Te tenir la main pendant que tout brûle – Johana Gustawsson

Depuis ses débuts, on sait que les voyages littéraires organisés par Johana Gustawsson ne seront pas de tout repos. Avec de quoi frissonner autant que de s’exclamer, et parfois vouloir plonger son visage dans ses mains de détresse. Mais une chose est certaine, jamais, oh grand jamais, elle ne nous lâche la main. Enfin, du moins jusqu’au final de ses histoires…

Nouveau terrain

Nouvel éditeur, nouvel univers, nouveaux personnages. Mais ses lecteurs fidèles ne seront pas dépaysés pour autant. Et les nouveaux découvriront enfin l’une des voix les plus fortes du thriller actuel.

Exit Londres et les terres suédoises, place au Québec. Une région dont l’autrice est tombée amoureuse et qui méritait bien une telle escapade.

L’intrigue commence par un meurtre que personne n’attendait, l’ancienne institutrice du village qui poignarde à mort son mari. Des gens bien sous tous rapports, selon les dires. Mais ce que les enquêteurs vont découvrir à l’intérieur de leur maison dépasse l’entendement.

C’est un acte d’une rare violence. Au passage, vous remarquerez qu’il n’existe pas de mot pour le qualifier dans la langue française, alors qu’il en a plusieurs lorsque c’est la femme qui est tuée par son conjoint. Tristement révélateur.

Histoires d’apparences

L’autrice marseillaise cosmopolite (qui vivait à Londres et maintenant en Suède), aime creuser profond. Enraciner ses histoires dans le temps, entremêler les destins.

1899 à Paris durant la Belle Époque, 1949 au sein d’une Mad House canadienne, 2002 et ce meurtre déroutant.

Trois femmes, trois destins. Dont il est impossible d’imaginer le lien à tant d’années de distance. La souche du mal est effectivement bien lointaine.

Les récits de Johana Gustawsson transpirent de noirceur, mais aussi d’émotions et d’humanité. Elle nous fait frémir autant que trembler pour ses personnages. Qui ne sont jamais ce qu’ils semblent être. Le roman est aussi histoires d’apparences.

Longtemps, le trait d’union restera énigmatique, alors qu’on se passionne, qu’on se questionne et qu’on est touché par le sort de ces trois lignées.

Trois ambiances radicalement différentes, qui donnent du corps et de la profondeur à ce qui est davantage qu’un simple thriller. Toujours avec ce soin particulier accordé à la psychologie des protagonistes.

Lien parental

Tout y est, enquête troublante, tension, rebondissements inattendus, violence induite.

Mais cette intrigue va plus loin. Arriver à insuffler une telle dimension en 350 pages relève un peu du miracle. Le miracle de la création, mais surtout celui produit par un talent rare.

L’analogie entre les différents romans de l’autrice se fait une fois de plus par cette obsession de la maternité et du lien parental, nourrie de ses propres peurs. Une thématique omniprésente de différentes manières, lancinante. Et une variation passionnante sur l’inné et l’acquis.

Le tout avant un final stupéfiant, de quoi tomber à la renverse. Un modèle du genre, même pour les plus blasés des lecteurs de thrillers.

Te tenir la main pendant que tout brûle, voilà une promesse tenue par Johana Gustawsson, avec cet roman noir psychologique puissant, dur et émotionnellement chargé.

Lien vers mon interview de Johana Gustawsson au sujet de ce roman


Yvan Fauth

Date de sortie : 06 octobre 2021

Éditeur : Calmann-Lévy

Genre : Thriller / Roman noir

4° de couverture

Si vous n’avez pas la force brute et que personne ne vous entend, il vous reste d’autres voies…

Lac-Clarence, Québec, 2002. Maxine Grant, inspectrice et mère célibataire dépassée, est appelée sur une scène de crime affreuse.
L’ancienne institutrice du village, appréciée de tous, a massacré son mari, le lardant de coups de couteau.
Paris, 1899. Lucienne Lelanger refuse d’admettre la mort de ses filles dans un incendie. Elle intègre une société secrète dans l’espoir que le spiritisme et la magie noire l’aideront à les retrouver.
Lac-Clarence, 1949. La jeune Lina vit une adolescence
mouvementée. Pour la canaliser après l’école, sa mère lui impose de la rejoindre à la Mad House, la maison de repos où elle travaille.
Lina y rencontre une étrange patiente, qui lui procure des conseils pour le moins dangereux…



Catégories :Littérature

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4 réponses

  1. C’est vrai que l’univers de Johana est magique et sa façon de relier les espaces-temps remarquable.

  2. Je vais attendre mon facteur devant la porte 🥰 !

  3. Quelle chronique extraordinaire !! J’en ai des frissons, et j’ai envie, toutes affaires cessantes, de me replonger pour l’après-midi dans le roman de Johana 🙂 Merci, et bravo Yvan !

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