La mort de l’auteur – Nnedi Okorafor | Chronique littéraire : 1 lecture, 5 émotions

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La mort de l’auteur – Nnedi Okorafor | Chronique littéraire : 1 lecture, 5 émotions

En bref

Éditeur : Robert Laffont

Date de sortie : mars 2025

Genres : Fiction contemporaine et SF

Traduction : Fabien Le Roy

Introduction

Zelu est une jeune femme nigériano-américaine paraplégique qui écrit presque par hasard un roman de science-fiction, au moment ou un expploit technologique lui permet de remarcher.

Contre toute attente, ce livre est un succès planétaire. Autour d’elle, famille, amis et médias s’en mêlent, s’entredéchirent, autour de son œuvre et de son identité.

Entre récit intime, réflexions sociales et mise en abyme littéraire, La mort de l’auteur brouille les frontières des genres littéraires.

Surprise

Mots comptent triple ! La mort de l’auteur est un roman inclassable par sa construction à trois faces : récit de l’intime de Zelu, jeune femme nigériano-américaine, roman (de SF) intégré dans le roman de littérature générale, interludes narratifs en forme de petites interviews de ses proches.

S’y développent trois sujets majeurs qui s’entrechoquent, les relations familiales, les effets du succès planétaire d’un roman, et l’histoire dans l’histoire de celui-ci.

Chaque prisme sert à éclairer l’autre. Une narration étonnante, rarement vue, prenante tant l’intérêt se renouvelle à chaque pan du récit. De l’art de mêler les genres, abolir les frontières.

Fascination

Voilà un roman captivant, envoûtant même. Cette narration triple, et les nombreux sujets traités, auraient pu perdre l’autrice, mais Nnedi Okorafor s’en sort avec maestria.

On y parle de l’identité nigériane dans une famille qui a réussi loin de ses terres, mais qui garde ses racines ancrées. Il y est question aussi du handicap et de la manière dont il est perçu, à travers le personnage principal de Zelu qui est paraplégique.

Évidemment de la condition noire, mais aussi beaucoup du pouvoir de la création.

Zelu a écrit un livre de SF (alors qu’elle n’en lit pas), qui est devenu un succès planétaire. L’occasion de parler de la réussite, de la célébrité, et de la manière dont une œuvre est reçue par le public.

Avec un focus aussi sur l’alerte écologique, d’actualité.

Tout ça pourrait paraître touffu, alors que c’est tout le contraire ! L’élaboration de l’histoire est un modèle du genre, avec un choix assumé de mettre les relations interpersonnelles au centre. L’intime, avant tout.

Colère

Il y a de quoi faire monter une rage sourde à travers ce récit.

Une famille nombreuse aimante, mais qui développe pourtant aussi une forte toxicité.

La manière dont est traité le handicap (dans l’occident, mais surtout au Nigéria avec son patriarcat pesant).

Ou encore, dans un tout autre domaine, la manière dont une œuvre littéraire peut être dénaturée, jusqu’à en gommer son identité (par son adaptation au cinéma, mais aussi par la manière dont elle peut être appréhendée par le public).

Une matière riche à réflexion, une fois l’irritation maîtrisée, qui pousse à une certaine tendresse.

Tendresse

Ou pas… 

Le personnage de Zelu est complexe, profondément humain par ses failles, ses défauts, son caractère bien trempé.

De quoi l’apprécier fortement parfois, être agacé à d’autres moments, être touché par sa condition et son handicap. D’autant plus qu’une prouesse technologique lui permet de marcher à nouveau, mais que ses nouvelles jambes ne sont pas du goût de tous…

Quelqu’un d’entier, tiraillée entre sa famille et ses rêves, entre les deux ethnies nigérianes dont elle est issue et le monde occidental, entre son désir d’isolement et la starification à outrance.

Le livre étant en partie focalisé sur sa vie, on en comprend et on interprète d’autant mieux les passages de son roman de SF post-humains, « Robots rouillés ».

Citation : « Les robots rouillés de son histoire étaient une métaphore de la sagesse, de la patine du temps, de l’acceptation. S’accepter tel qu’on est, avec les cicatrices, la douleur, les pièces de remplacement manquantes et les erreurs. Vivre avec ce qu’on vous donne. La finitude. Les robots rouillés avaient beau ne pas mourir comme les humains, ils célébraient la mortalité. »

Et sentir résonner en nous les mots de l’autrice nigériane, qui a su créer un personnage fort auquel on s’attache inévitablement (même quand elle nous énerve).

Rémanence

Un tel roman, aussi bien mené, engagé, personnel, ne peut laisser indifférent, si on accepte cette construction atypique et ce mélange d’un roman de l’intime entrecoupé de scènes de SF (le livre dans le livre, qui parle d’une société de robots).

C’est un alliage entre tradition et modernité qui laisse des traces durables en mémoire, tant on apprend et on ressent. Un récit sur l’intégration, le respect de la différence, sincèrement prégnant.

Et puis, ces liens créés entre fiction et réel, parlant du pouvoir de la création, sont le sel de cette histoire sublimée par le talent de conteuse de Nnedi Okorafor.

Citations : « Les histoires sont le ciment qui lie toute chose. Ce sont elles qui leur donnent leur importance, et même leur existence. »

« Écrire me donnait l’impression de nager. Le courant était si fort qu’il me maintenait en surface, m’embrassait, me devançait, me repoussait, me faisait tourbillonner, me libérait de la gravité.« 

Note personnelle

Voilà tout ce que j’aime dans la littérature, ce que je recherche dans les histoires qu’on me raconte. Savoir gommer les murs qui séparent les genres, faire preuve de créativité et d’imagination, parler d’intimité et d’émotions tout en développant un récit ambitieux.

Ce roman n’est pas vraiment de la SF, ou plutôt il est ce que j’en attends, une manière de mettre les choses en perspective. De quoi intéresser tous les lectorats, j’en suis convaincu !

Citation : « Elle adore la science-fiction et lit goulûment. C’est d’ailleurs elle qui m’a expliqué en quoi ce genre littéraire est si important. En quoi il aborde la différence, permet de voir davantage, d’examiner la nature humaine et d’inventer demain. »

En résumé

Roman publié en mars 2025

Onzième livre de Nnedi Okorafor publiée en France

Cinq émotions dominantes : Surprise, fascination, colère, tendresse, rémanence.

Un texte inclassable qui mêle intime, science-fiction et réflexion sociale, porté par un personnage fort et une narration inventive, pour une lecture marquante et vibrante d’émotions.

Résumé éditeur

Zelu est nigériano-américaine.
Zelu est auteure.
Zelu est paraplégique.
Mais Zelu n’est pas reconnue : ni par sa famille nombreuse qui ne la comprend pas, ni pour ses romans qui ne trouvent pas d’éditeur.
Jusqu’au jour où, désespérée et sans emploi, elle se décide à écrire un récit de science-fiction sur des androïdes et des IA au cœur d’un monde postapocalyptique, Robots rouillés .
Le succès immédiat de son livre bouleverse sa vie. Progressivement, les frontières entre réalité et fiction s’effacent, emportant avec elles ses certitudes : au fond, qui est vraiment Zelu ?

De Chicago à Lagos en passant par les confins de l’espace, cette fiction afrofuturiste profondément humaine casse les codes de la SF.

Pour aller plus loin

Lien vers la page de l’auteure aux éditions Robert Laffont

Lien vers l’article de Actualitté


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Catégories :1 lecture, 5 émotions, Littérature

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14 réponses

  1. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    Un livre à découvrir donc ! C’est bien. Je n’en ai jamais entendu parler 😉

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      c’est tout l’intérêt alors, si on n’en parle que dans le milieu de la SF :-). Ce livre peut parler à tout le monde

  2. En tout cas, il a l’air d’être particulièrement original, ce roman, l’idée me plaît.

  3. belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

    De cette autrice, je voulais lire « La fille aux mains magiques », mais je ne l’ai jamais trouvé en biblio ou en bouquinerie, alors, je vais tenter de mettre la main sur celui-ci !! Ah, on peut dire que tu sais parler aux lectrices, toi ! 🙂

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      Eh bien tu sais quoi faire maintenant pour découvrir l’autrice !

      • belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

        Oui, je sais, mais je savais déjà que je savais, mais maintenant, tu sais que je sais… et moi aussi, je sais que tu sais ce que je sais que je dois faire 😆

  4. Un livre qui me plairait aussi. Pour l’instant quelques livres à lire en attente. Je vais quand même regarder s’il est à la médiathèque. Bonne soirée

  5. Lilou – Passionnée d’égyptologie, amoureuse du Québec, adore les arts et la culture, lectrice compulsive, chroniqueuse...

    oh tu as le chic de mettre en lumière des livres auxquels je n’aurais jamais pensé… bravo à toi pour cette très belle chronique et cette découverte !! Tu m’as donné très envie de le lire… De nombreux sujets m’intéressent et m’interpellent ! Merci Yvan ! 🙂

  6. Collectif Polar : chronique de nuit – Simple bibliothécaire férue de toutes les littératures policières et de l'imaginaire.

    Celui-ci je veux le lire !

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