Christopher Bouix arrive au bout de son triptyque autour de l’intelligence artificielle (et des robots) avec Le mensonge suffit. Trois dystopies individuelles qui se déroulent dans un futur plus ou moins proche, trois approches différentes pour autant de réussites magistrales.
Dès la prise en main, on est surpris, le livre faisant 160 pages à peine. Un peu à la manière des écrits des années 50, dont l’auteur est friand, mais avec une réelle modernité.
Variation
Alfie se déroulait dans les années 2030 ou 2040, Tout est sous contrôle en 2084, celui-ci nous emmène jusqu’en 2143. Le premier roman se lisait à travers un point de vue unique, le suivant était un récit choral, voici un dialogue à deux à huis clos. C’est une excellente idée que de tourner autour de thématiques communes en changeant la forme et l’approche.
Duel à l’ombre, entre quatre murs, entre un prévenu et une IA accusatrice, avec le monde entier comme jurés ! 120 minutes de procès, la durée d’un divertissement pour ne pas perdre le temps de cerveaux disponibles.
Procès
Imaginez un roman de prétoire version futuriste, mené avec un cynisme total, une vision dure de l’évolution de notre monde, mais aussi un humour noir décapant. Vous aurez la recette irrésistible de cet intense moment de lecture.
Quand le judiciaire devient un spectacle et fait croire que les citoyens maîtrisent leur quotidien, quand un auteur pousse les curseurs actuels beaucoup plus loin, quand on a le talent et l’imagination d’un Bouix, ça donne un récit jouissif au possible, qui fait rire (parfois jaune) pour ensuite laisser fleurir quelques idées subversives dans votre cervelet. Ou quand un regard critique prend la forme d’une parodie qui fait autant plaisir que froid dans le dos.
Cruel et drôle
Cette conversation entre l’accusé et l’IA droïde est entrecoupée de remarques d’un narrateur / présentateur de divertissement. L’ironie n’en est que plus appuyée. Avec comme point central l’exploitation commerciale de nos données les plus intimes, totalement partagées par tous. En faisant croire à une démocratisation et à une transparence, alors que ce sont les vies privées qui sont grignotées jusqu’à l’os. Comme si l’interactivité donnait l’illusion de liberté, alors que le système pense à la place des gens, qui acceptent les règles sans sourciller.
Le récit coup de poing de Bouix est cruel, pessimiste, mais pourtant très drôle ! Il n’y a aucune raison de ne pas rire de nos travers qui ne vont qu’en s’accentuant à ainsi dévoyer les rapports humains.
Il dépeint un environnement qui parlera aux lecteurs qui n’ont pas l’esprit passif, dans ce futur où la valeur d’une personne se chiffre en crédits, et où l’image de soi est jugée par tous les autres. Dans un système où le gouvernement ne veut bien évidemment que votre bien, il n’y a qu’à l’écouter aveuglément.
Parodie et réflexions
On pourrait très bien être dans un (excellent) épisode de la série Black Mirror, dans ce monde sous contrôle où la vérité est une variable d’ajustement, et les opérations marketings le sel du quotidien. Tout est affaire de manipulation…
L’écrivain s’en donne à cœur joie à travers le genre de la SF qui n’est qu’un vaisseau transporteur de ses idées, et non une fin en soi. Sa maîtrise narrative est emballante à rendre le lecteur actif, à l’emporter dans une inventivité de tous les instants, jamais gratuite. Et à nous faire éclater de rire avec de terribles horreurs. Avec, une fois encore, les notions de famille et de couple qui sont au cœur du récit.
De quoi prend son pied littéraire, tout en laissant les idées infuser et prendre du recul par la suite. Juste après le final, qui est formidable, une fois de plus.
Christopher Bouix propose une parodie de roman de plaidoirie, pour (beaucoup) distraire autant que faire réfléchir. Le mensonge suffit, et son ton mordant jubilatoire rend la lecture de ce court texte indispensable. Toute la trilogie est à ne pas rater !
Yvan Fauth
Sortie : 24 avril 2025
Éditeurs : Au diable vauvert
Genre : anticipation
4ème de couverture :
Un homme, Ethan Chanseuil.
Un androïde, Milo-128.
Cent-vingt minutes d’interrogatoire.
À l’issue, le vote du public.
Sur une question simple : qui dit la vérité ?
Pastiche satirique des romans de prétoires, un huis clos machiavélique entre une IA et un père de famille ordinaire. Bienvenue dans le futur.
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Catégories :Littérature

Elle est au top du top ta chronique Yvan. Merci à toi pour le partage 🙏 😘
Oui, très beau thème choisi par Christopher Bouix qui sait bien observer notre société et ses dérives possibles.
Et très belle chronique.
il a une approche vraiment singulière, une vraie fraicheur (et une belle lucidité)
Je le note, il devrait me plaire….
Il faut absolument lire Bouix, il faut qu’on parle davantage de lui !
Ok je le note !