Un regard sur la rentrée littéraire 2025 – Groupe Editis

J’ai eu le privilège d’assister à Strasbourg à la présentation de la rentrée littéraire d’août / septembre 2025 du groupe EDITIS qui regroupe 55 maisons d’éditions.

Ce sont 40 livres qui ont été présentés à un parterre de libraires et de quelques blogueurs. 5mn environ par livre, un exercice pas si facile à gérer par les éditeurs ou leurs représentants (qui ont fait un très bon job !). Les voici :

En totale indépendance, je vous propose un focus sur 10 romans dont les présentations ont titillé ma curiosité, avec leurs résumés. Un choix tout personnel, en lien avec mes envies de lecture et d’émotions.

Jesmyn Ward – Nous sommes tempête (Belfond) 21/08

Après six ans d’attente, Jesmyn Ward, seule femme double lauréate du National Book Award, est de retour avec un roman puissant et lyrique qui nous plonge au cœur de la tragédie de l’esclavage.

La toute première arme que j’ai tenue a été la main de ma mère.

Annis est encore une enfant quand sa mère est vendue à un autre propriétaire. Et n’est guère plus âgée quand son maître, qui est aussi l’homme qui a violé sa mère, se débarrasse d’elle avec d’autres esclaves.
Lors de leur terrible marche vers les plantations de La Nouvelle-Orléans, Annis tente de se raccrocher à la vie et aux enseignements de sa mère : se battre, toujours, avec les armes et les sagesses qu’elle lui a transmises. Avec la mémoire aussi, celle de ces femmes qui, avant d’être arrachées à leur terre, ont été les guerrières des rois du Dahomey. Et avec la seule force qui lui reste, sa connaissance des plantes, des abeilles, de cette nature qui semble si hostile aux yeux des Blancs et qui pourtant est nourricière pour qui l’honore.
Et puis, quand Annis se sent sombrer, elle peut encore implorer Aza, l’esprit de sa grand-mère, capable de faire gronder l’orage et tomber la pluie. Celle qui, quand la faim et la douleur se font trop fortes, lui murmure qu’un jour, elle et ses frères et sœurs de malheur seront tempête…

Fabrice Sanchez – Grand poisson (Plon) 21/08

Un premier roman provocateur et jubilatoire dans le quotidien d’un jeune professeur de lycée

En ce jour de rentrée des classes, notre protagoniste a sorti ses plus beaux atours, avant de partir, conquérant, pour sa première journée au lycée Célestin-Pharamont où il est censé enseigner le français durant les prochaines années. Auréolé de résultats exceptionnels au concours, il rêve de transmission. Enseigner n’est pas un métier, c’est une vocation, sa raison d’être au monde.
Mais la réalité le fait assez vite déchanter : l’établissement, aux allures de château gothique, vit dans l’ombre de son glorieux passé ; les meilleurs élèves partent dans le lycée privé de la ville ; les professeurs essaient de faire au mieux mais recadrent davantage les élèves qu’ils ne font cours, et cerise sur le gâteau : notre jeune professeur hérite de la pire seconde de l’année.
Heureusement pour lui, il n’est pas seul. Comme pour tous les primo-professeurs, il a le soutien d’une tutrice chevronnée. Après trente ans à Célestin-Pharamont, l’institution n’a plus aucun secret pour elle. Allant de désillusion en désillusion, incapable de s’affirmer face à des élèves blasés, il trouve d’abord du réconfort dans ses discours autoritaires. Mais, à mesure que les mois passent, les propos de cette dernière deviennent de plus en plus réactionnaires et teintés de relents haineux. Et si finalement la menace et l’atmosphère étrange qu’il sent planer autour de lui venaient d’elle ?
Premier roman, Grand Poisson séduit par sa férocité assumée et sa noirceur drolatique. À travers le parcours de ce professeur ballotté par les événements, Fabrice Sanchez élabore une critique caustique des discours décadents de notre époque et du  » c’était mieux avant « .
Littéraire et critique, provocateur et jubilatoire, ne mâchant pas ses mots, Grand Poisson est un pavé dans la mare.

Erik Larson – Un rêve de feu (Cherche Midi) 21/08

6 novembre 1860 : Abraham Lincoln devient président des États-Unis. Cinq mois plus tard, la guerre de Sécession commence. Si, durant cette période, la crise est alimentée par les positions du Nord et du Sud sur l’esclavage, la fracture s’avère beaucoup plus profonde au sein du pays. En quelques semaines, les opinions se font inconciliables au cœur même des familles, les discussions deviennent impossibles, les conflits se multiplient, les amitiés et les couples se déchirent. La guerre se profile et personne ne semble avoir le pouvoir de l’empêcher. Face au fanatisme et aux trahisons, Lincoln lui-même, en dépit de ses nombreux talents, se sent impuissant. Ces cinq mois, écrit-il, ont été  » tellement incroyables que si j’avais pu les anticiper, je n’aurais pas cru possible de pouvoir y survivre « .
Avec un sens de l’intrigue et du suspense digne des plus grands auteurs de thrillers, Erik Larson nous raconte, à partir de nombreux documents inédits, l’histoire de cette période exceptionnelle où les positions tranchées des uns et des autres vont peu à peu mener à une catastrophe inévitable. Ce récit captivant, consacré à la fragilité d’une démocratie confrontée à la peur et l’extrémisme, nous offre également, en creux, l’occasion d’une réflexion passionnante sur l’époque moderne.

Michel Bussi – Les Ombres du monde (Presses de la cité) 14/08

 » Seul celui qui a traversé la nuit peut la raconter. « 
Le roman événement de Michel Bussi.
Une œuvre magistrale entre suspense et Histoire.

 » Un pays si beau, vu du ciel.
Un pays, à hauteur d’hommes, si cruel. « 

Octobre 1990.
Le capitaine français Jorik Arteta, en mission au Rwanda, rencontre Espérance, jeune professeure engagée dans la transition démocratique de son pays.
6 avril 1994.
Un éclair déchire le ciel de Kigali. Le Falcon du président rwandais explose en plein vol. Commencent alors cent jours de terreur et de sang. Les auteurs des tirs de missiles ne seront jamais identifiés. Quelqu’un, pourtant, connaît la vérité.
Noël 2024.
Jorik, sa fille et sa petite-fille s’envolent pour le Rwanda. Tous poursuivent leur propre quête, tourmentée par les fantômes du passé.

Dans Les Ombres du monde , Michel Bussi fait entrer l’Histoire dans le roman et le roman dans l’Histoire, articulant, en maître du suspense, la construction romanesque avec les faits historiques.
Une fresque éblouissante, à la croisée de trois générations, sur la transmission de la mémoire, et dont les rebondissements sont de puissants révélateurs de l’expérience de la violence, de la perte et du pardon.
Une langue où les images poignantes affleurent au cœur du tragique et traversent sur un fil les ombres du monde.

Jean Michelin – Nous les moches (Héloïse d’Ormesson) 21/08

Norfolk, Virginie. Quatre lycéens, oubliés du rêve américain, s’esquintent les doigts sur des morceaux de thrash metal pour y déverser leur colère. Cheveux filasse et jeans usés, ils se cramponnent à l’existence des laissés-pour-compte, la seule qu’on leur ait offerte et qui ne leur épargne pas les coups. Alors de la colère, ils en ont à revendre. Mais pas assez pour que leur groupe s’écrive un destin…

Quand, vingt-cinq ans plus tard, les aléas de la vie les réunissent, ils ressassent toujours leurs illusions piétinées. Ensemble, ils vont la faire, cette tournée des petits bleds à travers le pays. Et de bars pourris en galères, ils comprendront qu’il n’est jamais trop tard pour être fidèle à leurs rêves de gosse.

Nous les moches est une ode magistrale à l’amitié, un roman renversant sur les déclassés et l’Amérique des vides qui font aussi le coeur battant de ce pays paradoxal et fascinant. Alors que défilent les vastes paysages et que les confessions s’égrènent, chacun révèle sa part de tendresse et découvre que cette vie valait le coup malgré tout.

Mathieu Belezi – Cantique du chaos (Robert Laffont) 21/08

Après Attaquer la terre et le soleil (prix Inter 2023), le nouveau roman inédit de Mathieu Belezi, le road-movie d’un desperado pour convoquer notre époque et la sublimer par la littérature.

Le monde a atteint son point ultime de folie. Des cataclysmes le ravagent, des régimes totalitaires l’enflamment. Mais un homme, Théo Gracques, se montre indifférent à ces désastres. Réfugié sur une île, il y rencontre une femme, elle aussi rebelle, et ses deux enfants. Tous les quatre s’engagent alors dans un périple à travers l’Europe et les Amériques pour défier le destin, vivre jusqu’au bout leur liberté…
Cantique du chaos est un texte d’un lyrisme que l’on n’aurait pas imaginé encore possible dans la littérature française. Dans une langue inouïe, pleine de rage et de douceur, Mathieu Belezi nous offre un road-movie baroque, une incarnation moderne de la figure du desperado. Après la révolte portée par Attaquer la terre et le soleil (Le Tripode, 2022), ce roman inscrit une nouvelle fois l’auteur dans la lignée des grands écrivains sud et nord-américains. On pense à Roberto Bolaño, Jack Kerouac, Gabriel García Márquez, Cormac McCarthy… à tous ceux qui, en réponse aux délires des hommes, font de la littérature un des derniers bastions de la résistance – et la seule échappatoire face à ce qui nous déshumanise.

Phillips B. Williams – Chez nous (Robert Laffont) 21/08

Ours est un village de Louisiane, fondé dans les années 1830 par Sainte, une mystérieuse sorcière noire. Après avoir pris d’assaut des plantations et en avoir libéré les esclaves, elle les rassemble dans ce lieu que ses sortilèges protègent de toute intrusion et qui sera pour eux un havre de paix.

Mais au fil du temps, de nouveaux arrivants parviennent à s’introduire dans Ours. Et certains habitants se demandent si la sécurité de leur communauté ne cache pas une autre forme d’asservissement.

Saga qui se déroule sur quatre décennies, Chez nous est aussi une exploration du pouvoir, des limites de l’amour, et une réflexion sur la liberté, servies par une écriture poétique et ensorcelante.

Séverine Cressan – Nourrices (Dalva) 21/08

Un premier roman français exceptionnel, aussi sensuel que bouleversant. A travers les aventures de quelques femmes, on découvre l’incroyable vie des nourrices, ces mères invisibles sur lesquelles a reposé toute une industrie pendant plusieurs siècles.

Dans ce village, c’est du corps des femmes qu’on tire l’argent qui fait vivre les familles. Car ici, on vend une denrée précieuse : le lait maternel. Sylvaine, son propre enfant à peine sevré, accueille chez elle comme tant d’autres une « petite de la ville ». Mais une nuit, en pleine forêt, elle découvre un bébé abandonné dans une clairière et à ses côtés un carnet qui raconte son histoire. Elle ne pourrait veiller sur ces trois nourrissons et quand celle dont elle a la garde meurt dans son sommeil, elle n’hésite pas à échanger les bébés. L’enfant mystérieuse prend la place de Gladie, cette petite fille qui lui avait été confiée…
Avec ce premier roman sensuel et bouleversant, Séverine Cressan révèle les rouages troublants d’une industrie méconnue. Dans ces pages inoubliables, elle nous entraine dans un univers où la nature et l’enchantement ne sont jamais loin et réinvente l’histoire de ces mères invisibles.

Ariana Harwicz – Erreur de jugement (Dalva) 04/09

Un roman à la prose et au rythme vertigineux, nous plongeant dans l’esprit d’une femme qui kidnappe ses enfants dont elle a perdu la garde. Un superbe livre sur l’amour fou, par l’autrice de Crève mon amour dont l’adaptation cinématographique sort en salle à l’automne.

Lisa n’a plus rien à perdre : elle a laissé derrière elle son pays – l’Argentine – pour vivre le grand amour dans un coin perdu de la campagne française, vu l’amour disparaître, les sentiments devenir haine et surtout, a perdu la garde de ses enfants. Lui reste une rage insatiable, un besoin viscéral de voir, toucher, sentir ses petits qu’on ne l’autorise à serrer dans ses bras que deux fois par mois. Alors Lisa commet l’impensable : elle kidnappe ses enfants et s’enfuit avec eux, roulant au hasard, allant vers la mer.
Dans ce roman au rythme effréné, Ariana Harwicz nous immerge dans le monologue sauvage de Lisa, sa cocotte-minute intime, soulignant toute la violence de cette vie familiale, celle des ruptures, de l’incompréhension entre les êtres et les cultures. On referme ce brûlot avec un léger vertige et l’impression saisissante d’avoir été, pour quelques heures, complice de cette femme au bord de l’abîme.

Henry Wise – Nulle part où revenir (Sonatine)

Personne n’est innocent. Personne n’est libre. Personne n’est sacré.

Après dix années passées à Richmond, Will Seems revient dans la petite ville où il a grandi, pour prendre un poste d’adjoint au shérif. Il y retrouve cette terre du sud de la Virginie hantée par l’histoire, celle des riches plantations de tabac et de l’esclavage, que le progrès semble avoir oublié. Dans ce paysage désolé, entre marais et maisons abandonnées, le temps semble en effet s’être arrêté, les fantômes sont partout. Et Will va bientôt devoir affronter ceux de son propre passé lorsqu’un de ses amis d’enfance est assassiné. Alors qu’un vieil homme est suspecté, la communauté noire de la région engage une détective privée, Bennico Watts, pour l’innocenter. Si celle-ci ne s’entend guère avec Will, leur enquête va les mener tous les deux vers le snakefoot, ce territoire marécageux où depuis toujours se réfugient les exclus et les dépossédés, et où cohabitent aujourd’hui les descendants d’esclaves et les white trash . Bientôt ils vont réaliser que pour élucider un crime, la compréhension du lieu importe parfois tout autant que le mobile.

Avec ce premier roman, Henry Wise s’installe d’emblée dans la cour des grands. S’il nous offre le portrait stupéfiant d’une Amérique rurale, où règnent toujours de vieux démons, exaltés par une situation économique misérable, il tend à l’universel par la puissance de son style et de sa vision. Avec un personnage principal complexe, dont tous les repères s’effondrent dans un pays qu’il ne reconnaît plus, porté par un suspense et une atmosphère qui évoquent True Detective , Wise nous donne un très grand livre à la beauté désespérée.

Lien vers le site internet du groupe Editis


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Catégories :Littérature

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7 réponses

  1. Je me pointe la fleur aux dents, et bam. Prends ça dans les gencives. 😁. Merci à toi pour la liste des sorties et ta sélection 🙏 😘 . Ps: si je braque une banque, je dirais que c’est de ta faute. 😂

  2. Nath - Mes Lectures du Dimanche – Polars, thrillers, romans noirs...

    J’essaie de rester loin des tentations de la rentrée mais je suis tentée par Jesmyn Ward, ainsi que par Bussi qui semble proposer autre chose… à voir 😉 ! Merci pour cette présentation !

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      Oui, le Bussi semble élargir son horizon tout en restant Bussien, sur un sujet qui lui tient à cœur depuis 30 ans. J’en attends beaucoup

  3. Collectif Polar : chronique de nuit – Simple bibliothécaire férue de toutes les littératures policières et de l'imaginaire.

    Bien belle sélection que voilà !

  4. Lilou – Passionnée d’égyptologie, amoureuse du Québec, adore les arts et la culture, lectrice compulsive, chroniqueuse...

    Oh la la cette sélection est vraiment très chouette… Beaucoup d’envie, mais je note rien (trop de livres à lire avant) mais comme d’habitude je vais surveiller tes retours et je picorerai… en tout cas merci pour cette liste très intéressante ! 🙂

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