Interview – 1 livre en 5 questions : La science de l’esquive – Nicolas Maleski

1 livre et 5 questions pour permettre à son auteur de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

NICOLAS MALESKI

Titre : La science de l’esquive

Éditeur : HarperCollins

Date de sortie : 08 janvier 2020

Lien vers ma chronique du roman

Pour ceux qui cherchent absolument à cataloguer un roman, voilà qui n’est pas aisé avec celui-ci, avec cette subtile alternance d’ambiance entre littératures « Blanche » et « Noire »…

Je ne me retrouve pas dans cette distinction, qui appelle souvent l’idée d’une hiérarchie. C’est l’écriture (l’expression d’un goût, d’un style) qui compte avant tout. Entre Hugues Pagan, réputé pour écrire de la noire, et Eric Reinhardt, associé à de la blanche, c’est la même ambition de l’écriture.

Cela étant, si on me dit que je navigue entre des atmosphères noires et blanches, je suis preneur… Pour la Science de l’esquive, je voulais d’un côté un roman serré, tendu au plan de la narration, un roman sans fioriture. Il y avait aussi l’envie de flirter avec les codes du polar ou du western. Voilà pour le noir. Et de l’autre côté, je tenais à ce que la dramaturgie ne soit pas subordonnée à des rebondissements improbables ou des coïncidences grossières. Et puis j’aime développer des images, dresser des portraits, des décors. Voilà pour le blanc.

Dans une version précédente, la chronologie était bouleversée, ce qui amenait un autre rythme. Mais nous avons décidé de ne pas aller dans cette direction, en concertation avec mon éditrice. Cependant je souhaitais briser le suspense alors qu’il reste pas mal de pages au roman. Au moment où on ne s’y attend pas. De quoi consommer le dénouement et faire naître autre chose après.

C’est l’histoire d’un homme qui tente de refaire sa vie. Rêve ou illusion ?

Le nouveau départ, la seconde chance, c’est un bon terreau romanesque. Et puis je préfère l’aventure à l’introspection. D’où la cavale. Il y a beaucoup de fantasmes dans cette prémisse. Mais ce n’était qu’un prétexte. Je n’écris pas sur un thème, de la même façon que je ne sers pas une cause. Je pose des petits cailloux qui forment une histoire, des surprises, des revirements… et j’enrobe ces petits cailloux de l’intrigue avec du ballast narratif. C’est ce ballast qui m’intéresse par-dessus tout. Le travail à l’échelle de la phrase. Les images, le mot juste, la manière de dire, les angles de vue singuliers, la poésie, les sonorités, les liaisons, les transitions, faire l’effort d’être concis.

Ce qui transpire de vos mots, c’est votre amour pour vos personnages…

En tous cas je m’amuse bien avec eux. Ils sont comme des coquilles d’escargot qui se remplissent à mesure. Lorsqu’ils dépassent un certain stade de maturité, je finis par les voir comme des camarades.

Je voulais un héros qui ne soit pas à la hauteur de ce qu’on attend de lui. Je voulais que Kamel Wozniak ait un poids abominable sur la conscience. Que rien ne puisse défendre sa cause. Que ça ne soit pas seulement du sang. Aller sur le terrain de la faute morale. Je suis parti avec ça, sans savoir ou ça me mènerait. Et puis le principe de la cavale se prêtait à de nouvelles rencontres. Le décor d’une station des Cévennes servait bien l’ambiance de fuite. Des vacances qui n’en sont pas. M’intéresser aux gens qui vivent là. Dans Sous le compost, j’avais décrit des seconds rôles hauts en couleurs, conçus pour servir la misanthropie du héros. Cette fois, je voulais des caractères moins flamboyants. Des personnages plus ténébreux, à l’image du héros, et qui changent au cours du livre, du moins la vision qu’on a d’eux. La gendarme qui a tout du faux-ami, l’assureur pot de colle, la bande de jeunes dont le rêve est de monter une ferme, la voisine qui incarne la possibilité de l’amour. Ils gravitent autour de Wozniak et travaillent à la révélation du héros.

D’ailleurs, vous réussissez à nous faire ressentir de l’affection même pour les plus balourds…

J’aime quand les bons montrent leur défaut. La mauvaise foi, par exemple, est une excellente propriété pour un personnage de roman. Mais aussi le mensonge, la colère ou le cynisme. Idem pour les emmerdeurs, les sales types ou les lourdauds : je trouve intéressant d’aller leur dénicher un peu d’humanité, j’aime lorsqu’ils nous inspirent une indulgence un peu désabusée.

Au-delà de ça, c’est l’un de mes plaisirs que de polir les facettes et les arêtes des personnages. Ça fait aussi partie du jeu avec le lecteur. De la même façon que je joue avec lui et mes petits cailloux. En réalité tout ça m’amuse moi-même. Je passe pas mal de temps sur un roman, alors autant y trouver son compte… Il faut parfois un brin de motivation pour allumer son ordinateur à quatre heures du matin ou passer ses week-ends devant l’écran.

Une place particulière est faite à la nature dans le roman… 

Des plateaux, des gorges, des grands espaces. La présence de rivières où on se baigne. Le dépaysement. Cet environnement constitue le terreau d’une renaissance. C’est loin d’être le pire endroit pour fuir la ville, rêver d’un retour à la terre. Il y a une résonnance avec le projet agricole qu’ont les jeunes, avec leur caractère très militant. De manière générale, j’aime utiliser la géographie, j’aime en tirer des images poétiques, mais sans appuyer les descriptions. Le paysage doit rester suggestif, sujet à interprétation. A l’imagination du lecteur de continuer le travail.



Catégories :Interviews littéraires

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4 réponses

  1. Je l’ai lu pendant les vacances et je l’ai trouvé intéressant. Merci pour cette interview qui apporte un éclairage enrichissant

  2. Je l’ai lu pendant les vacances de Noël et je l’ai trouvé intéressant. Merci pour cette interview qui apporte un éclairage enrichissant à ma lecture

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