J’ai une immense estime pour Chrystel Duchamp. Pour son talent évidemment, mais plus encore pour sa volonté – on peut même parler de courage – de toujours proposer un nouvel univers (noir) dans chacun de ses romans. Où tu seras reine est un virage dans sa carrière.
Avec son premier livre, L’art du meurtre, elle aurait pu surfer sur la vague et se lancer dans une série. Au contraire, chacune de ses nouvelles histoires développe sa propre tonalité, sa propre singularité. Le pouvoir de l’imagination est infini, encore faut-il savoir le dompter et surtout avoir l’envie de surprendre (et se surprendre ?).
Quasi huis clos
Ce récit est un quasi huis clos, mais comme vous n’en avez sans doute jamais lu. Un voyage intérieur également, au plus profond de maladies mentales.
Tous ses livres ont pour point commun une approche psychologique poussée. Celui-ci va vraiment, vraiment très loin.
Si vous cherchez une lecture facile, sans prise de tête, passez votre chemin. C’est sans aucun doute celle qui m’aura mis le plus mal à l’aise depuis des lustres.
La maison
Une bonne partie du récit se déroule dans la maison d’enfance de Maud, où elle n’a plus mis les pieds depuis des années. Dont elle s’est éloignée sans s’imaginer pouvoir y retourner un jour. Jusqu’au message désespéré de sa mère, qui la force à franchir à nouveau le seuil… et découvrir un chantier inimaginable.
Ses déambulations de pièce en pièce serviront de trame à une sorte de jeu de piste malsain, éprouvant, révélateur. Sa mère n’est pas celle qu’elle croyait, son passé en vient-il à être réécrit ?
Troubles
L’histoire questionne le lien mère-fille, dans une relation anormale, nocive. L’autrice pousse loin le caractère dysfonctionnel de cette liaison. Mais ce n’est rien par rapport à ce qu’elle développe en creux.
Les troubles psychiatriques, la schizophrénie, mais pas seulement (oh non, pas seulement…) sont le socle de ce récit malaisant. Chrystel Duchamp creuse profond, battant au passage en brèche nombre de stéréotypes, emportant le lecteur dans une folie qui laisse des traces.
Pour preuve, j’ai longtemps pensé à cette histoire une fois la dernière page tournée, le malaise perdurant. Ce n’est clairement pas une lecture aisée, pas juste un banal divertissement.
Atypique
Le développement de l’intrigue est atypique en soi, étrange par bien des aspects. Le rythme est à la fois lent tout en révélant constamment des surprises. Dont certaines sont de taille, à en ouvrir de grands yeux ahuris. Le tout, en passant simplement le seuil d’une nouvelle pièce, qui en devient celle d’un puzzle à reconstruire. Un vrai exercice de style, aussi.
En parlant de style, jamais l’écriture de l’autrice n’aura été aussi travaillée, les mots pesés, la poésie (noire) omniprésente, avec des mots comme des poignards.
A en être blessé, torturé parfois. Un livre de douleurs que le lecteur se prend en pleine tronche, qu’il ne pourra esquiver. Au risque d’emporter avec lui une part de souffrance, parfois le cœur au bord des lèvres.
En nous
L’écrivaine le démontre bien, la pire des horreurs est en nous, dans ce qu’on peut s’infliger à soi et aux autres.
Où tu seras reine, en enfer. Chrystel Duchamp propose un suspense psychologique viscéral, qui va loin, au point de mettre le lecteur dans un étonnant inconfort. C’est aussi ça le pouvoir de la littérature, procurer des émotions puissantes, même les pires d’entre-elles.
Yvan Fauth
Sortie : 17 janvier 2025
Éditeurs : Verso
Genre : thriller psychologique / roman noir
Prix : 20,90 €
4ème de couverture :
QUI ENTRE DANS CETTE MAISON N’EN RESSORT PAS VIVANT
Maud, vingt-cinq ans, entretient une relation fusionnelle avec sa mère. Quand sa psychiatre lui explique que ce lien l’empêche de s’épanouir, la jeune femme décide de prendre ses distances avec la figure maternelle.
Jusqu’au jour où Maud découvre sur son répondeur un message paniqué de cette dernière. Un message qui se conclut par « Je l’ai tué ».
Maud se précipite dans la maison de son enfance. Commence alors une chasse au trésor funèbre qui va l’amener, pièce par pièce, à exhumer d’inavouables secrets de famille…
UN JEU DE PISTE DIABOLIQUE UN SUSPENSE INSOUTENABLE UNE EXPÉRIENCE DE LECTURE INOUBLIABLE
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Catégories :Littérature

Nous sommes tout à fait d’accord sur le côté extrêmement « malaisant » de cette lecture… qui perdure comme tu le dis si bien, une fois le livre refermé.
Moi aussi, cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été aussi perturbée …
C’est dingue, en fermant le livre, « malaisant » et « perturbée » sont exactement les mots que j’ai utilisé.
Merci pour ce retour tout en émotions …
Je n’ai encore jamais lu cette autrice, dont j’ai pourtant beaucoup de livres dans ma liste d’envies. Cela étant, celui-ci me tente encore davantage, car les sujets abordés m’intéressent beaucoup.
Mazette, le truc qui te prend aux tripes rien qu’en lisant ton ressenti. J’en ai le cœur qui menace de sortir de la cage thoracique. Merci à toi pour la chronique 🙏 😘
J’ai beaucoup aimé L’art du meurtre et depuis je n’ai jamais relu l’auteure. Ce livre m’intéresse beaucoup, je suis curieuse de découvrir comment sont décortiquées les maladies mentales et la relation maternelle. Je suis déjà mal à l’aise sans savoir vraiment pourquoi, peut-être parce qu’on sent à travers tes mots que ce roman t’a troublé. Il faut que je le découvre celui-ci ! 🙂
Et bien ta chronique est perturbante pour le moins. Je te sens tellement bouleversé et le mot malaisant revient en force… Hummm pas certaine d’avoir envie de sauter le pas ! En tout cas merci pour ton retour et ton courage pour découvrir toujours de nouveaux territoires littéraires.
Vive la diversité et les prises de risque ! 😉
Tu me donnes envie de chanter, avec un tel titre ! Mais je ne pense pas que j’ajouterai ce roman…
♫ Je ferai un domaine
Où l’amour sera roi
Où l’amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas ♪
À quand la Belette dans un télé-crochet ? (j’aime bien cette vieille expression) 😉
Je serais vite au crochet, virée pour cause que je chante faux, archi-faux !
J’aime bien aussi cette vieille expression 😉
Je viens de le recevoir à la bibliothèque, je vais y jeter un oeil ! ;-P
et même les deux !