Quand ils viendront – René Manzor | Interview littéraire : 1 lecture, 5 émotions

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Quand ils viendront – René Manzor | Interview littéraire : 1 lecture, 5 émotions

En bref

Éditeur : Calmann-Lévy

Date de sortie : 03 septembre 2025

Genres : Thriller

Introduction

Nouvelle approche, tout en émotions. Dans mes chroniques, comme dans mes interviews. Une manière différente de découvrir un livre, et son auteur / son autrice. Où je laisse toute la place à celui qui écrit.

Voici l’interview de René Manzor au sujet de son roman « Quand ils viendront ». Il a accepté de jouer le jeu, et a tordu les règles à sa manière, pour une approche tout en sincérité ! On a, du coup, davantage que 5 émotions, c’est parce que l’auteur est du genre généreux 🙂

Photo : © Mathieu Guénon

PEUR

Ce roman est né d’un choc. Celui que j’ai ressenti il y a un an et demi, pendant les primaires républicaines aux États-Unis, quand j’ai entendu parler Trump 2. Dès son premier discours, j’ai pris conscience que ce qu’il était en train de dire, il allait le faire. Ce qui est un sentiment étrange parce que, la plupart du temps, on sait bien que les hommes politiques ne feront pas ce qu’ils disent. Je connaissais le personnage et ses excès, mais ce qu’il dégageait là m’a fait frissonner. Et j’ai eu peur pour l’Amérique.

& COLÈRE

J’ai une relation très spéciale avec les États-Unis. J’ai vécu dix ans là-bas, j’ai fait des enfants là-bas. C’est aussi dans ce pays que ma carrière de scénariste et de réalisateur a pris son envol. Et, même si je ne me sens pas du tout Américain, le virage fasciste que mon pays d’adoption semblait négocier m’a mis en colère. Et, bien avant que les événements ne se produisent, j’ai eu comme une prémonition de ce qui allait se passer, de ce qui se passe aujourd’hui et, le Ciel nous en préserve, de ce qui pourrait advenir demain. Il y a, dans Quand ils Viendront, un secret qui court tout au long du thriller et qui est la raison pour laquelle PETER, 11 ans, est pourchassé, comme son père l’était avant lui.

AMOUR

Mais ce qui précède et qui a donné naissance à ce roman n’est pas son thème. Ce n’est que l’élément déclencheur, celui qui a allumé ma mèche. Finalement, cette traque haletante a fini par accoucher d’une histoire d’amour. Entre un père, MORGAN, et son fils, Peter. Entre un enfant et sa mère, EMMA. Entre une femme de soixante ans, PATTY, et l’agent qu’elle a formé ; et cette femme, en retraite, se retrouve à sauver le fils de l’homme qu’elle a aimé sans qu’il le sache, mais aussi celle de son épouse, sa rivale. Les enjeux de la tragédie se mêlent au thriller dans Quand ils Viendront. Ceux que l’on retrouve chez Racine, par exemple, avec A qui aime B qui aime C, et personne qui n’est aimé en retour.

… & REFUS DU DEUIL

Le mélange du suspense et des sentiments est quelque chose de fondamental pour moi. C’est un des thèmes que je poursuis, non pas depuis la nuit des temps, mais depuis la nuit de mes temps de raconteur, depuis mon premier long-métrage : Le Passage. Le refus du deuil, de la mort comme séparation ultime des gens qui s’aiment. Le petit garçon de Quand ils Viendront refuse de croire à la mort de son père. Exactement comme Marcus Taylor, le héros de Du Fond des Âges, refuse de croire à la disparition de son fils. Et, comme Alain Delon dans Le Passage, ils se disent : « Si tu penses à moi aussi fort que je pense à toi, alors c’est sûr on se retrouvera. »

SECRETS

L’émotion générée par le secret est très présente dans Quand ils Viendront. Les personnages ont du mal à se parler car le silence est leur seule protection. Il y a le secret géopolitique, bien sûr, que Morgan cache à sa famille pour la protéger, mais aussi tout un tas d’autres secrets beaucoup plus intimes. Il y a celui que tous les membres de la famille connaissent, à l’insu du lecteur, dans le premier tiers du roman ; celui qui est à l’origine de la dépression de la mère. Que s’est-il passé, dans la vie de cette femme, pour qu’elle se noie dans l’alcool et les médocs, pour qu’elle délaisse son fils, du moins jusqu’à la mort du père ? 

Garder un secret n’est pas forcément un effort. C’est souvent plus facile que de le confesser. Car, quand on veut révéler quelque chose, on n’a pas forcément les « mots pour le dire ». Il y a des situations, dans la vie, où les paroles compliquent tout. Elles caricaturent les émotions, elles dénaturent les sentiments. Elles témoignent parfois même de la non-compréhension des choses. Et donc, si l’on parle à quelqu’un qu’on aime et qu’on a la maladresse de ne pas choisir les bons mots pour évoquer ce que la personne en face de nous ressent, on lui devient étranger. Du coup, pour ne pas courir ce risque, on ne parle plus. Il y a, par exemple, dans Quand ils Viendront, une scène entre Emma, la mère de Peter, et son frère, FRANK, qui illustre parfaitement ce genre de dilemme.

& NON DITS

Au cours de la traque, le frère et la sœur sont forcés de se rendre ensemble de A à B en voiture. Dès lors, ils se retrouvent presque otages l’un de l’autre. La scène commence par un silence interminable. Et c’est quoi, ce silence ? C’est l’état de leur relation. C’est ce qu’ils partagent depuis des années de non-dits. À un moment donné, Emma se risque à une première phrase, terrifiée à l’idée de choisir le mauvais mot. Et la maladresse se produit quand elle prononce le prénom de son mari. Car, pour Frank, Morgan est la personne responsable du danger que courent sa sœur et Peter. Selon lui, non seulement Morgan a ruiné leur existence quand il était vivant, mais il continue, même mort, à leur faire vivre un enfer avec cette traque.

Il n’y a qu’en fin de scène qu’Emma parvient à « trouver les mots » pour exprimer la tendresse qu’elle n’a jamais su communiquer à son frère. Et, à ce moment-là, à court de paroles à son tour, Frank pose tendrement sa main sur la sienne. Car il ne sait plus comment dire « je t’aime ». 

EXORCISME…

Les personnages qui sont sortis sous mes doigts dans Quand ils Viendront ont tenté de mettre des mots sur toutes ces émotions-là. Ils m’ont aidé à exorciser la peur que je ressentais avant de commencer. J’ai choisi comme héros de mon histoire un enfant de 11 ans qui a encore la naïveté de l’Amérique que j’ai aimée et une femme de 60 ans, une professionnelle du Renseignement en retraite qui comprend, mieux que quiconque, ce qui est en train de se passer aux États-Unis. Elle va se battre, aux côtes de cet enfant, pour que les preuves qu’il détient puissent être exposées au grand jour.

Tout cela dans deux décors qui expriment chacun, visuellement, les valeurs américaines qui sont en danger :
      – New York avec cette statue de la liberté, symbole d’indépendance et de justice, cette liberté qui est en train de faire ses valises.
      – Et la communauté rurale des Amish, héritière de l’Amérique du May Flower, des valeurs de ces pères fondateurs, à la recherche d’une terre où vivre librement leur foi.
      Le Mal va arriver dans ce paradis perdu, dans cette communauté non-violente où Peter et sa mère ont trouvé refuge. Mais Peter n’a que onze ans. Sera-t-il de taille pour défendre ce qu’il reste de sa famille quand ils viendront ?

& ACCOMPLISSEMENT

La dernière émotion qu’il me reste maintenant que cette aventure littéraire est terminée est l’accomplissement. Il s’est incarné pour moi à travers le personnage de LOVINA, la fillette amish de 10 ans dont Peter tombe amoureux. C’est sa présence lumineuse qui m’a permis de redéfinir les priorités de ce roman : « La vie n’est pas une course contre la montre, Peter. Vivre, c’est prendre le temps. D’écouter quelqu’un, de partager des moments réels avec lui. Ce sont tes jambes et pas ta bouche qui te rapprochent des gens que tu aimes. Si tu veux vraiment échanger avec eux, lève ton derrière et va voir tes frères, tes amis. Parle avec eux, touche-les et imprègne-toi de leur odeur et de ce qu’ils ressentent, en lisant leur silence. »

C’est à son contact que sont nés mes derniers mots : parfois les drames les plus terribles peuvent être utiles. L’important n’est pas ce qui nous arrive. Mais ce que l’on fait de ce qui nous arrive.

Résumé de l’éditeur

Peter a 11 ans. Son père a quitté sa famille pour vivre seul dans un lieu qu’il tient secret. Pour toute explication, il a dit à sa femme que leur sécurité à tous les trois en dépendait. Mais, une nuit de tempête, il surgit chez eux, blessé, et les embarque dans un minivan, direction la Pennsylvanie.

Confusément, Peter a toujours su que ce jour arriverait. Chaque weekend depuis deux ans, son père l’entraîne au tir sur cible, à l’endurance, au combat à mains nues… Et entre deux exercices physiques, il l’initie aux échecs, lui fait apprendre par cœur des stratégies, des numéros de téléphone, des codes…

Menacé par des ennemis dont Peter ignore tout, son père a prévu jusqu’au moindre détail de leur exil. Malheureusement, le destin s’en mêle sous la forme d’un terrible accident. Peter et sa mère se retrouvent seuls pour affronter l’avenir, isolés dans une ferme en plein territoire amish, un monde hors de toute modernité.

Dans cette région inconnue, dans cette maison inconnue, Peter ne sait qu’une chose : « Ils viendront », comme lui a dit son père. Mais qui ? Quand et pourquoi ? Et que peut faire un garçon de 11 ans pour protéger sa mère ?

Pour aller plus loin

Lien vers ma chronique de « Quand ils viendront »


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Catégories :1 lecture, 5 émotions - L'interview, Littérature

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15 réponses

  1. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    Ah René ! Dix émotions en cinq, qu’il est bavard 😉. C’est ce qui fait son charme 😉

  2. Nath - Mes Lectures du Dimanche – Polars, thrillers, romans noirs...

    J’ai déjà prévu de le lire très bientôt et cet interview confirme. Quel personnage attachant que cet auteur !

  3. Ma lecture de cette nuit !!!
    Je n’en suis pas encore revenu… Très gros coup de cœur !

  4. Bonjour et merci de ce nouvel article! Cette interview me donne encore plus envie! Merci

  5. J’étais déjà très tentée après ta chronique, mais cette interview pleine d’émotions donne le petit coup de pouce supplémentaire qui me fait basculer. Allez, dans la Pal, même si elle est au bord de l’indigestion!

  6. Lilou – Passionnée d’égyptologie, amoureuse du Québec, adore les arts et la culture, lectrice compulsive, chroniqueuse...

    Scotchant, émouvant, incroyable… Cet auteur est vraiment tout ça et beaucoup d’autres choses… Merci à toi de nous offrir ce genre de moment… 🙂

  7. Je reviens de la médiathèque avec du fond des âges. Il y a de quoi avoir avec ce monde qui change. Heureusement les enfants nous font sourire. Bonne soirée

  8. belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

    Ok, n’en jetez plus, ni toi, ni Ge, je l’ai ajouté, je vais le lire, et croiser les doigts pour ressentir toutes ces émotions aussi 😆

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