Interview Cécile Baudin – La Constance de la louve

1 livre et 5 questions pour permettre à son auteur de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

Sortie : 14 mars 2024

Éditeur : Presses de la cité

Lien vers ma chronique du roman

Voilà un roman qui navigue entre récit historique et polar…

Oui ! Je trouve beaucoup d’avantages à situer un thriller dans le passé : D’abord, on se retrouve privé des facilités technologiques (pas d’ADN, pas de GPS ou de portable, pas de vidéosurveillance…), et du coup, on est contraint de se concentrer sur l’observation, l’imagination, les déductions et les hypothèses, les témoignages, un peu comme le faisaient Hercule Poirot, Sherlock Holmes ou Rouletabille, à l’ancienne ! Ça donne un petit côté « artisanal » et original à l’enquête.

Ensuite, le contexte historique propose au lecteur qui le souhaite, un double intérêt : celui pour l’histoire en elle-même (« qui sont les coupables et pourquoi ? »), et celui pour la grande Histoire, car finalement, chacun se retrouve plongé dans un passé qui nous est commun, souvent intéressant à explorer (« Ah bon ? Une telle chose existait ! Ça se passait vraiment comme ça ?! »).

Enfin, le récit historique permet au polar d’éclairer des problématiques atemporelles, voire très actuelles, mais pas de face : de côté, indirectement, sans que ça ne prenne toute la place. C’est le cas dans « La Constance de la louve », avec des réflexions sur l’émancipation des femmes, l’abus de privilèges, ou l’influence des « petites gens ».

 » J’aime cette phase de recherches, très importante pour moi et bien plus longue et complexe que l’écriture en elle-même « 

C’est une fiction très crédible. Vous avez fait beaucoup de recherches pour que ce passé sonne vrai. A l’image de la vie quotidienne à cette époque que vous décrivez avec soin…

Bien sûr, et j’adore ça ! J’aime cette phase de recherches, très importante pour moi et bien plus longue et complexe que l’écriture en elle-même.

Je consacre des semaines, des mois à lire des tas d’ouvrages spécialisés, à explorer les archives départementales et municipales, à réunir des photos anciennes, des biographies, à explorer les musées, les villes, les campagnes, à me glisser dans des endroits inhabités, inaccessibles, abandonnés. Parfois, je passe même du temps dans les EHPAD, à écouter les gens raconter « comment c’était avant »…

C’est le moment où j’enquête sur mon propre récit : Où vivaient mes protagonistes, comment, qu’est-ce qui les motivait, comment et pourquoi ont-ils agi, dans quelles conditions pratiques, avec quels moyens… Je reconstitue un décor qui n’est pas que cela : Car ce sont tous ces petits détails qui vont véritablement dépayser le lecteur, crédibiliser mes personnages, et leur donner du relief.

 » Le « Pourquoi » est pour moi aussi (voire plus) important que le « Qui » « 

Sans trop en dire, le récit fait sens, ce n’est pas qu’une histoire pour trouver le coupable de meurtres étranges…

Oui, et je suis très attachée à cela, dans toutes mes histoires, le sens.

Le « Pourquoi » est pour moi aussi (voire plus) important que le « Qui ». Le « Qui » n’a de sens que si le « Pourquoi » est sérieux. Désigner un coupable dans les cinquante dernières pages est une chose, mais décortiquer ses motivations tout au long de l’histoire, au point qu’on finisse par comprendre le geste, et le trouver logique et cohérent, ça, c’est ce qui me semble intéressant : Ce moment où on développe une sorte d’empathie pour le coupable, autant que pour le héros, et où on finit par se demander s’il n’est pas un peu légitime dans ses mauvaises actions. Brouiller la frontière entre le bien et le mal, reconnaitre la complexité des individus, et se demander, en refermant le livre, ce qu’on aurait fait dans de telles circonstances.

Le livre vous permet également de parler de la condition féminine de l’époque, avec plusieurs personnages de femmes fortes…

Oui, et c’était le cas aussi dans ma précédente histoire, « Marques de fabrique ».

Le XIXème siècle a été un siècle difficile pour les femmes : Rappelons que le code civil de Napoléon faisait d’elles d’éternelles mineures. Et pourtant, elles étaient partout, indispensables et efficaces. Contrairement à ce qu’on croit parfois, elles ont toujours beaucoup travaillé, et toujours représenté au moins un tiers de la population active. Je voulais parler de ces femmes actives, qu’elles soient domestiques, infirmières, ou même aristocrates, qui comprennent qu’être au service des autres peut aussi leur conférer de l’influence… Dès lors qu’elles en prennent conscience, l’émancipation est possible, par l’éducation, la culture, et le travail.

 » Il est effectivement question d’amour. Un amour que je voulais romanesque, mais pas nécessairement gratuit « 

Vous avez beaucoup travaillé les relations complexes entre les personnages, y compris amoureuses, sans aucune mièvrerie, sans tomber dans la facilité…

Dans « La Constance de la louve », contrairement à « Marques de fabrique », il est effectivement question d’amour. Un amour que je voulais romanesque, mais pas nécessairement gratuit : il devait dire quelque chose de mes personnages, et de ce que ce sentiment provoquait chez eux.

Chez l’un, ce sentiment va avoir raison de son indépendance, et le fragiliser au point qu’il va y perdre tout ce qui faisait sa force. Pour un autre au contraire, ce sentiment va le renforcer, et être source d’inspiration et d’ambition personnelle. Pour un dernier, ce sentiment le poussera à une abnégation et une résilience qui lui seront fatales.

Et c’est ça que je trouve intéressant dans le fait de glisser des histoires d’amour dans les romans. Ce n’est pas tant le côté « finiront-ils ensemble ? » (encore que ! 😉), que le côté « que ce serait-il finalement passé s’ils n’avaient pas succombé à cet amour ? » ou « faut-il suivre l’amour si l’on veut rester libre de son destin ? »


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Catégories :Interviews littéraires

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5 réponses

  1. Merci à vous deux pour ce bel échange 🙏 😘Je remarque que tu dis Vous, Yvan.

  2. Lilou – Passionnée d’égyptologie, amoureuse du Québec, adore les arts et la culture, lectrice compulsive, chroniqueuse...

    Passionnant cet entretien qui me donne encore plus envie de découvrir l’autrice ! Merci Yvan 🙂

  3. Collectif Polar : chronique de nuit – Simple bibliothécaire férue de toutes les littératures policières et de l'imaginaire.

    Oh merci pour ce belle entretien qui donne vraiment envie !

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