Les temps ultramodernes – Laurent Genefort

Embarquement pour un voyage imaginaire futuriste vers le passé. Un temps où les bateaux volaient, où Paris accueillait cinq tours Eiffel, et où les martiens étaient présentés au public dans des cages. Bienvenue dans cette uchronie rétrofuturiste, qui réinvente un passé qui n’est pas tout à fait le nôtre, en nous plongeant dans l’ambiance des années 20. Juste après le Krach boursier de 1923, dû à l’effondrement de la cavorite.

Retour vers le passé

La cavorite, kesako ? C’est un métal découvert au début de ce XXème siècle-là, et qui a fait virer le monde entier de bord. Grace à lui, tout objet, tout véhicule peut se jouer de la gravité, et permettre de voyager vite et loin. Par les airs, et même dans l’espace jusqu’à Mars. Sauf que ces propriétés extraordinaires ont une durée de vie limitée…

Les temps ultramodernes est avant tout un vibrant hommage à la littérature de science-fiction de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle. Cette cavorite a été inventée par H.G. Wells dans son roman sorti en 1901, Les Premiers Hommes dans la Lune. Laurent Genefort lui témoigne son respect autant qu’il développe son propre imaginaire, fruit d’un projet qu’il mûrit depuis 15 ans.

C’est une véritable aventure à laquelle nous convie l’auteur, à travers une folle imagination, et qui pourtant garde aussi les pieds sur terre. Je m’explique : tout à été pensé, pesé dans ce récit pour que l’irréel ait le goût du réel, même quand les idées sont les plus insensées.

Dans les moindres détails

L’intrigue se veut distrayante, au plus près des personnages, mais l’écrivain développe également avec force détails les aspects politiques, économiques et sociaux dans un tel monde chamboulé.

Cette époque alternative permet de pousser vers des réflexions sur ce que l’Homme fait des dons la nature. Sur son ambition démesurée à vouloir aller toujours plus haut, toujours plus loin, en laissant une majorité sur le carreau.

On y parle donc de lutte des classes, de géopolitique, de colonisation, de rejet de l’autre et des différences, de crimes à grande échelle, de la place des femmes, d’écologie…

Et de science, le tout à travers une enquête qui se veut divertissante et qui implique des protagonistes bien campés.

La balance se devait d’égaliser le tout. Elle est globalement à l’équilibre, même si j’ai trouvé l’aspect politique un petit peu trop présent à mon goût, ressenti tout personnel.

Laurent Genefort se veut avant tout conteur, mais ne lésine pas sur les détails pour distiller son histoire. Ces détails qui font toute la différence, qui font briller les yeux du lecteur, en faisant virevolter son imagination.

Dépaysement assuré

Il fallait oser parler de Mars, de sa végétation, de son atmosphère et de ses habitants, comme on pouvait les imaginer il y a plus de 100 ans. L’auteur arrive rapidement à faire adhérer le lecteur à son récit anachronique, au charme volontairement désuet. Ce n’est pas le moindre des exploits.

A l’image d’un autre clin d’œil au roman Le Prisonnier de la planète Mars de Gustave Le Rouge (1908) et ses martiens ailés, digne représentant de la mouvance de la littérature merveilleuse-scientifique de l’époque.

Cette lecture dépaysement est l’occasion de décrire nombre de soubresauts de l’humanité, sans pour autant que l’auteur ne tombe dans un travers moralisateur. Le récit est engagé politiquement, mais reste du vrai divertissement. Avec l’avantage de raconter à la manière du début du siècle dernier tout en ayant l’avantage du recul actuel.

Les temps ultramodernes est un plaisir d’une étonnante richesse. Laurent Genefort a peaufiné son décor pour le plus grand plaisir du lecteur. Étonnant.


Yvan Fauth

Date de sortie : 06 janvier 2022

Éditeur : Albin Michel

Genre : Science-fiction

4ème de couverture

En débarquant à la capitale en quête d’un emploi d’institutrice, Renée est loin de se douter qu’elle va tomber sur un Martien blessé. Mais ce Paris-là n’est pas le nôtre. Grâce à la découverte de la cavorite, un métal miraculeux, les voitures volent, des paquebots transcontinentaux appontent aux quatre tours Eiffel parisiennes, et Mars est une destination comme une autre. Quand Marie Curie découvre que la cavorite a une durée de vie limitée, elle ignore à quel point le monde va en être bouleversé. Deux ans après le « vendredi noir » de 1923, les empires occidentaux bataillent pour récupérer les dernières miettes de la si précieuse manne.

Contre vents et marées, Renée soigne son protégé et décide de le ramener sur sa planète natale. Comme elle, Marthe, une intrépide journaliste, et Georges, un jeune artiste pris dans un mouvement politique qui le dépasse, seront les témoins, mais aussi des acteurs de premier plan, de cette époque-charnière pleine de bruit et de fureur.



Catégories :Littérature

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4 réponses

  1. Rien qu’avec ta première phrase, j’ai le cerveau qui bout ;-). Très chouette ressenti pour ce livre que j’ai vu passer, certainement trop « imaginaire » pour moi. Un jour peut-être, quand je serais grande 😉

  2. Une uchronie rétro futuriste. Je fais comme Aude, je passe mon tour pour le moment. Ce qui n’enlève rien à la qualité ta chronique, Yvan. Merci à toi 🙏😘

  3. Gustave Le Rouge, un nom prédestiné pour écrire sur Mars!
    Cependant je n’ai pas trop envie d’aller si loin actuellement, dieu sait quel pass il me faudrait présenter pour Mars…

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