Il ne fait aucun doute que R.J. Ellory est une des voix les plus importantes et puissantes du Roman Noir. Il a pourtant voulu faire un pas de côté avec Le secret de Joseph Conrad, sans doute l’un de ses livres les plus personnels.
Ceux qui ont eu la chance de le côtoyer lors de ses nombreuses rencontres littéraires aux quatre coins de l’hexagone y retrouveront ce qu’il partage souvent lors de ses conférences. D’ailleurs, l’idée de ce récit lui est venue lors d’un passage en Alsace.
Différent
Sorti en 2020 en autoédition dans sa langue maternelle, le livre n’a été retenu ni par son éditeur anglais ni par sa maison d’édition française, jugé trop différent du reste de son œuvre. C’est bien dommage, par ce qu’il mérite qu’on s’y attarde, et cette traduction vient à point nommé dans ce monde de plus en plus instable.
J’aime beaucoup le titre original, The Man Who Ate The World, traduire : L’homme qui mangea le monde. Non par ambition, mais en propageant la gentillesse autour de lui, les réseaux sociaux faisant le reste, pour transformer l’homme en phénomène.
Le message passe, et Ellory est allé au bout de la démarche, puisque l’ensemble des royalties de l’édition originale a été reversé au Great Ormond Street Hospital for Children à Londres.
L’écoute
Joseph Conrad, homonyme du grand auteur de langue anglaise, est un personnage mystérieux. Sans passé connu, à part un obscur travail de bureau durant quelques années, sans attache, sans lien d’aucune sorte avec le monde. Il décide de tout lâcher pour partir sur la route, en France, en Irlande et en Angleterre. Le reste est histoires de rencontres, où il fera preuve de prévenance, de compaction et surtout d’écoute.
On peut être plus ou moins sensible à l’assertion de cette gentillesse qui peut changer le monde, mais ce roman plein d’optimisme sait toucher au cœur autant que parler à l’esprit de ceux qui savent prêter l’oreille aux autres et leur porter de l’attention.
Foi en l’humain
Pour Joseph Conrad (et l’auteur lui-même, il le dit très régulièrement lors des rencontres), les femmes et les hommes sont foncièrement bons, mais dévoyés par la peur et par leur environnement. Conrad ne demande rien, n’en revendique pas davantage, relativise tout. Ce sont ses actes simples du quotidien, son écoute et ses paroles qui vont se propager à travers les autres.
Il a foncièrement foi en l’humain. Et au pouvoir de la littérature (le texte est ponctué de très nombreuses citations d’auteurs, Conrad ayant une mémoire infinie pour retenir les bons mots des auteurs).
Ces élans de bienveillance, par effet d’entraînement, vont rapidement inquiéter et rendre fébriles les puissants, les pousser à des tentatives de récupération. Les politiciens et les journalistes en prennent sacrément pour leur grade dans le roman, à toujours vouloir répandre le catastrophisme.
Credo
Le credo de Joseph Conrad est simple : « Je ne comprends vraiment pas pourquoi tout doit être compliqué. Je pense que les gens devraient lire plus de livres. Je pense qu’ils devraient se parler les uns aux autres de ce qu’ils pensent et ressentent. Je pense qu’ils devraient essayer d’être plus gentils et patients. Je pense que les gens devraient assumer leurs paroles et leurs actes et que, lorsqu’ils donnent leur parole et font une promesse, ils devraient le faire avec leur cœur, puis faire de leur mieux pour honorer ce qu’ils ont dit ».
Son analyse n’est pas plus compliquée : « Depuis un certain temps, les gens ont commencé à penser que la cause de leurs problèmes venait des autres et non d’eux-mêmes ».
Humanisme
Les idées pourraient paraître simplistes ou naïves, mais Ellory arrive au contraire à nous embarquer dans cette aventure humaine étonnante. Et on veut y croire, parce que cette virée initiatique a tout de la fable philosophique moderne, à destination de toutes les âmes. De quoi discuter ensuite et méditer ensemble.
L’écrivain y a trouvé le bon ton, drôle et sensible, parfois décalé. Les personnages ont des noms illustres, chacun se souvient du physique de Conrad d’une autre manière, mais significativement avec les mêmes émotions. Il faut dire que Joseph semble être tel un caméléon, protéiforme dans l’apparence, mais constant dans son envie de partage. Certains y verront une destinée, lui semble ne vivre qu’au jour le jour et se laisser porter (emporter) par les événements.
Le secret de Joseph Conrad est un roman humaniste, qui fait du bien autant qu’il fait réfléchir, qui émeut autant qu’il faire constamment sourire. Le message positif de R.J. Ellory est à son image d’auteur, sincère et proche de ses lecteurs : être à l’écoute de l’autre. Et lire toujours davantage. La gentillesse n’est pas un vilain mot !
Yvan Fauth
Sortie : 12 décembre 2024
Éditeur : Héraclès
Genre : fiction humaniste
Traduction : Gauthier Dupont & Guillaume Dumoulin
Prix : 20 €
4ème de couverture
Personne ne sait d’où il vient, ni ce qui l’anime vraiment. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il dit la vérité. À tout le monde. Sur tout. Travaillant dans un anonyme bureau du Midlands en Angleterre, Joseph Conrad saisit l’opportunité de quitter son travail pour réaliser son destin. De Paris à Saint-Gaudens, puis en Irlande et à Londres, Joseph Conrad traverse les paysages et les existences, transformant ceux qui croisent son chemin. Par ses gestes empreints de bonté désintéressée, il bouleverse des vies et inspire un mouvement inattendu, partout ses Actes de Gentillesse Spontanés inspirent d’autres à faire le bien autour d’eux. Ce parcours attire bientôt l’attention des médias et des gouvernements, fascinés par cet homme insaisissable, sans passé, sans motivation apparente. Joseph Conrad reste un mystère aux yeux du Monde. Est-il subversif ? révolutionnaire ? un nouveau Sauveur ? Ou bien simplement un homme en quête de vérité, messager d’une vision nouvelle ? Dans Le Secret de Joseph Conrad, R.J. Ellory livre un récit captivant sur la puissance de la gentillesse en tant qu’expérience collective. Une histoire qui interroge nos choix, notre rapport à la vérité et la place de l’espoir dans nos sociétés contemporaines. Un roman de R.J. Ellory comme vous n’en avez jamais lu. Une ode à la gentillesse. Un récit initiatique lumineux à mettre entre toutes les mains… le bréviaire du bonheur.
La présentation du livre par R.J. Ellory en vidéo :
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Catégories :Littérature

Impatiente de le lire ♥️
Quelle jolie chronique tout en douceur, ça ressemble à une déclaration d’amour. Merci à toi pour le partage 🙏 😘
Un avis positif pour un livre positif 😉
Pourquoi pas sortir de ma zone de confort (encore), parce que Ellory, quand même…
Une bonne motivation 😉
Tu m’en apprends des choses, toi ! Je ne savais même pas qu’un « nouveau » titre de cet auteur était sorti et là, tu me tentes fortement !! « Depuis un certain temps, les gens ont commencé à penser que la cause de leurs problèmes venait des autres et non d’eux-mêmes » ==> cela fait plus de 20 ans que je le pense :/
Oui il a raison et toi aussi, la gentillesse n’est pas un vilain mot. J’aime cet auteur et je vais le suivre dans ce nouveau livre qui me paraît très bien humainement (mais avec R. J. Ellory, l’humain est toujours là, très présent !). Merci pour cette douce chronique bienveillante… 🙂
on peut aimer les romans noirs et être profondément gentils, je le crois 🙂
Entièrement d’accord avec toi ! 🤗
Pas encore lu