Interview – 1 livre en 5 questions : L’armée D’Edward – Christophe Agnus

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

CHRISTOPHE AGNUS

Titre : L’armée d’Edward

Sortie : 10 février 2022

Editeur : Robert Laffont

Lien vers ma chronique du roman

Ce premier thriller est d’une telle richesse et d’une telle ambition qu’il m’a laissé sans voix. Depuis combien de temps réfléchissez-vous à cette intrigue incroyable ?

L’idée date de trois ou quatre ans je dirai. J’avais envie d’une histoire mêlant les océans, la technologie, la politique et l’environnement. Après, vous ne savez pas très bien comment les idées arrivent. Vous lisez un article dans un journal, et c’est une petite brique qui se met dans un coin de votre tête. Puis un autre. Puis les deux briques ensemble vous donnent l’idée d’une troisième, etc… Le déclic était il y a trois ans je pense, l’été avant le confinement. J’avais commencé à réfléchir à cette histoire et je suis parti en bateau avec mon fils. Nous étions tous les deux sur un petit voilier de 6,20 mètres, pendant cinq jours. Et j’ai commencé à lui raconter ce que j’avais en tête. Tous les jours, je rajoutais un bout dans l’histoire. Un aspect dans l’intrigue. Et il n’arrêtait pas de me dire : « Papa, tu dois écrire cette histoire… » Alors en rentrant, j’ai écrit les 50 premières pages. Puis la vie, le travail, un accident de mon épouse, ont fait que j’ai laissé le texte dans un coin de l’ordinateur. Je l’ai repris fin 2020, régulièrement, en rajoutant encore des idées qui s’étaient accumulées… Et voilà. Le texte a été fini début mai 2021. Donc compliqué de dire combien de temps j’y ai réfléchi car cela s’est fait au fil de l’écriture et de la vie, mais disons que l’ensemble s’étale sur trois ans.

On peut le qualifier de techno-thriller, tant il est à la pointe de ce qui se fait en matière informatique (mais pas que)…

Par mon histoire personnelle et professionnelle, l’informatique m’a toujours intéressé non pas en tant que technique mais par l’impact que cela avait sur le monde. J’ai eu mon premier ordinateur en 1979 (j’étais gamin…) avec un grand frère informaticien qui pouvait écrire des programmes que j’utilisais. Je suis un des créateurs du site de L’Express, en 1995, et Libération m’a classé dans les « 100 qui ont fait l’Internet français » en 2000. Donc j’ai toujours été intéressé par le rôle des technologies sur les sociétés humaines. Et toujours considéré qu’on leur laissait trop de place, sans se rendre compte qu’on y abandonnait une part de notre liberté et indépendance. L’idée ici est notamment de montrer que, dans un monde où le numérique est partout, plus rien n’est vraiment secret. Sauf pour ceux qui ont conçu le système (je pense aux crypto-monnaies, où cette notion de transparence est plus floue…). Et encore, je pense être en dessous d’une partie de la réalité. Je ne parle pas, par exemple, des réseaux sociaux (ça, c’est pour un prochain roman… 😉 ).

Vous avez particulièrement soigné le rythme, pas une seconde de répit pour le lecteur sur 500 pages…

Sans doute parce que c’est quelque chose que j’adore en tant que lecteur ! J’ai eu la chance, dans ma vie professionnelle, de pouvoir discuter avec des auteurs comme Michael Crichton, John Grisham ou Tom Clancy (deux morts sur trois aujourd’hui, quand même… Je n’y suis pour rien, promis). Et je suis un gros lecteur de thrillers anglo-saxons. J’adore qu’on m’embarque dans une histoire pour laquelle je n’arrive plus à dormir. J’appelle cela mes « romans d’aéroport » car c’est ce que j’achetais avant de prendre un avion quand j’étais reporter. Le texte qui te fait oublier le temps.
Je pense aussi que cela me vient de mon passé de journaliste à L’Express (dans les années 1988 à 1998). On y apprenait à écrire pour attraper le lecteur de la première à la dernière ligne de l’article. C’était un vrai exercice, surtout quand on écrit sur un sujet a priori pas passionnant. Il fallait quand même le rendre suffisamment fort pour que le lecteur aille jusqu’au bout du sujet. Une école formidable.
Alors, quand j’écris, je pense toujours au lecteur. Je me demande si, dans un paragraphe, un chapitre, il va aller jusqu’au bout. Je cherche quelle partie peut le faire décrocher, l’ennuyer. Et je retravaille jusqu’à trouver le rythme qui le maintient en éveil, avec l’envie de continuer, d’aller encore plus loin dans le texte. Un bon texte, c’est souvent quand on ne peut plus enlever. Alors j’essaie que l’écriture soit au service de l’histoire et du lecteur. L’idée n’est pas de « faire le beau » avec mon style, mais que le style soit au service de l’histoire.

Mais ce n’est pas qu’un thriller tendu, c’est aussi un roman engagé et ancré dans notre temps. Derrière le côté ludique, il y a des messages…

Oui, car je suis persuadé que la culture et le divertissement ont un rôle énorme pour passer des idées et changer les comportements. Ici, il y a plusieurs idées, mais les plus puissantes sont sans doute autour du besoin de protection de l’environnement et de la responsabilité sociale, dont on parle beaucoup sans faire le nécessaire. Je parle aussi un peu du cynisme politique et bien sûr de la technologie. Mais il faut absolument que cela ne gâche pas le plaisir du lecteur, que cela ne le sorte pas de l’histoire. Si le lecteur prenait « L’Armée d’Edward » pour un roman politique ou un « essai », le but serait doublement manqué. D’abord car il sortirait du roman, il déconnecterait avec l’histoire racontée. Ensuite car il n’écouterait plus du tout les quelques idées égrenées dans le texte. Si cela est bien fait, le lecteur va bien sûr repérer les quelques thèmes de réflexion, et même y penser. Mais il développera sa propre vision des sujets. Il se fera son propre avis, avec peut-être une vision plus large. Mais le plus important est le plaisir du lecteur. Sinon ? Il ne lira rien du tout !

Même si ce n’est pas le sujet direct du récit, la mer et l’eau sont des éléments omniprésents…

On ne se change pas…. La mer et l’eau sont des éléments très forts dans ma vie. Petit-fils de capitaine au long cours, fils de sous-marinier, breton, je fais de la voile, de la planche à voile et de la plongée sous-marine depuis toujours. J’aime être en mer. De plus, j’ai la conviction que l’océan est l’ultime frontière. Les milliardaires se passionnent pour les étoiles et en font un objectif alors que nous ne connaissons même pas cet univers qui couvre 72% de la surface de la planète. Imaginez que moins de 1% des fonds marins ont été explorés. Et que, s’il y a environ 4 millions d’espèces animales connues sur la Terre, les estimations d’espèces inconnues en mer se situent entre 1 et 10 millions ! De plus, la mer est un espace de liberté incroyable, tout en offrant une relation unique et qui rend très modeste avec la nature. On ne domine pas la mer. Jamais. Elle est la plus forte. Et c’est fascinant. Depuis 17 ans, d’ailleurs, j’essaie de faire partager ma passion pour les océans en offrant un texte et une photo sur la mer, par email, tous les lundis matins (www.laphotodemer.com).



Catégories :Interviews littéraires

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12 réponses

  1. J’ai encore plus hâte de le lire 😉

  2. Beaucoup de choses très intéressantes dites dans cette interview. « Tenir en haleine le lecteur » notamment, quand il explique qu’à L’Express, on apprenait à écrire. Je trouve ça passionnant de se dire qu’on peut écrire sur tout à condition de ne jamais oublier le lecteur. Cet aspect là est très réussi dans le roman. Ce qu’il dit sur les océans est « eyes opening »… oui l’homme a mes yeux rivés sur le ciel alors qu’il y a tant de choses à découvrir sous les mers. Une interview aussi passionnante que son roman. Tu n’as posé la question du tome 2 🤣, ce qui me pose un problème pour mon organisation future ! Bisous 😘

  3. Énorme cette interview, à ajouter sur la liste de lecture, merci Yvan.

  4. Wooowwww le partage, merci à tous les deux.
    Et il est question d’un autre roman😍
    Même l’interview donne envie de se rapprocher de la Bretagne
    Merci à toi Yvan et à Christophe. 🙏😘

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