Seule en sa demeure – Cécile Coulon

Coulons-nous en arrière, dans ce XIXème siècle et ces familles aisées qui arrangeaient mariages et transmissions. Enfonçons-nous profondément dans un domaine terrien jurassien, omniprésent et oppressant. Frottons-nous à la vie recluse d’une jeune mariée, encore jamais sortie de son cocon familial, devenue carcan marital.

C.C.C.

A l’opposé de nombre de romans contemporains autocentrés de la rentrée littéraire, CC conte. Cécile Coulon dépeint autant un environnement que des émotions.

Une ambiance pesante, « hantée » comme le dit la quatrième de couverture. Mais en rien à la façon d’un Stephen King, plutôt hantée par le souvenir d’une ancienne présence, par le poids du silence, par la lourdeur de secrets. Le tout étouffé par la densité d’une forêt emprisonnante, réceptacle de douleurs.

Un personnage à part entière que cet endroit. Il ajoute de la pesanteur à l’écriture aérienne de l’autrice.

Joueuse

Tous les ingrédients de cette histoire ont de quoi la ranger dans le roman noir, ambiance, violences cachées, douleurs et mort, passé pesant, comportements énigmatiques. Jusqu’à un final en forme de rebondissement et d’accélération.

Pourtant le livre s’oriente davantage vers les ressentis, évocateurs des tourments de l’âme et des émois incompris. Du coup, il est plus inclassable qu’il n’y paraît, et c’est tant mieux, au diable les étiquettes.

Cécile Coulon est joueuse à se projeter ainsi en arrière, à s’adapter à l’époque, à coller sa plume à la manière de penser du passé. A coups de références clairement assumées envers de grands classiques de la littérature. Rien d’original, en somme, et c’est sans doute assumé.

Ecriture évocatrice et poétique

Cette imagerie de sentiments, exacerbée par la froideur croyante du maître du château, touche par sa sensibilité. L’amour en est le cœur, la passion en est le sang. Une certaine sensualité plane, même si certains personnages ne savent pas poser de mots dessus. Non-dits et incompréhensions.

Cette lecture se vit au plus près des personnages ; sentiments enrobés dans une écriture évocatrice et poétique. Du coup, j’aurais aimé davantage de développements encore, quelques couches d’épaisseurs supplémentaires pour rester auprès d’eux. Un brin frustrant.

Cécile Coulon est une conteuse, clairement. Qui sait habiller les sentiments (et les déshabiller aussi). Qui sait parler de désirs de manière aussi pesante qu’aérienne. Seule en sa demeure est un roman d’époque certes, mais dont les émotions sont intemporelles.

Yvan Fauth

Date de sortie : 19 août 2021

Éditeur : L’Iconoclaste

Genre : fiction historique

4° de couverture

« Le domaine Marchère lui apparaîtrait comme un paysage après la brume. Jamais elle n’aurait vu un lieu pareil, jamais elle n’aurait pensé y vivre. « 

C’est un mariage arrangé comme il en existait tant au XIXe siècle. À dix-huit ans, Aimée se plie au charme froid d’un riche propriétaire du Jura. Mais très vite, elle se heurte à ses silences et découvre avec effroi que sa première épouse est morte peu de temps après les noces. Tout devient menaçant, les murs hantés, les cris d’oiseaux la nuit, l’emprise d’Henria la servante. Jusqu’au jour où apparaît Émeline. Le domaine se transforme alors en un théâtre de non-dits, de désirs et de secrets enchâssés, « car ici les âmes enterrent leurs fautes sous les feuilles et les branches, dans la terre et les ronces, et cela pour des siècles « .



Catégories :Littérature

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2 réponses

  1. Bonjour, Cette époque du XIXème siècle nous apprend beaucoup sur le monde d’aujourd’hui. En cadeau EmOtions proposait en juillet, un livre que j’ai lu avec « effroi »: Fille perdue d’Adeline Yzac , à la Manufacture de livres. Ce roman se déroule aussi au XIX et il est aussi question de dominer le corps des femmes et leurs désirs. Merci de m’avoir fait connaître de livre sur « l’excision à la française » comme il a été écrit dans le Journal du dimanche.

Rétroliens

  1. Seule en sa demeure, Cécile Coulon – Pamolico – critiques romans, cinéma, séries

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