On peut résumer les histoires et les ambiances de Michael Farris Smith en utilisant les titres de ses romans précédents, ce qui donnera une bonne idée de ce que retrouvera le lecteur dans cette nouvelle histoire pour Sauver cette terre. Un pays des oubliés qui n’ont Nulle par sur la terre où aller, Une pluie sans fin qui s’abat sur eux dans ces noires forêts (Blackwood).
Sa marque de fabrique
Je n’irai pas jusqu’à dire que l’auteur américain écrit toujours le même livre, mais ses obsessions se retrouvent dans ce nouveau roman, avec La Louisiane et le Mississippi meurtris par des tempêtes et ouragans à répétition, dans une ambiance de fin de monde, de fin d’un monde.
Comme le dit l’auteur dans ses interviews (voir ici sur le blog), il part souvent d’une image imprimée dans sa tête, sans plan préalable. Avec des personnages qui ne trouvent pas (ou plus) leurs places.
Amérique qui se liquéfie
Le roman débute, une fois encore, avec une mère et son jeune enfant jetés sur la route, sans rien. On découvrira leur histoire au fil des pages.
Dans une Amérique qui se liquéfie du fait du dérèglement climatique et de l’effondrement du système, où certains n’ont plus que leurs croyances comme espoir, c’est une traque qui se déroule.
Une gourou qui prêche la « bonne » parole, qui profite surtout de la crédulité des esprits perdus, va lancer cette chasse. L’ambiance décrite par la quatrième de couverture pourrait faire penser à un roman fantastique, mais le récit a au contraire les pieds sur terre. Le spirituel est dans l’endroit, pas dans les hommes.
Ancré dans la terre
L’auteur raconte des histoires ancrées dans la terre, même quand l’environnement se déchaîne. Obligeant les personnages à s’adapter, en mode survivaliste.
L’âme du texte passe à la fois par les protagonistes, emplis de failles et terriblement humains, et par la moiteur de l’environnement. Transpire par eux, cabossés, aux caractères rugueux.
On les retrouve à travers ces endroits de l’Amérique pour lesquels l’écrivain a un lien émotionnel fort. Ce sont ces paysages qui rendent l’ambiance quasi surnaturelle, alors que l’intrigue est du genre réaliste.
Rédemption ?
Le roman est court, moins de 300 pages, la prose y est brute mais fait émerger une sorte de poésie. La marque de l’auteur.
Il en profite pour égratigner jusqu’au sang les croyances et les manipulations religieuses des êtres en désespérance.
Même si j’ai trouvé la fin trop expéditive, l’auteur sait insuffler de la vie dans ses personnages, courageux à leur manière, il faut dire qu’il ne leur rend pas l’existence facile. Sans le savoir, ils sont tous en quête de rédemption.
Michael Farris Smith confirme son talent à créer des romans noirs, sombres mais terriblement humains. Sauver cette terre, si c’est encore possible ? Ses personnages tentent de trouver une issue, et leurs errances marquent l’esprit du lecteur.
Yvan Fauth
Sortie : 01 février 2024
Éditeur : Gallmeister
Genre : roman noir
Traduction : Juliane Nivelt
Prix : 23,50 €
4ème de couverture
La Louisiane et le Mississippi sont dévastés par les ouragans et désertés par leurs habitants. Une jeune mère, Jessie, cherche à démarrer une nouvelle vie. Mais elle doit d’abord échapper à la secte qui l’a séparée de son compagnon et qui les traque, elle et son fils. À la tête de ses poursuivants que le désespoir a transformé en fanatiques, une fausse prophètesse, Elser, se déplace à bord d’un corbillard noir et galvanise des foules prêtes à croire en n’importe quoi dans l’espoir d’une vie meilleure. Elle recherche inlassablement l’Enfant capable de commander au climat. Au fur et à mesure qu’ils convergent tous vers la ville natale de Jessie où vit encore son père, une tempête gagne en puissance et menace de tout emporter.
Le nouveau roman de Michael Farris Smith, Sauver cette Terre, nous interroge sur les raisons qui poussent les hommes à s’entêter à vivre dans un pays oublié de tous et de Dieu.
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Catégories :Littérature

Beaucoup aimé aussi cet auteur que je découvre. Sa photographie de l’Amérique est vraiment intéressante d’autant qu’actuellement les gourous n’ont jamais eu autant de place dans le quotidien des gens.
Comment tu faus pour le mettre ainsi l’eau à la bouche ? Merci à toi pour la chronique 🙏 😘
*Fais
*me. Bon visiblement mon clavier a décidé de me faire la misère. Jolie chronique une fois de plus. Merci 🙏😘
Je l’avais mis en fluo… dommage que la fin soit expéditive… 🙂
Je l’ai sous la main ! 😉
Le lache pas 😉
Ah mince j’en ai d’autres à lire avant mais il reste à portée de main, hein ! 😁
tout vient à point… 😉