La littérature tend à s’uniformiser, parfois à outrance. Les mêmes codes, les mêmes schémas et recettes, au détriment de la créativité, de l’imagination et du mélange des genres.
La lecture est pourtant la source idéale pour unir des émotions contradictoires. Assembler des idées qui pourraient être étrangères les unes aux autres. Enchevêtrer des écritures hétéroclites, mais qui sont pourtant des racines de richesse.
Voici une sélection de 5 romans, à la personnalité forte, qui ont su réussir cet amalgame.
Ces choix concernent volontairement des romans publiés sur ces cinq dernières années, pour bien montrer qu’il reste encore beaucoup d’écrivains et de livres qui ont l’inspiration pour aspiration, déployant toute la magie de bonnes histoires, de personnages marquants et de plumes puissantes, en racontant notre monde à leur manière.
De quoi prendre le risque de sortir de sa zone de confort, le jeu en vaut la chandelle !
Auriane Velten – C’est-comme-ça (Mnémos) 2025
Suivre le fil d’Auriane Velten, c’est la promesse d’un voyage plein de surprises, dans un univers qui lui est propre. C’est-comme-ça ne ressemble à rien de ce que vous avez pu lire, et pourtant le roman rassemble par sa thématique universelle.
L’idée de croiser des personnages de fiction semble assez dingue, elle l’est, mais tellement stimulante ! Et ce qu’en fait Auriane Velten vaut vraiment le détour. Même si la première moitié du livre est un peu trop lente, l’ensemble est original, prenant et vraiment surprenant. Sans pour autant tomber dans le n’importe quoi, l’autrice ayant bien réfléchi son affaire.
À coups d’allégories joliment senties, elle développe une intrigue qui questionne et qui touche, avec des messages qui portent. Même s’il s’agit d’une affaire de disparitions, que la tension règne, l’ensemble fourmille également de positif, d’optimisme et d’une certaine tendresse.
Le récit est atypique, mettant bien l’accent sur l’importance des histoires, montrant l’imaginaire comme l’une des clés. Il fallait oser le mélange de social, de religieux et de pop culture ! D’ailleurs son Jésus est l’un des plus beaux personnages du livre, alors que l’autrice est une athée affirmée, il porte à lui seul une bonne partie du positif de l’intrigue.
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4ème de couverture :
Apollon, Papa Legba ou encore la fée Clochette : autant de croyances nées de l’imagination fertile de l’humanité… jusqu’à en devenir bien réelles. Invisibles aux yeux des humains, elles ont traversé les siècles, les influençant à leur insu pour survivre.
Cassandre est l’une d’elles. Solitaire, vivant dans la peur constante de disparaître, elle se tient à l’écart de ses semblables et préfère diriger son énergie vers Helene, l’autrice qui, grâce à sa série littéraire, lui permet de renforcer son existence dans le monde. Mais la mort de Robin des Bois vient tout bouleverser.
Seule contre tous, la presque-prophétesse est persuadée que quelqu’un cible les croyances et qu’aucune, aussi populaire soit-elle, n’est à l’abri. Sera-t-elle de nouveau condamnée à ne pas être écoutée ?
Après After®, Prix Utopiales 2021, et Cimqa, Auriane Velten continue de proposer une science-fiction singulière qui, sous une critique acérée de notre société, place l’humain au cœur de récits emplis de bienveillance et d’optimisme.
Sophie Loubière – Obsolète (Belfond / Pocket) 2024
Vous vous dites d’emblée : ces histoires ont été racontées déjà maintes et maintes fois, à décrire un monde post-apocalyptique. Détrompez-vous. Non seulement l’autrice n’est pas tombée dans la facilité, mais elle a pensé et construit son univers dystopique sans jamais tomber dans les excès et la caricature, sans surjouer le catastrophisme à tout-va.
C’est un récit engagé pour les femmes, mais pas d’un féminisme à deux balles, d’ailleurs les personnages masculins y ont aussi une place de choix. C’est une vision lucide, mais pas un pamphlet écolo déconnecté des humains.
Quelle richesse, quel travail, quelle merveille de texte ! Mon enthousiasme pour cette lecture est une bénédiction, tant j’ai été emporté et subjugué par le talent, l’inventivité de ce roman. Touché par la finesse et l’intelligence, transporté par les émotions. Obsolète est un bijou d’une belle profondeur, écrit et raconté avec une subtilité rare, pour bien tenir compte de la fragilité du quotidien.
Dans ce monde de demain où tout se recycle, Obsolète arrive à proposer du neuf. Sophie Loubière ne fait jamais les choses à moitié, et sa dystopie est un miracle, le genre de texte visionnaire, d’une beauté et d’une profondeur qu’on ne rencontre que peu. De quoi marquer le gros lecteur que je suis, de manière indélébile.
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4ème de couverture
Convoquant tout autant le roman d’anticipation que la littérature de suspense, Sophie Loubière nous offre une plongée fascinante et terrifiante dans un monde rétrofuturiste visionnaire. Une œuvre totale par une grande voix du roman noir français.
La femme, un produit sans grand avenir ?
2224. Depuis le Grand Effondrement de la civilisation fossile et les crises qui ont suivi, l’humanité s’est adaptée. Économiser les ressources, se protéger du soleil, modifier son habitat, ses besoins, et adhérer au tout-recyclage.
Y compris celui des femmes.
Afin d’enrayer le déclin de la population, toute femme de cinquante ans est retirée de son foyer pour laisser la place à une autre, plus jeune et encore fertile.
L’heure a sonné pour Rachel. Solide et sereine, elle est prête. Mais qu’en est-il de son mari et de ses enfants ? Car personne n’est jamais revenu du Grand Recyclage. Et Rachel sent bien que le Domaine des Hautes-Plaines n’est pas ce lieu de rêve que promet la Gouvernance territoriale aux futures Retirées…
Bruno Markov – Le dernier étage du monde (Anne Carrière / J’ai lu) 2023
Séduire, conquérir, soumettre. Le credo de ces cabinets conseil, où la réussite (individuelle) prime sur tout le reste, même s’il faut écraser les gens et les entreprises audités.
Ce sujet et ces manières de faire et d’être vous hérissent le poil ? Pourquoi lire ce livre, alors ? Réponse : parce qu’il est tout simplement brillant ! Du début à la fin, à tel point que c’est l’un des romans les plus prenants et enthousiasmants de ces derniers mois.
La grande force du livre, c’est que Markov a réussi à construire une vraie œuvre romanesque, bourrée de surprises et de péripéties, autour de l’ascension fulgurante de cet infiltré. Une version française digne des grands romans américains sur l’ascension sociale, comme Le Bûcher des vanités de Tom Wolfe.
Splendeur et décadence du système qui tient par la peur (du vide), Le dernier étage du monde est autant une description sans concession des mœurs de notre temps, qu’un formidable roman à suspense. Vrai, immersif à en donner des frissons, dérangeant, heurtant, mais aussi profondément humain.
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4ème de couverture
L’art de la guerre consiste à soumettre son adversaire sans le combattre. C’est ainsi que le père de Victor Laplace s’est fait détruire. C’est ainsi que le jeune Victor espère venger sa mémoire, en s’infiltrant au cœur même du système qui l’a brisé. Sa stratégie est claire : se faire embaucher dans le prestigieux cabinet de conseil que dirige son ennemi, l’approcher pas à pas, l’écouter patiemment dévoiler la recette de ses triomphes, l’accompagner dans son ascension en attendant l’ouverture, la brèche où il pourra s’engouffrer. Une partie d’échecs pour laquelle l’apprenti possède une arme décisive : sa maîtrise des algorithmes et de l’intelligence artificielle. Car à l’heure où le succès ne répond plus au mérite ou à l’intelligence, mais à d’autres règles sociales qu’on peut traduire en équations, celui qui sait les déchiffrer peut à tout moment renverser le jeu en sa faveur. Mais à quoi devra renoncer Victor Laplace pour parvenir au dernier étage du monde ?
Dans une variation sur le thème des Illusions perdues, teintée d’un esthétisme à la Tom Wolfe, Bruno Markov réinvente le mythe de la réussite individuelle à l’heure des nouvelles technologies. Captivant, émouvant et subversif, Le Dernier Étage du monde offre un grand huit romanesque qui s’empare des questions éthiques les plus brûlantes autour de l’intelligence artificielle et de l’économie de l’attention.
Dominique Scali – Les marins ne savent pas nager (La peuplade / Folio) 2022
Ne vous dites point que cette grande aventure n’est pas faite pour vous. Ce livre est au contraire à mettre entre toutes les mains, les touches d’Imaginaire y sont distillées avec délicatesse. Très vite, on croit en l’existence d’Ys, en quelques chapitres on ne doute plus une seconde de celle des personnages.
Point de héros irréel, mais des femmes et des hommes qui cherchent avant tout à survivre dans un environnement souvent hostile, avec le peu de ressources disponibles (plus aucun arbre ne pousse sur l’île depuis des générations, donnant une valeur inestimable au moindre bout de bois mort rejeté par la mer, suite aux nombreux naufrages). Point de magie non plus, ce récit maritime est très terre à terre.
C’est un véritable tour de force littéraire, par la grâce d’une écriture enchanteresse, un émerveillement de poésie en prose, avec un vocabulaire qui immerge totalement le lecteur dans cette époque et ce monde.
Des vies comme des débris, bringuebalés par la violence des vagues, cahotés dans des existences qu’on vit auprès d’eux. Jusqu’à ressentir une grande tristesse à devoir sortir de ce livre qu’on aurait aimé ne jamais voir se finir, tant l’immense don de Dominique Scali touche au sublime.
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4ème de couverture
Danaé Berrubé-Portanguen dite Poussin possède le rare don de savoir nager. Orpheline, tour à tour sauveuse et naufrageuse, elle vit au milieu de l’Atlantique, sur l’île d’Ys, berceau d’un peuple obsédé par l’honneur et le courage. Une île où même les terriens se vantent d’être marins, où seuls les plus braves ont le privilège de vivre dans la cité fortifiée à l’abri des grandes marées d’équinoxe. Suivant le destin des riverains qui doivent se partager plages et marges, Danaé Poussin se soumettra aux cycles qui animent les mouvements de la mer comme à ceux qui régissent le cœur des hommes.
Les marins ne savent pas nager s’adresse à celles et ceux qui, un jour, se sont demandé si c’était la montée des eaux qui les faisait pleurer ou leurs larmes qui faisaient monter les eaux. Dominique Scali signe un roman d’aventures maritimes époustouflant campé dans un XVIIIe siècle alternatif salé par l’embrun et rempli de la cruauté du vent.
Nana Kwame Adjel-Brenyah – Friday black (Albin Michel / Le livre de poche) 2021
Une telle accumulation de claques, dans un même livre, à fortiori le premier de son auteur, est une expérience singulière. La nouvelle n’est pas un genre reconnu comme il le devrait en France. C’est tout le contraire dans les pays anglo-saxons, où ces courtes histoires sont vues comme des textes de valeur égale aux romans.
Le recueil de Nana Kwame Adjel-Brenyah est un modèle d’inventivité, d’engagement, de puissance et d’émotions diverses. Douze récits, dont au moins neuf me resteront marqués au fer rouge dans le cœur et dans les tripes.
Voilà l’exemple parfait de ce que je dis souvent : il n’y a que deux genres de livres, ceux qui vous passionnent et les autres. Pourquoi vouloir toujours cataloguer une histoire dans un genre spécifique ? Cette collection de textes montre admirablement que la forme peut servir le fond, qu’elle peut concourir à appuyer un message.
Ces récits d’une intelligence folle sont portés par une plume vibrante au possible, et qui ose. Une parole unique qui s’avère universelle. Je sais déjà que je relirai certains de ces textes au fil du temps, pour m’en imprégner encore, différemment.
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4° de couverture
Avec ce premier livre incroyablement inventif, Nana Kwame Adjei-Brenyah s’est imposé aux États-Unis comme une nouvelle voix explosive dans la lignée de Colson Whitehead et Marlon James. Entremêlant dystopie, satire et fantastique, et ses nouvelles donnent à voir avec une effarante lucidité la violence et la déshumanisation de notre monde.
Qu’il mette en scène le procès d’un Blanc accusé du meurtre effroyable de cinq enfants noirs (et qui sera acquitté), le parcours d’un jeune qui tente de faire diminuer son « degré de noirceur » pour décrocher un emploi, le quotidien d’un vendeur de centre commercial confronté à des clients devenus zombies, ou celui des employés d’un parc d’attractions faisant du racisme ordinaire une source de divertissement, AdjeiBrenyah le fait avec une maîtrise et une maturité stupéfi antes. On renferme ce livre hébété : si la fi ction peut contribuer à bousculer les mentalités, alors Friday Black est une puissante arme littéraire.
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Catégories :Littérature

Friday black est dans ma pal 😁. Non pas sur la tête. Merci à toi pour la piqûre de rappel 🙏 😘
tu avances comme tu peux, à ton rythme 🙂
Le dernier étage du monde m’a transporté. J’ai adoré cette univers cynique.
Quel livre épatant ! Content de te voir le saluer 🙂
Adoré « Obsolète », pas lu « C’est comme ça », mais les trois derniers, je les ai lus et chez moi, ils ne sont pas passés en coups de coeur, mais en déception totale :/ la preuve que les goûts et les couleurs… 😆
T’as eu des trous d’air 😁
Plus que des trous d’air, dans mon cas 😆
Bon évidemment « Obsolète » qui reste pour moi une lecture incroyablement forte, sensible et coup au cœur ! Je ne connais pas les autres, mais je te fais confiance ! 😉 Merci pour ces sorties de zone de confort…
merci à toi pour ta curiosité ! C’est une grande qualité !
Je n’ai lu que obsolète pour lequel tu connais mon enthousiasme ! Et je suis très tentée par le dernier étage du monde… pour le reste, je suis encore accrochée à mes thrillers testostéronés 🤣
tu as ouvert tes chakras ces derniers temps 😉
Je crois que c’est un des effets secondaires (bénéfiques !) de prendre de l’âge 😉
Je pense que tu te trompes, les gens le plus souvent perdent leur curiosité avec l’âge, perdent leur ouverture d’esprit aux nouveautés, aux nouvelles expériences culturelle. Tu es donc une exception, et dans le très bon sens 😉
🥰