Vingt ans après son premier roman, Papillon de nuit, R.J. Ellory revient avec une histoire de condamné(s) à mort aux USA. Everglades commémore deux décennies de romans noirs de l’auteur anglais, mais le lien s’arrête là, les deux récits sont sensiblement différents.
La perspective s’est déplacée, du prisonnier vers le maton, le regard s’en trouve logiquement changé. En 1976, un homme, qui est shérif de son état, se retrouve blessé à la jambe au milieu d’une fusillade. Exit son boulot de flic, il doit se trouver un autre travail, une autre voie. Le poste de gardien de prison lui semble une suite logique à son envie de faire respecter la loi. Il ne s’imagine pas à quoi il sera confronté, ce qui l’obligera à revoir sa manière de concevoir le monde.
Les murs, et dehors
L’intrigue ne se déroule pas uniquement entre quatre murs ; il s’agit avant tout de suivre Nelson Garett et sa nouvelle compagne, Hannah Montgomery, évoluer dans un milieu qui laisse des traces, lui qui est gardien, elle, fille de gardien. L’occasion pour l’auteur de décrire les terribles conditions d’enfermement dans les années 70, mais également de s’en extraire pour nous conduire autant dans la vie du couple que dans une course poursuite.
Une histoire qui s’apparente autant au roman noir qu’au récit social et au thriller. Avec un Ellory qui fait dans la sobriété et l’efficacité. Toujours avec de grosses pointes d’émotions, mais moins dans les envolées lyriques comme il a pu le faire dans ses premiers romans.
Qui devient personnel
Un mot sur le titre et la couverture français, j’aime habituellement beaucoup ce que propose le formidable éditeur Sonatine, mais sur ce coup-là, je reste dubitatif. On est loin du contenant du livre anglais qui mettait en avant la particularité de cette prison. Le roman aurait pu s’appeler Le beffroi. Malgré le fait qu’il se passe en Floride, le définir par le nom de cette zone humide et y mettre autant de couleur chaude en avant me semble donner une impression faussée du livre.
Dans les geôles américaines de l’époque, il fallait suivre trois règles : ne pas en faire une affaire personnelle, ne pas remettre en question le système, ne pas se faire justice soi-même. Lorsque l’on est respectueux de la loi, mais qu’on pense croiser un innocent dans le couloir de la mort, la focale change. Et une simple vie de couple peut se transformer en quête de soi autant que de vérité, au risque de perdre pied.
Le roman a plusieurs fers au feu, entre action, rebondissements liés à certains détenus, vie de couple des deux protagonistes principaux, passages durs ou plus émouvants.
Exécutions
Le point d’orgue reste les exécutions, il y en a plusieurs, particulièrement éprouvantes parce que décrites avec détails pour bien faire ressentir ce que le prisonnier et Nelson éprouvent.
Même si ce n’est pas mon préféré de l’auteur, ce roman est trépidant. Le savoir-faire fait bien le job, avec des réflexions profondes sur la condition humaine qui traversent cette intrigue de part en part, grâce à une galerie de personnages auxquels on s’attache.
Everglades est un thriller étouffant par son histoire autant que son ambiance, la moiteur qui s’en dégage met le lecteur en sueur face aux blessures des protagonistes. R.J. Ellory sort la tête haute de ce marécage avec son talent qui n’est plus à démontrer.
Lien vers l’interview de R.J. Ellory au sujet de « Everglades »
Yvan Fauth
Sortie : 10 avril 2025
Éditeurs : Sonatine
Genre : roman noir / thriller
Traduction : Étienne Gomez
Prix : 24 €
4ème de couverture :
» Vous chassez des ombres. Et elles vous échapperont toujours. «
Août 1976. Garrett Nelson est shérif adjoint en Floride. Lors d’une arrestation qui tourne mal, il est grièvement blessé. C’en est fini pour lui du service actif. Suivant les conseils de sa thérapeute, Hannah Montgomery, il rejoint le père et le frère de celle-ci à Southern State, en tant que gardien au pénitencier d’État. Édifiée sur l’emplacement d’une ancienne mission espagnole située au beau milieu des Everglades, la prison est censée être d’une sécurité absolue. Et pourtant… Entre un étrange suicide et une curieuse évasion, l’instinct d’enquêteur de Nelson reprend vite le dessus. Dans ce milieu clos, cerné par une nature hostile, il va bientôt se rendre compte que les murs renferment des secrets aussi dangereux que bien gardés.
Après Seul le silence et Une saison pour les ombres , R. J. Ellory poursuit avec ce thriller crépusculaire sa réflexion sur la nature humaine et sa part de ténèbres. Personnages d’une rare humanité, force d’émotion exceptionnelle, sens remarquable de l’intrigue et du suspense : on retrouve ici tout ce qui fait la puissance et la beauté de son œuvre.
La couverture anglaise :
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Catégories :Littérature

Voilà un nouveau fort attendu…
comme tu dis ! Un incontournable chaque année
Ce que tu en dis titille ma curiosité. Comme toujours de la profondeur dans cette chronique et une vraie analyse. Je me le garde pour la fin de semaine.
bonne future virée moiteuse 😉
Et encore une chronique qui donne envie 😍. Tu as changé l’interface du blog, c’est très beau.
Ça attendra en poche pour mettre avec ses petits frères. Merci pour le partage 🙏 😘
Merci pour tes mots, faut évoluer un peu parfois 😉
bien sûr que je me le note malgré les exécutions (je me rappelle de La ligne verte ou d’autres qui m’ont laissé des traces indélébiles !). Merci pour ta chronique… et oui j’aime bien l’évolution du visuel de ton blog ! 😉
Pas encore lu, mais je l’ai acheté, la moitié du travail est fait 😆
c’est pas mal comme début 😉
Je trouve aussi ! Pour le moment, je suis mordue avec Mention et j’ai été dans le désert avec Catriona Ward. Brrrr, glauque, mais j’ai aimé. Je suis raccord avec toi, pour le moment 😆
Ah bonne nouvelle !
Mention fait passer le confinement de 2020 pour de la gnognotte, avec son roman… je le dévore (oups), mais pas trop vite 😆
Un Ellory comme je les aime !
On les aime tous, non ? 😉
Pas sûr ! :-/
On a nos préférés …
C’est normal 😉
vi ! ;-P