied, elle a été violée par quatre hommes et laissée pour morte dans la garrigue. Puis elle a donné la vie à un enfant. Cet enfant, c’est Margot.

Hantée par le deuil et cette révélation, Margot n’a plus qu’une chose en tête : comprendre, pour se reconstruire. Elle se lance dans une quête de ses origines, en remontant le passé.

Un chemin douloureux et dangereux qui fait surgir le doute, le mensonge et la mort. Mais rien ne peut la retenir. Ni l’amour fou de Gabriel, ni Alice son amie, ni même son psy, Tavernel. Car Margot n’a rien dit. En silence, elle prépare sa vengeance. 

Mon avis

Acte 1 : les fondations sont posées. Une scène de viol collectif, racontée à la première personne. La séquence se déroule sous nos yeux, écœurante, abjecte. 13 pages à la limite du soutenable, qu’on soit une femme ou un homme, 13 pages dont on sort les tripes secouées.

Débuter un roman de cette façon est pour le moins audacieux et pousse le lecteur à imaginer la suite de l’histoire. Une histoire qui prendra certains tours attendus… et d’autres beaucoup moins !

Acte 2 : la quête. Margot, l’enfant du viol, va partir à la recherche de ses origines malsaines. Une quête de soi, un voyage pour tenter de comprendre qui elle est vraiment et le « pourquoi » d’un tel acte horrible.

Un chemin pour se reconstruire (ou se détruire), un chemin pour trouver des réponses (ou d’autres questions), un chemin vers la justice (ou non).

Le sujet du roman est extrêmement fort ; sujet douloureux de la violence faite aux femmes, cette violence par trop banalisée, cette violence qui n’est pas toujours condamnée.

N’imaginez cependant pas un récit au chemin bien tracé et une « simple » dénonciation de cette violence. Non, très vite le récit dérape, et l’orientation des événements va prendre certains tours inattendus.

Acte 3 : jusqu’à un final estomaquant.

Cette intrique n’est pas exempte de défauts, certaines ficelles sont franchement grosses et l’usage de l’ellipse un peu trop opportune à certains moments.

Il n’empêche, cette histoire (qui n’a rien de manichéenne comme on pourrait l’imaginer) est d’une force d’évocation qui ne laisse pas de marbre.

« On se retrouvera » est un vrai roman noir, un roman qui fait réfléchir, un roman qui met mal à l’aise parfois, un roman qui touche au cœur et aux tripes. Cette force rend secondaire certaines ficelles utilisées.

Quant à l’écriture, sobre, elle est de bonne facture, et certains passages sont vraiment bien écrits. Une écriture à quatre mains qui rend la tension palpable et l’émotion prégnante.

Au final, une histoire et un roman qui laissent des traces. 

 Publication française : 2013

Originalité de l’intrigue : ♥♥♥

Profondeur de l’histoire : ♥♥♥♥

Qualité de l’écriture : ♥♥♥♥

Émotion : ♥♥♥♥

Note générale : ♥♥♥



Catégories :Littérature

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29 réponses

  1. Bel avis, comme toujours! Je dis oui pour l’histoire, écriture à 4 mains ou pas… par contre, là où je coince, c’est l’auteur… son parcours ne me donne pas envie de tenter… je dépasserai peut-être un jour ce blocage!

  2. Je rejoins un peu l’avis de Black Kat. L’auteure, hyperprésente sur tous les hebdos télés pour son rôle dans l’hypermédiatisée série « Plus belle la vie », ne me donne pas envie d’acheter son bouquin. J’attendrai donc un peu, mais ta chronique me laisse à penser que pourquoi pas?
    Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis…

    • Ah bon c’est quelqu’un de connu ? ;-). Je n’ai pas le temps de regarder la TV, j’ai trop de choses à lire 😉

    • Vincent !!!! Mais tu es un admirateur de Laetitia Milot, et tu choisis pas la plus moche du feuilleton ! Moi je ne connaissais même pas son nom ! Et je pense qu’il faut savoir se défaire de cette image de bimbo bébête. Elle a aussi un cerveau la demoiselle et qui fonctionne bien (je l’ai vu lors d’une émission culturelle ….. Ce doit être vraiment dur d’avoir un physique de rêve. …..
      Moi je suis bien tentée ….

  3. Moquez-vous les amis ! Je ne savais pas qui c’était … Eh oui je suis une grande fan de la télé ! 😉 Nous sommes parfaitement en harmonie quant à notre ressenti … Je vois que pour toi aussi l’utilisation de l’ellipse narrative n’était pas toujours utilisée à bon escient … D’accord sur toute la ligne mon cher Yvan !

    • Eh oui Carine, on a lu le bouquin sans être influencé.
      TV ou lecture, j’ai vite fait mon choix en ce moment.
      Merci Carine, oui nous sommes sur le même chemin 😉

  4. Je pense qu’il faut savoir s’écarter de l’image de son personnage dans cette série, derrière cette apparence, il y a une actrice et une femme. Et je suis contente de pouvoir être surprise par quelqu’un dans un domaine ou sur un sujet là où on ne l’attendait pas 🙂

    • Ta réflexion est saine, je suis d’accord avec toi 😉
      on a tous plusieurs facettes, et surtout les gens médiatisés qu’on colle rapidement dans des boites dont il ne « faut » pas sortir

      • effectivement les gens ont tendance à être rapidement enfermé dans des boîtes et ce n’est pas parce que son perso est un peu nunuche que l’actrice est identique… de toutes façons, en France, on aime pas trop quand une célébrité a plusieurs talents et s’essaye à plusieurs arts.

  5. honnêtement à la base j’aurai les mêmes a priori que Black Kate . Mais en plus moi ce qui fait que je n’irai pas vers ce roman, c’est la thématique de l’histoire. Et je trouve l’entame curieuse. Avouer au moment de sa mort, à sa fille, qu’elle est le fruit d’un viol collectif je ne vois pas trop l’intérêt. Pourquoi une mère, au moment de partir, irait elle laisser à sa fille ce terrible secret qui peut la démolir complètement alors qu’elle en ignorait tout , qu’elle a peut être fait sa vie et qu’elle est heureuse ainsi. Cette décision est elle vraiment motivée par une raison impérieuse??? cela est dit dans le roman? Serait ce la vengeance? si c’est ca, c’est pas crédible du tout. Enfin, c’est peut être un bon thriller et je respecte tout à fait l’avis de ceux qui l’ont aimé, mais moi je ne suis franchement pas attiré par cette histoire qui me semble tirée par les cheveux. Amitiés

    • Ce n’est pas un thriller, c’est un roman noir.
      La pourquoi de cette révélation, n’est pas vraiment donné, même la fille ne comprend pas et donc le vit mal.
      Chacun pourra y aller de son hypothèse, un façon de soulager sa conscience ? La maladie qui fait quelle ne se rend pas compte qu’une telle révélation peut faire un mal terrible ?
      Beaucoup de possibilités, mais pas pour pousser sa fille à la vengeance en tout cas, pas consciemment.
      Chacun extrapolera selon sa sensibilité.
      Je peux comprendre la tienne.

    • La petite souris , ce n’est pas si curieux d’annoncer à sa fille qu’elle est le fruit d’un viol collectif , enfin ce n’est pas vraiment le contenu qui est important mais l’action , je m’explique .
      Beaucoup de personnes violées se renferme dans un silence pour beaucoup de choses ( honte , vouloir oublié , peur de ne pas être cru , parce que dire ça rendrait les choses réelles , etc. ) et la plupart de ces personnes ressentent  » un jour  » un profond besoin de sortir de ce silence , de ne plus être dans le mensonge , de pouvoir être soi . La plupart du temps c’est à des personnes proches que ces personnes ce confient , amis très proche , famille . Qu’importe à qui on le dit , c’est toujours un peu  » égoïste  » ( d’une certaine façon ) car on donne un poids sur la personne à qui on le dit ( qui peut rester insensible à quelqu’un de proche , ou non , qui nous dit qu’elle s’est fait violée et de voir sa détresse ? Pas grand monde je pense ) . Donc qu’elle dise à sa fille , sur les dernières heures de sa vie n’a rien de curieux , je trouve .
      Je parle en connaissance de cause ( j’ai été violée et si plus tard j’ai des enfants je pense que je leurs parlerais un minimum de mon histoire ; et je connais des personnes violées qui en ont parlé à leur enfants , pas forcément nés de ce viol mais parfois si ) .
      C’est d’ailleurs comme ça que j’ai vu le passage de ce livre , comme un besoin de dire la vérité , mais bien sûr ce n’est que ma façon d’interpréter ce passage ; )

      • Bonjour Pegaze. Ton message est extrêmement fort et très touchant.
        Je suis en phase avec ton point de vue sur la question.
        Bon courage et merci d’avoir témoigné sur ce site.

  6. Une belle surprise en effet que ce roman qui a été fort décrié. Décrié par des personnes qui n’ont même pas pris la peine de le lire. Décrié simplement à cause de la notoriété de son auteur. Bravo donc Yvan de défendre la littérature populaire surtout quand ses ressorts prévalent du noir.

    • Tu as parfaitement résumé les choses.
      C’est un roman populaire (et ce mot est tout sauf une insulte) et également un vrai roman noir, avec un fond, une réflexion.

  7. bonjour,
    moi j’ai lu le livre, le premier chapitre est dur a lire car c fort noir
    mais de chapitre en chapitre on a toujours l’envie d’en savoir plus sur l’histoire de margot, ce livre je l’ai devorer en 2h de temps , franchement je le conseille,

  8. En tout cas, il déchaine les passions ! Plus tard en poche peut être. Nous en discutions de vive voix il y’a encore quelques heures et c’est vrai que je suis un peu le troupeau de ceux qui ont des à priori sur l’auteur. Pourquoi? Va savoir, ce n’est pourtant pas mon genre… Serait-ce mon angelot derrière mon épaule gauche qui me susurre de ne pas acheter encore un autre livre? Le diablotin, côté droit, quant à lui, connait mon numéro de cb par coeur et ne manque jamais de me le rappeler . Sur ce coup, je vais obéir au premier 😉

  9. Après avoir lu les différents avis et ton délicieux article…je suis tentée!! Je vais attendre sa sortie en poche mais je le lirai!!!!!

Rétroliens

  1. Bilan livresque : janvier / Juin 2013 |
  2. Interview littéraire 2013 – Laetitia Milot | EmOtionS – Blog littéraire et musical

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