Interview – 1 livre en 5 questions : Quand saignent les louves – Stéphane Gérard

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Stéphane Gérard

Titre : Quand saignent les louves

Sortie : 01 février 2018

Éditeur : Les nouveaux auteurs

Lien vers ma chronique du roman

La thématique de ce nouveau thriller est bien éloignée de celle de Thalamus. Tu peux nous en parler un peu ?

Oui, c’est vrai. Thalamus était plutôt ancré dans l’univers scientifique et son intrigue reposait sur l’univers du cerveau, et plus particulièrement du… thalamus, justement ! Pour Quand saignent les louves, je me suis tourné vers un domaine social, voire psychologique. Même si je me spécialise dans le genre du thriller, je ne veux pas me cantonner à une seule catégorie, comme le roman scientifique ou d’anticipation par exemple. Les sujets dont je me sers sont variés mais ce sont ceux qui me passionnent, me fascinent ou m’interpellent. Cela dit, on peut établir un lien entre les deux romans dans le sens où tous deux s’intéressent aux névroses, car c’est ce que j’aime traiter : comment fonctionne l’humain ? comment naissent et se manifestent les névroses ? comment, d’un jour à l’autre, on peut basculer ? C’est aussi ça le rôle et le pouvoir de l’écrit, chercher à comprendre l’humain, et c’est ce qu’ont fait tous les grands auteurs réalistes et naturalistes que j’aime et que j’ai étudiés dans mes études de Lettres : Zola, Flaubert, Balzac. Et le genre du thriller, souvent décrié par les « belles lettres », peut tout à fait s’inscrire dans cette tradition littéraire. Les « grands » de ce genre, mes « maîtres » en quelque sorte, comme Maxime Chattam, Franck Thilliez, Bernard Minier ou Olivier Descosse, l’ont prouvé. J’aime l’idée que le thriller puisse avoir un côté didactique et apprendre des choses au lecteur, et pas seulement le faire frissonner.

Le lien entre les deux romans, c’est certains personnages communs, dont l’étonnante Françoise, tellement excessive et pourtant tellement attachante !

Ah, cette sacrée Françoise : Je dirais même attachiante ! Et dire qu’elle n’était même pas prévue dans ce second opus ! C’est un personnage que j’aime vraiment et avec lequel je m’amuse beaucoup quand j’écris. Pour la petite histoire, quand j’ai commencé l’écriture de Quand saignent les louves, j’étais en pleine promotion de Thalamus et, dans les salons et les séances de dédicace, beaucoup de lecteurs me parlaient d’elle, de son exubérance, de son franc parler… Et je me suis alors dit : bon, et pourquoi ne pas la faire revenir, développer sa personnalité, parler un peu de sa famille, et ; au final, elle a trouvé sa place dans l’intrigue. Donc, c’est un peu grâce aux lecteurs « thalamusiens » si elle est présente à nouveau ! Un jour, j’ai lu l’interview d’un écrivain (dont j’ai oublié le nom) qui expliquait que, parfois, les personnages lui échappent, qu’ils font des choses que lui, le créateur, n’avait pas prévues. A l’époque, je ne comprenais pas bien ce processus, mais aujourd’hui je saisis bien ce qu’il voulait dire. Au bout d’un moment, les personnages m’échappent, vivent leurs vies et agissent, faisant des choses que je n’avais ni prévues ni planifiées, un peu comme des marionnettes qui se libèrent de leur fil pour vivre, seules. On sait qu’en tant que lecteurs on vit avec les personnages et on ressent des émotions pour eux. En tant qu’auteur, c’est exactement la même chose : je ris avec eux, je pleure avec eux, et j’étais bien triste d’avoir dû tuer deux personnages dans Thalamus, d’avoir dû les quitter, définitivement. Donc je me suis rattrapé en faisant revenir Françoise ! Et, tant qu’on y est, je peux te dévoiler deux secrets : Françoise existe vraiment (si, si !!), et elle sera probablement de retour dans le troisième roman qui est en préparation.

Sans trop en dire, quand on traite d’un sujet aussi difficile, c’est compliqué de ne pas tomber dans le sordide gratuit ?

Tu as raison et c’était vraiment ma grosse angoisse pour ce roman : comment ne pas tomber dans le sordide comme tu dis, dans le glauque ou le voyeurisme. Sans dévoiler le thème pour ne pas spoiler, je me devais de le traiter avec respect, respect envers les lecteurs mais aussi respect envers les personnes dont il est question. C’était difficile de rester sur ce fil ténu et fragile. Une fois mon manuscrit achevé, je l’ai fait lire, comme d’habitude, à quatre de mes proches qui m’ont rassuré sur ce point, ce qu’ont confirmé les différents retours que j’ai eus après la publication. La difficulté venait aussi du fait que c’est un thème certes sensible, mais aussi inédit et jamais traité dans un thriller à ma connaissance. Moi-même je n’en avais jamais entendu parler, j’en ai eu connaissance en regardant un reportage télévisé sur la question. L’idée du roman était alors née et il me fallait alors trouver le bon ton, sans misérabilisme malsain, ni jugement moral, ni condamnation hâtive. La plus belle reconnaissance est le message que m’a envoyé un lecteur qui a vécu ce dont je parle dans le livre et qui m’a félicité pour avoir trouvé les bons mots. C’était vraiment important et essentiel pour moi. Et, pour en revenir à ta première question, cela m’a aussi permis de porter à la connaissance des lecteurs ce sujet encore tabou.

Le fait de faire des recherches poussées sur un tel sujet aide à la crédibilité de l’intrigue ? Tu as procédé comment ?

C’est vrai que j’ai besoin de cette étape préparatoire de recherche avant de me lancer dans l’écriture proprement dite. J’ai besoin de m’immerger dans le sujet que j’ai choisi, certes pour le maîtriser mais aussi pour m’en imprégner. J’ingurgite des faits, des documents, des témoignages, je prends des notes, pour ensuite les digérer et pouvoir en parsemer mon intrigue. Pour Thalamus, il m’a fallu deux ans de lecture d’ouvrages et d’études sur le cerveau, d’entretiens avec un psychiatre… Pour Quand saignent les louves, je me suis plongé pendant un an dans les ouvrages traitant du thème dont il est question, et c’est là que je me suis rendu compte que finalement peu de travaux sont consacrés à ce tabou. Cela n’en a que renforcé mon envie d’écrire et de partager cet univers avec mes lecteurs. Alors oui, cela aide à la crédibilité de l’intrigue, comme tu le dis, mais surtout j’aime avoir ce fond authentique. Je suppose que cela vient de mes goûts de lecture personnels, moi qui admire Zola et surtout la façon qu’il avait de préparer ses romans : aller sur le terrain, faire des enquêtes… ses brouillons étaient d’ailleurs trois fois plus épais que le livre final !

On retrouve ta manière bien personnelle d’écrire, entre noirceur et humour. C’est un peu ta patte. Tu as besoin de ces moments de légèreté ?

C’est ce qui ressort beaucoup des retours que j’ai sur ces deux romans et dans mes échanges avec les lecteurs : ce mélange entre humour et noirceur. Je suis d’ailleurs très heureux et flatté d’avoir déjà un style ou une patte comme tu dis. Cela dit, cela n’est pas un choix conscient ou délibéré, c’est un style qui m’est venu naturellement quand j’écrivais mes premières nouvelles et quand je me suis lancé dans Thalamus. Mais si j’essaye de l’analyser, je peux trouver quelques explications. Tout d’abord, je suppose qu’il correspond à ma personnalité propre, un mélange de mélancolie et d’humour plutôt exubérant. Ensuite, tu as raison, j’ai besoin de ces moments de légèreté, mais surtout les sujets que j’aborde sont souvent lourds et pesants. L’humour permet alors de ne pas enfermer les lecteurs dans la noirceur, de ne pas les rebuter. Il faut ces soupapes et cette respiration. Enfin, je pense que c’est comme dans la « vraie vie » : on passe du rire aux larmes, on vit des joies, des drames, on espère, on déprime, et j’aime l’idée que les lecteurs passent par toute cette palette d’émotions et de sentiments. Avec toujours l’humour pour dédramatiser, exorciser, désamorcer. Et si ce style me permet d’un peu me démarquer, c’est encore mieux !

Et pour finir cet entretien, et pour te remercier, Yvan, je te dévoile un dernier secret : Thalamus avait un côté scientifique, Quand saignent les louves un coté social, le troisième en préparation sera a priori plus historique. Mais chut… c’est encore trop tôt !

 

 



Catégories :Interviews littéraires

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