Apprendre à se noyer – Jeremy Robert Johnson

L’amour filial peut rendre fou, fou de douleur.

Pas besoin d’un pensum pour décrire un déchirement extrême. 150 pages, écriture déliée, le roman de Jeremy Robert Johnson tient de la novella. Mais c’est un concentré d’émotions fortes et de poésie. Une sorte de fable terrible et déchirante qui se lit en apnée.

Quête déchirante

Pas de descriptions, pas de mise en place, le lecteur entre immédiatement dans une scène du quotidien d’un père et de son fils partis pêcher, et qui vire très vite au cauchemar.

S’ensuit une quête du père, qui va plonger profondément dans la jungle tout autant qu’en lui-même. Quand on perd ainsi subitement la tête, il n’y a peut-être qu’un seul chemin à suivre…

Le roman surprend déjà par son contexte, un pays non cité d’Amérique du Sud, difficile aussi de savoir à quelle date. En tout cas, très loin des métropoles et d’une civilisation de masse.

Cet environnement rajoute une forte touche de magie à cette histoire, l’adulte se retrouvant à vivre un rite initiatique durant sa marche. Un cheminement avant tout intérieur, au-delà des kilomètres parcourus. Au-delà des dangers extérieurs, ceux de l’intime sont encore plus pernicieux. Le titre du roman est bien trouvé.

Tout tient de l’écriture

Le tour de force de l’écrivain est de donner immédiatement une âme aux mots, à ce que ressent ce père, alors qu’on n’a même pas appris à le connaître vraiment. Empathique au possible. Et de réussir aussi à insuffler de la délicatesse dans une réalité crue et morbide.

A travers le drame, le livre questionne sur la culpabilité, l’acceptation, l’impossible résilience. Sur l’amour qui ne peut se remettre d’une disparition.

Tout tient de l’écriture de Johnson. Aussi poétique qu’évocatrice et hyper émotionnelle.

Certains ont pensé classer ce livre aux coté du Sukkwan Island, pour moi il en est un peu l’opposé. Même s’il est question de deuil, de survie et de mort, à la froideur glaciale du ton de David Vann s’oppose celui tout en chaleur et en bouillonnement de ce roman-là.

Une exaltation noire d’un homme qui tombe dans l’irrationalité tant son mal le déchire de l’intérieur.

En peu de pages, peu de mots, Apprendre à se noyer se révèle d’une grande richesse d‘émotions. Une lecture presque hallucinatoire qui montre le talent de Jeremy Robert Johnson à infuser de la magie dans une histoire terriblement difficile. De quoi faire ressentir au lecteur des sensations marquantes. C’est ça le pouvoir d’un bon livre.

Yvan Fauth

Date de sortie : 26 août 2020

Éditeur : Le Cherche Midi

Genre : roman noir

4° de couverture

Qu’avait vu le garçon ? Son père, tendant la main. La gorge sans fin de la bête. Quoi d’autre ? Peut-être était-ce allé si vite qu’il n’avait rien vu. Rien compris. De grâce.

Quelque part dans la jungle somptueuse et inquiétante d’un pays d’Amérique du Sud, un père emmène son fils pêcher, l’autorisant pour la première fois à s’aventurer au milieu d’un fleuve dont les eaux se révèlent aussi dangereuses que généreuses. Ce rite d’initiation va bientôt tourner au cauchemar lorsque le jeune garçon disparaît subitement. À la recherche de son enfant, l’homme débarque sur un rivage hostile, peuplé de tribus, de chamans et de sorcières.

Apprendre à se noyer est un conte initiatique et horrifique, saisissant par sa cruauté autant que par sa poésie et sa délicatesse. Jeremy Robert Johnson nous entraîne dans un voyage apocalyptique et intime qui, par-delà le macabre, offre une fable de toute beauté sur l’amour, la disparition, et la possibilité toujours présente, pour nous autres les vivants, de défier la mort pour lui arracher ce dont elle nous a privés.



Catégories :Littérature

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8 réponses

  1. Un auteur que je ne connaissais pas cela semble un beau texte d’après cette présentation.

  2. Un roman qui me tente de plus en plus et qui semble d’une remarquable puissance.

  3. Je l’ai demandé sur Netgalley, j’ai rudement bien fait apparemment 😉
    Surtout quand je lis « à l’opposé de Sukkwan Island » !

  4. Je ne connais pas du tout…

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