Au cœur du cirque funèbre – Norman Jangot – Interview littéraire : 1 lecture, 5 émotions
Voici une interview en cinq émotions autour de ce roman
En bref
Titre original : Au cœur du cirque funèbre
Auteur : Norman Jangot
Éditeur : Heloïse d’Ormesson
Date de sortie : 08 octobre 2025
Genres : Polar / Roman noir
Introduction
Nouvelle approche, tout en émotions. Dans mes chroniques, comme dans mes interviews. Une manière différente de découvrir un livre, et son auteur / son autrice. Où je laisse toute la place à celui qui écrit.
Voici l’interview de Norman Jangot au sujet de son roman « Au cœur du cirque funèbre », centrée autour de 5 émotions ressenties par l’auteur.
© Philippe Matsas
Une émotion qui résume la période où le livre a été écrit
Intensité
Au Cirque du Cœur funèbre a été écrit quelque part après la rédaction de mon premier roman, Le Septième continent. Je venais d’enfin m’autoriser à utiliser la littérature comme outil de création, activité qui n’a surgi que tardivement dans ma vie. Un nouveau champ s’est ouvert à moi avec cette impérieuse envie de tout raconter, dans tous les genres, sous toutes les formes, avec des tonnes d’idées de personnages se bousculant dans mon crâne.
J’écrivais énormément, lâchant un roman pour attaquer une nouvelle, sans ligne directrice, sans intention de coller à une demande éditoriale ou un concours de textes. Il fallait que ça jaillisse.
Au Cœur du cirque funèbre est l’enfant de ce moment. La fusion entre deux nouvelles, Le Grippeminaud, qui raconte les déambulations de ce prédateur dans le métro et Viande Rouge, un polar fantastico-humoristique qui a donné naissance au personnage principal de ce roman : Plamensen.
Trois émotions décrivant le roman
Liberté
Tous les traits qui composent mon personnage principal, un détective privé désabusé, en roue libre, complément imprévisible, ont entièrement été conçus dès la nouvelle comme une évidence. Un miroir du lâcher-prise que je ressentais dans cette période faste. Les champs des possibles s’ouvraient et Plamensen en était mon porte-étendard. Mon électron libre. C’est un héros qui, vous le comprendrez en lisant le livre, est fait pour durer.
C’est pour moi une ancre pour me rappeler ce feu qui m’animait et m’a permis de brûler les liens qui m’interdisait de sortir du chemin. Lorsque je me place derrière son épaule, je me sens apaisé, je n’ai plus qu’à laisser sa magie opérée. Plamensen est mon pote, celui qui me guide lorsque les barreaux de ma cage me semblent un peu trop tenaces.
Fascination
Je ne suis pas un Parisien de souche. Lorsque j’ai découvert cette ville, j’ai eu l’impression de mettre les pieds dans un film de fiction tant elle déborde de mystères, de ténèbres, d’incohérence et de personnage mythique sorti tout droit d’un univers fantasmé. Pourtant, cette ville existe, on peut sentir son pouls pulser dans les couloirs du métro. On prend l’habitude de ne plus regarder.
Mais pour ceux qui s’y attardent, c’est un fourmillement de vie débridé qui vibre ici. Comme beaucoup de Parisiens, je me suis retrouvé perdu à déambuler sans but, abruti par la cohue, les images, les flashs, les bruits.
Pour construire le décor de ce roman, je suis vraiment allé chercher les lieux qu’il me fallait. Les dessins et sculptures de Minotaure dont je parle ont tous existé (et existe peut-être encore…). Je me suis engouffré dans l’arrêt Quai de la râpée et ai plongé mon regard sur les lignes se perdant dans les tunnels sombres du métro, laissant mon imagination faire le reste. J’ai eu l’impression qu’il n’en fallait pas beaucoup plus…
Choc
Mais face à cette fresque, je me suis aussi retrouvé conforté à une misère désarmante, côtoyant avec une aisance décomplexée les sphères les plus aisées. M’étant toujours considéré comme un « autre », j’ai cultivé une sensibilité pour les hors norme, les laissés pour compte, ceux qu’on ne regarde plus car ils nous renvoient à un sentiment très désagréable : la possible part d’ombre de notre destin.
Alors on solidifie notre élan communautaire, nous conformant au groupe espérant qu’il nous sauvera de l’ombre. Je comprends l’instinct grégaire de l’humain qui a été une nécessité de survie dans son histoire, mais à notre époque, ce sentiment m’effraie, me bouleverse. On se replie dans nos croyances, nos coutumes, nos règles absconses, alors qu’il est plus que temps de se percevoir comme une seule et même communauté assise sur un gros caillou qui va finir par ne plus vouloir de nous.
Plamensen va être confronté directement avec les habitants du métro, ceux qui y dorment, y survivent et sont ignorés ou fuis le reste de la journée. Il va plonger avec eux jusqu’à se fondre, l’espace de quarante-huit heures, dans leur réalité.
Une émotion face au monde actuel
Trouble
Je suis d’une nature optimiste mais j’avoue que les défis de ce monde et la manière dont nos élites les ignorent mettent à rude épreuve cette nature. Je suis souvent sidéré, sans mots et sans voix face aux incohérences qui semblent prendre possession des esprits.
Oh, il y a bien une cohérence. Celle d’une idéologie de l’immédiateté, de la croissance sans borne, d’une vision du monde passéiste, délétère, et tristement pauvre sur le plan philosophique. Je pense sincèrement qu’on est capable de bien mieux que ça en tant qu’espèce et nous sommes nombreux à le croire encore.
Alors pour ma part, je continue d’entretenir mon feu en espérant qu’il en allumera d’autres. Et je vais un peu plus suivre les Plamensen, les hors norme, ceux qui osent faire un pas de côté. Il n’y a que ce genre de personnes qui sont capables d’interroger nos habitudes et les raisons pour lesquelles on se sent figé dans une voie unique.
Résumé éditeur
Un privé aussi désabusé qu’alcoolisé, prototype de l’anti-héros, lancé sur les traces d’un terrible tueur en série, parviendra contre toute attente à résoudre une diabolique enquête, grâce à son esprit de déduction et à son ingéniosité. Un spectaculaire jeu de piste dans un Paris clandestin.
Le privé Plamensen est engagé par un étrange et richissime collectionneur obsédé par les tueurs en série. Ce dernier lui propose d’enquêter sur le sinistrement célèbre Jonathan Mörgn, dont les victimes étaient toutes des sans-abris du métro parisien. La folie criminelle de Mörgn a pour point culminant la mise à mort par noyade de cinquante victimes dans un ancien bunker. Le psychopathe, pour entretenir sa légende, aurait dissimulé juste avant sa disparition des pictogrammes, dessinés à la main, au terminus de chaque station. Plamensen, le sarcasme arrosé au whisky, va tout faire pour éviter de se frotter à cette sale affaire. Pourtant, elle va finir par le rattraper, et il n’aura d’autre choix que de se salir les mains pour découvrir ce que dissimulait cet assassin aux sinistres desseins.
Pour affronter les ténèbres du cœur humain, la dérision est parfois une arme impitoyable. Plamensen, en dépit de son esprit souvent embrumé, n’a pas son pareil pour la dégainer. Dans le dédale du métro et les entrailles du ventre de Paris, Norman Jangot nous dérange, nous déroute et nous offre un polar d’une singularité redoutable.
Pour aller plus loin
Lien vers ma chronique de « Au cœur du cirque funèbre »
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Catégories :1 lecture, 5 émotions - L'interview, Littérature

J’aime vraiment beaucoup cette forme d’interview. Super idée et ce que disent les auteurs est vraiment passionnant. Ça change de toutes ces interviews pré-formatées.
je suis vraiment content du résultat oui, on est loin des interviews purement commerciales !
Voilà une interview qui me donne encore plus envie d’aller à la rencontre de l’auteur 🤩 !
ça tombe bien, tu vas le rencontrer 😉
Une façon intéressante de s’approcher de l’auteur. Un livre que je n’aurais pas lu sans cette présentation. Je vais attendre sa sortie à la médiathèque. Bonne soirée
voilà qui me fait plaisir, je suis content que cette nouvelle manière de parler des livres te plait !
Encore une nouvelle forme d’entretien, mais tu t’éclates mon ami et en plus tu nous régales, génial !
J’ai besoin d’être créatif pour ne pas m’ennuyer 😉
J’ai cru comprendre, oui !