Le sang ne suffit pas – Alex Taylor

Il ne fait pas bon vivre dans les montagnes de Virginie, aux alentours des années 1750. Le froid, les tombereaux de neige et de glace, la faim. Une nature inhospitalière, et des peuples indiens qui sont encore puissants face à l’invasion des européens, anglais ou français.

Réalisme saisissant

Pour nourrir cette terre dure mais convoitée, le sang ne suffit pas. La mort est partout, elle ne fait pas peur, et est souvent vue comme une délivrance.

Dans ce climat hostile, la vie se transforme en survie. Mais l’homme étant ce qu’il est, la cohabitation ne se fait pas sans violence. Beaucoup de violence.

Alex Taylor propose ici un roman fort, une aventure humaine viscéralement âpre, d’un réalisme saisissant.

Cette plongée dans le passé est incroyablement immersive. Vous allez avoir froid, mal. Vous allez éprouver les sensations des personnages et même sentir les odeurs. L’écrivain a une capacité étonnante à rendre ses scènes vivantes, malgré la mort qui rode.

Le chamboulement de ce monde qui se fédérera quelques années plus tard, est pourtant encore bien loin d’une nation. Survivre et défendre « son » territoire sont encore les seules raisons de se battre. Des raisons parfois bien discutables…

Scènes à couper le souffle

Alex Taylor a réussi à combiner une écriture soignée à une manière de raconter très imagée. On est loin des histoires de cow-boys et d’indiens, mais au plus près du réel. Avec un vrai vent d’aventure (glacial).

Les scènes s’accumulent autour de ce bébé qui naît dans des conditions extrêmes. Des scènes souvent à couper le souffle, littéralement ! Par leur puissance, par leur rudesse, et par leur singularité aussi.

Des passages qui sont autant de confrontations, avec la nature, les animaux, d’autres hommes, et qui laissent sans voix. A ce titre, le premier chapitre donne le ton, et vous happe littéralement.

Et dire que ce livre n’est pas classé dans les romans noirs, alors que c’est l’un des plus (réalistement) sombres que j’ai pu lire ces dernières années.

Prose habitée

Ces immensités enneigées sont totalement habitées par la prose de l’auteur, aussi expressive que froide, aussi enlevée que cinématographique. Une manière souvent crue de décrire ce que vivent ces pionniers.

Les personnages durs au mal sont étonnants, complexes, loin de l’idée qu’on peut se faire de héros. Leur rugosité et parfois leur sécheresse d’âme, cachent ce que peut être la pointe d’humanité qui brillent faiblement dans de telles conditions.

Le sang ne suffit pas, mais il réchauffe et est source de vie. Beaucoup vont le vivre dans leurs chairs. Alex Taylor signe un second roman cruel et pourtant humain, éblouissant de réalisme, étonnant par ces destins qui se croisent souvent pour le pire.

Yvan Fauth

Date de sortie : 28 mai 2020

Éditeur : Gallmeister

Traduction : Anatole Pons-Reumaux

Genre : Roman noir

4° de couverture

1748. Dans les montagnes enneigées de l’Ouest de la Virginie, un voyageur affamé arrive près d’une cabane isolée. Reathel erre depuis des mois, flanqué d’un dogue féroce. Mais l’entrée lui est refusée par un colon hostile qu’il n’hésite pas à tuer. Il découvre alors à l’intérieur une jeune femme, Della, sur le point d’accoucher. L’enfant naît dans cette solitude glaciale. Pourtant, le froid, la faim et l’ourse qui rôde dans les parages ne sont pas les seuls dangers pour la mère et le nouveau-né. Car ce dernier a été promis à la tribu Shawnee : c’est le prix à payer pour que Blacktooth, leur chef, laisse les Blancs du village environnant en paix. Alors que les Shawnees se font de plus en plus impatients, le village envoie deux frères à la poursuite de Della, désormais prête à tout pour sauver son bébé.



Catégories :Littérature

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7 réponses

  1. Un roman noir terrible qu’on vit autant qu’on le lit. Son premier m’avait marquée, il était impossible pour moi de ne pas lire don second. Tellement vivant de réalité.
    Belle chronique

  2. Très belle chronique, Yvan. Je le note illico presto. Merci à toi. 🙏❤️

  3. Je l’avais déjà repéré sur le Picabo et de toutes façons je suis fan des éditions Gallmeister 😉 ton enthousiasme me conforte dans mon idée de l’avoir en ma possession 😁

  4. Encore une chronique imparable, merci Yvan! 🙂

  5. Merci Yvan. Je suis fan de ce type d’histoires. J’irai approfondir l’auteur que je ne connais pas du tout. Bonne nuit et merci pour ton avis très très explicite.

  6. Oh, Yvan qui lit un Gallmeister, c’est plus rare, chez toi 😀 Il est dans ma PAL aussi et il va passer à la casserole pour le mois Américain, car ça fait trop longtemps qu’il prend les poussières 😉 Ou alors, je le sortirai un jour de canicule, vu qu’il fait froid dans ce roman, ça fera la clim naturelle 😉

  7. J’ai très envie de l’acheter et de le lire !

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