De soleil et de sang – Jérôme Loubry

Les nuances du noir sont infinies. Beaucoup esquissent toujours autour du même grain, ce n’est pas le cas de Jérôme Loubry. Un vrai caméléon. Quatre romans, quatre ambiances et histoires très différentes.

Après le joli succès de son précédent livre, Les refuges, il aurait pu être tenté de reproduire le schéma gagnant. Mais ce n’est pas le genre de la maison Loubry, et c’est tout à son honneur.

Rien n’est comme ailleurs en Haïti

Haïti, sa pauvreté endémique, ses inégalités dramatiques, le sort qui s’acharne (l’action se déroule au moment du séisme de 2010), l’adversité qui frappe tant d’enfants de l’île.

Le contexte de catastrophe naturelle est présent tel un mauvais esprit, mais ce sont bien ces enfants qui sont au centre de ce thriller.

L’intrigue débute pourtant de manière assez classique, des meurtres atroces, étranges, et une enquête qui se met en place. Mais la différence saute vite au yeux, liée au fait que rien n’est comme ailleurs en Repiblik d’Ayiti (en créole). Le vaudou plane, les traditions pèsent et la corruption gangrène le pays.

Dans un tel contexte, l’histoire se devait d’être singulière. Elle l’est, avec plusieurs atouts.

Du fond et du sens

De soleil est de sang est un vrai bon thriller à ambiance, surprenant, déroutant parfois. C’est aussi un récit qui a du fond et du sens. Une alliance très réussie de divertissement et de réflexion. Une observation du monde, mais aussi (surtout) d’une partie bien sombre de l’âme humaine.

Quand un auteur se risque à décrire un pays et son atmosphère, il y a toujours le danger que cela sente le carton-pâte. Mais Jérôme Loubry fait preuve d’intelligence dans sa manière d’appréhender ses romans. Sans jamais tomber dans la description trop wikipedienne, et en cherchant avant tout à créer une atmosphère.

L’île d’Haïti va donc être découverte à travers ses habitants et son lourd passé.

Caméléon, conteur d’histoires

Loubry est avant tout un conteur d’histoires. Et pour ce faire, il va se fondre dans son environnement et s’adapter à ses particularités. Quitte à faire évoluer jusqu’à sa narration, preuve qu’il aime se lancer des défis. Son précédent roman s’était développé au travers d’une écriture directe, cette fois-ci sa plume s’inspire de l’ambiance du lieu. Je l’ai trouvée plus profonde, plus travaillée, tout en restant au service de l’intrigue. Une vraie réussite de ce côté-là aussi.

Cette histoire est ancrée dans des faits réels, de terribles blessures pour Haïti. Des déchirures infligées depuis des décennies par un pouvoir et un système corrompu, où les enfants servent trop souvent de monnaie. Un terrible et ahurissant modèle économique…

Quel bon et surprenant thriller, il aura su mettre en scène ! Par son climat (en s’appuyant beaucoup sur le vaudou, comme croyance), mais aussi par les coups de théâtre qu’il a préparé. Parce qu’en plus d’être intelligent, l’écrivain est courageux et ne craint pas de fortement malmener ses personnages.

Bien plus qu’un énième thriller

Les protagonistes ne sont justement pas en reste. Bien pensés, avec leurs coté lumineux et obscurs. On aime les côtoyer, éprouver par et à côté d’eux. L’auteur ne révolutionne rien, mais fait preuve d’une épatante capacité à les incarner. Comme il sait personnifier cette île.

De soleil et de sang, intrigue à la fois sombre et lumineuse, poisseuse, tragique et touchante. Jérôme Loubry démontre une fois de plus sa capacité à se renouveler. Et, cette fois-ci, à construire un récit qui mêle parfaitement le divertissement et un sujet fort. Voilà bien plus qu’un énième thriller.

Lien vers mon interview de Jérôme Loubry au sujet de ce livre

Yvan Fauth

Date de sortie : 02 septembre 2020

Éditeur : Calmann-Lévy

Genre : Thriller

4° de couverture

Dans ce quartier chic de Port-au-Prince s’élèvent de belles demeures de pierre entourées de palmiers, de flamboyants et d’arbres orchidées. C’est là que, pour la deuxième fois en une semaine, un couple est retrouvé assassiné dans sa chambre. Deux corps mutilés gisant au pied du lit conjugal. La presse titre déjà sur une série de « crimes vaudous ».
Pourtant l’inspecteur Simon Bélage refuse de tomber dans la superstition. Sur cette île, la corruption et le trafic d’enfants font plus de ravages que le terrible Baron Samedi, le dieu des morts. Simon sait avec certitude que ces crimes sont l’oeuvre d’un être de chair et de sang. Et tous les indices convergent vers un orphelinat fermé depuis près de vingt ans, surnommé la « Tombe joyeuse ».
Mais Simon devrait prendre garde. En Haïti, ignorer les avertissements des esprits, qu’ils soient vrais ou faux, peut se révéler dangereux…



Catégories :Littérature

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5 réponses

  1. On ne chante pas « parlez moi d’amour » dans celui-ci visiblement 😉 merci Yvan. Ta chronique fait très envie comme d’habitude.

  2. ça donne l’eau à la bouche, et ça tombe bien, j’ai déjà craqué !

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