À Islande – Ian Manook

En 1900, partir pêcher la morue autour de l’Islande, c’est l’enfer sur mer ! Tant d’hommes sont partis de Paimpol pour ce voyage qui sera pour beaucoup sans retour, et les transformera en rien de moins que des forçats.

Ces expéditions maritimes de l’extrême vers cette île, les marins les appelaient « À Islande ». Ian Manook nous raconte une part méconnue de ces destins vrais, à travers une fiction.

Réalité et fiction

Initialement, ce projet devait être un documentaire, un genre que propose régulièrement les éditions Paulsen. Ce récit de voyage s’est transformé en une fiction de voyage. Dans le temps. Et à travers une mer hostile et une terre exigeante.

L’auteur s’est basé sur des faits réels, et un environnement minutieusement reconstitué. Avec comme point d’appui, le destin d’une infirmière française venue mettre en place un hôpital laïc en Islande. C’est l’époque où le gouvernement français sépare les pouvoirs de l’Église et de l’État.

A ses côtés, l’écrivain va modeler plusieurs personnages forts, deux autres femmes de caractère, et quelques pêcheurs qui n’acceptent plus leur sort. Des personnages magnifiques, à la fois lumineux et en pleine phase de questionnements. Des gens qui tentent de sortir de leur condition, cherchent un sens à une vie qui n’est que labeur et extrême souffrance. Pour eux, et pour des autres qu’ils tentent de soulager à leurs manières.

Enfer sur mer

D’une certaine façon, ce roman se rapproche beaucoup du précédent de Ian Manook, L’Oiseau bleu d’Erzeroum, avec cette forme de biographie romancée, qui permet de toucher le vrai du doigt tout en s’attachant à des personnages. Un pan de l’Histoire vu à travers leurs yeux, leurs douleurs, leurs amours, leurs sensibilités et les coups du sort.

Les deux longs premiers chapitres mettent dans l’ambiance. Attendez-vous à vivre cet enfer au plus près des marins. A ressentir l’horreur de leur travail, l’épouvante de leurs conditions de vie. On se retrouve littéralement plongé dans ce passé pas si lointain mais pourtant inimaginable, à croupir dans la crasse, côtoyer les maladies, pourrir sur pied dans d’atroces souffrances. Pour toujours plus de morues, qui valent davantage que la vie des hommes des mers.

Qu’on est loin des récits glorieux de marins bien éloignés de la dure réalité ! Mer et terre hostiles pourraient faire perdre toute humanité. Elle est sauvée par la grâce de belles âmes, que l’auteur va rassembler pour construire une histoire et raconter un pan de leurs vies entrecroisées.

Historique et social

Comme pour son livre sur le génocide arménien, la noirceur de ces existences touche au cœur parce qu’elles sont au plus proche de la réalité passée. Un roman autant historique et social que fictionnel, en somme.

On sort enrichi d’une telle lecture. A découvrir ce qu’était ce début du XXème siècle, à travers un autre prisme. A côtoyer des personnages bouleversants. Et des contrées qu’on ne voit nulle part ailleurs.

Ian Manook fictionne le réel, raconte le passé à travers des âmes, sans rien édulcorer de la dureté de leurs vies. Cette virée À Islande laisse des traces. Le genre de lecture atypique et inclassable, profondément humaniste.


Yvan Fauth

Date de sortie : 07 octobre 2021

Éditeur : Paulsen

Genre : Fiction historique (et réalité)

4° de couverture

1904. Marie Brouet, jeune infirmière paimpolaise, débarque dans le petit port de Fáskrúdsfjördur. Elle est envoyée comme infirmière en chef de l’Hôpital Français d’Islande. La France républicaine et laïque a décidé de reprendre aux associations religieuses le soin des cinq mille forçats de la mer qu’elle envoie chaque année
à Islande pour la grande pêche à la morue.

Sur cette île aux paysages de premier matin ou de fin du monde, Marie va croiser les destins des naufragés Lequéré et Kerano, mais aussi d’Eilin, jeune institutrice islandaise et d’Élisabeth, religieuse danoise des Œuvres de Mer. Tous, sur cette terre sauvage, cherchent un sens au sacrifice que représente une vie
à Islande.

Ce roman est inspiré de faits réels.



Catégories :Littérature

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5 réponses

  1. Dans ma PAL aussi !! Quelle chronique ! On sent ton émotion ❤️

  2. J’adore ce genre de roman. Merci pour cette chronique. Il va aussi directement sur ma liste.

  3. Le bouquin semble un peut faire écho à Pierre Loti (Pêcheur d’Islande) sous un autre angle de vue, du coup ça donne envie. Merci

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