On ne mange pas les cannibales – Stéphanie Artarit

Quelle est la part d’animal en l’être humain ? Stéphanie Artarit questionne en profondeur le sujet dans cette histoire qu’est On ne mange pas les cannibales, dont le titre mystérieux prendra tout son sens au fil de la lecture.

Elle interroge la violence autant que l’instinct, à travers un roman noir qui marque, frappe. Humanimal.

Plume et poils

Là où la nature développe des inclinaisons dans le but de survivre, les hommes cultivent une brutalité qui flirte avec la folie. Mais d’où peut-elle provenir ?

Voilà un texte aussi dur que puissant, aussi sombre qu’éblouissant. La plume y fait dresser les poils, l’autrice ayant trouvé à la fois un angle inédit et une manière personnelle de l’enrichir.

Âmes sensibles, préparez-vous à un voyage intérieur éprouvant, qui creusera loin dans l’horreur. Mais où des rais éblouissants de lumière transpercent la noirceur.

Misère sociale et nature recluse

Des personnages mémorables, loin d’être lisses, des surprises à tomber à la renverse et qui mettent mal à l’aise, des retournements qui font réfléchir, voilà un livre qui ne peut laisser indifférent.

Quand la misère sociale se confronte à la nature recluse, quand l’animalité broie les gens, quand des animaux donnent des leçons. Quoi de mieux que de confronter l’indigence humaine à une ménagerie enfermée dans un zoo, terrain idéal pour une confrontation d’idées et d’émotions. Un chaudron.

Développer une atmosphère, Artarit sait y faire. À ainsi construire un récit, Artarit nous stupéfie. Frémir, trembler, Artarit va nous y emmener.

Morsure

Parole de gros lecteur, des personnages de ce calibre, terriblement humains, on n’en rencontre pas tous les quatre matins. Ils portent l’intrigue, déchirent les cœurs, bouleversent les âmes.

C’est une famille qui survit dans ce qu’on surnomme le quart monde, dans les années 70. Bambi, une adolescente dont le calvaire quotidien terrifiant voit pointer une clarté vacillante à travers sa rencontre avec Noël, le directeur du zoo. Le frère de Bambi, Martin, dont la violence prend des proportions incommensurables, touchant à l’irrationnel. Leurs deux frères jumeaux, déficients mentaux lourds. Et puis Adam, le singe. Voici la ménagerie qui va s’entre-déchirer dans ce qui tient de la tragédie.

Avec de la violence, la pire d’entre toutes, mais aussi de l’amour qui ne sait pas toujours s’exprimer. Et puis, des réflexions aussi profondes que viscérales sur notre rapport à l’autre (humain ou animal). Il est question d’obsession, de vengeance, de pouvoir, mais aussi de possible reconstruction, d’éventuelle résilience. Mais nous ne sommes pas dans un monde de Bisounours, celui-ci à des dents et il mord. Fort.

Habitée

De tels sujets se devaient d’être portés, emportés, par une écriture cannibale qui dévore, ronge jusqu’à l’os. C’est bien le cas, l’écrivain a une voix qui porte, parce que déchirante, sensorielle et apprenante. Tantôt directe, brute, tantôt poétique, voire onirique (comme ces passages à travers les pensées d’un chimpanzé). Et qui ose (c’est de plus en plus rare).

Une plume qui reste au service des personnages et de l’histoire, pour une quintessence de ce qu’est le roman noir, son essence même.

Stéphanie Artarit est habitée d’un talent singulier, pour des émotions au pluriel. On ne mange pas les cannibales est un roman sombre, poignant. Monstrueux. Qu’elle porte en elle depuis des années. Qui est le plus grand des prédateurs, l’homme ou l’animal ?

Une réussite.


Yvan Fauth

Date de sortie : 22 mai 2025

Éditeur : Belfond

Genre : Roman noir

Prix : 20 €

4ème de couverture

Noir, ravageur, éblouissant, On ne mange pas les cannibales est une petite bombe de suspense et d’émotion. Une histoire d’amour et de vengeance tout en tension, pour sonder la bestialité des âmes.

Noël Rivière est le propriétaire d’un zoo familial du sud de la France. Sa vie froide et solitaire se trouve bouleversée lorsqu’il rencontre Bambi, une adolescente livrée à elle-même, qui s’introduit chaque jour dans le parc pour échapper à la misère de son quotidien et à la violence de son frère aîné. Touché par cette gamine farouche, Rivière décide de lui offrir un emploi, de l’aider, de la protéger. Jusqu’à sceller leurs destins.
Pour Noël et Bambi, un bonheur fragile semble à portée de main, mais le danger rôde. Alors que les humains l’ignorent, les animaux sentent la menace qui se rapproche. Ils reconnaissent l’odeur d’une bête qui n’appartient à aucune espèce. Un monstre imprévisible et cruel qui attend son heure pour bondir et tout saccager…


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Catégories :Littérature

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14 réponses

  1. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    Une lecture fascinante et un roman très réussi ! Contente qu’il t’ait plu 😉

  2. belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

    Bien sûr que non, on ne me mange pas ! Je ne suis pas comestible ! 😆 J’avais vu ce roman, mais je ne l’avais pas surligné. Une fois de plus, ton avis me fait hésiter et ça devient tentant. Pas raisonnable, mais tentant 😉

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 58 ans, Strasbourg, France

      Faut se laisser tenter 😉

      • belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

        Je succombe trop vite aux tentations livresques ! Ne me soumets plus à la tentation ! 😆

  3. La team Ripolin est en action. Après celle de Aude, voilà ton post. Comment voulez-vous qu’on s’en sorte ? 😂
    Merci à toi pour le partage de la chronique 🙏 😘

  4. Rhââââ, tu as fait la blague avant moi, c’est pô juste, tu es trop rapide 🙂

  5. Zut, j’essayais de répondre à ma cousine cannibale, mais le message n’est pas parti où je le voulais…
    Bon, en tout cas, superbe chronique encore une fois, qui fait drôlement hésiter, effectivement. Pas sûr d’être prêt à encaisser une lecture aussi rude en ce moment, mais je le garde en tête. Merci !

  6. Nath - Mes Lectures du Dimanche – Polars, thrillers, romans noirs...

    Plusieurs retours très enthousiastes m’ont convaincu de l’ajouter à ma PAL et surtout, de l’en sortir très très vite !

  7. Collectif Polar : chronique de nuit – Simple bibliothécaire férue de toutes les littératures policières et de l'imaginaire.

    Celui-ci je le note de suite.
    Rien qu’à lire ton retour mon ami, j’ai la chair de poule…

  8. Collectif Polar : chronique de nuit – Simple bibliothécaire férue de toutes les littératures policières et de l'imaginaire.

    Tu avais encore une fois raison mon ami, celui-ci j’ai adoré ! 😉

  9. belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

    À cause de toi, je l’ai lu (enfin !) et j’ai apprécié ce roman noir, qui a des airs de Zola, mâtiné d’un Disney, avant de prendre une autre direction, plus dure encore, plus dramatique. Oui, j’ai aimé cette lecture ! 😉

    Zut mon comm n’est pas passé. 👿

Rétroliens

  1. On ne mange pas les cannibales : Stéphanie Artarit 🇫🇷 | The Cannibal Lecteur

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