Dans ce monde qui tend à l’uniformisation et l’aseptisation, il reste encore quelques romans qui se moquent des règles trop établies. Adeline Fleury fait gronder Le ciel en sa fureur dans ces contrées entre mer et champs où la notion de matérialité se brouille parfois.
Réalisme magique
Une galerie de portraits, une multiplication de points de vue. Les années 80, mais un récit qui est presque intemporel. Qui tient autant du conte que de la dure réalité, la plume dessinant une histoire longtemps évanescente, qui semble filer entre les doigts.
La forme semble prendre l’ascendant sur le fond, mais ce n’est que pour mieux découvrir ensuite ce qui est caché, ce qui est raconté en filigrane. Le réalisme magique fait pétiller le regard du lecteur, mais l’horreur sous-jacente fait s’assombrir l’atmosphère ; dichotomie entre l’écriture aérienne et la violence en son sein.
En équilibre
200 pages à peine, pourtant riches en sensations. Pas de dialogue. Plusieurs niveaux de lecture selon sa sensibilité, à voir les légendes locales comme du folklore où comme des éléments inhérents à la vie au quotidien de cet endroit reculé.
L’autrice reste en équilibre sur le fil, laisse au lecteur le choix d’y croire ou non. Chacun en fera son affaire, mais le texte ne parlera qu’aux esprits ouverts.
Qui est le monstre ?
A l’image de cette campagne refermée sur elle-même et qui voit s’y entrechoquer quelques révolutions, un lotissement sans âme qui grignote l’espace, ou encore une femme homosexuelle qui vient pratiquer un métier « d’homme ».
Ces changements vont voir éclore un secret longtemps enfoui, qui ne pouvait rester éternellement muet. La monstruosité émerge tôt ou tard de la boue, l’horreur engendre la violence et vice versa. Qui est le vrai monstre dans l’affaire ?
Différence
A travers ce récit qui voit passer un enfant-fée et une ménagerie incroyable (amusez-vous à compter le nombre de bestioles), l’écrivaine parle de différence et de rejet de l’autre sous prétexte de normes établies. De quête de soi, aussi.
Sa manière de brouiller les frontières des genres littéraires et de briser les codes n’en est que plus judicieuse. Le roman vire parfois au thriller, tout en restant chronique, et en flirtant constamment avec l’Imaginaire. C’est bien ce côté inclassable qui donne du cœur à ce corps mystérieux.
Le ciel en sa fureur est à l’image de son titre, poétique et étrange. Adeline Fleury y propose une vision onirique d’une tragédie bien réelle, développée d’une manière fort surprenante.
Yvan Fauth
Sortie : 03 janvier 2024
Éditeur : Editions de l’Observatoire
Genre : fiction inclassable
Prix : 20 €
4ème de couverture
C’est une bourgade entre mer et champs, avec son église, ses fermes, ses habitants rugueux et taciturnes. Avec ses cauchemars aussi, car ce qu’on a fait au cheval des jumeaux Bellay, aucun animal n’en serait capable. Julia, vétérinaire, et Stéphane, maréchale-ferrante, ex-citadines fraîchement arrivées dans la région, en sont persuadées : seul un homme a pu commettre pareille atrocité. Au fil des jours, de nouvelles carcasses sont retrouvées, et les villageois entrent en émoi – le Varou, monstre de légende assoiffé de vengeance, est revenu ! Au même moment, d’étranges événements se produisent dans les sous-bois alentours, alors qu’un gosse bizarre, « l’enfant-fée » comme on l’appelle, rôde autour des dépouilles d’animaux.
À travers l’enquête de deux femmes décidées à se reconstruire, Adeline Fleury nous conte une terre marécageuse balayée par les vents et les légendes ancestrales, et les secrets d’un village français. Un roman envoûtant, noir et vénéneux, où les grenouilles, parfois, tombent du ciel.
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Catégories :Littérature

On dirait que ce livre t’a envoûté. Merci à toi pour la chronique 🙏 😘
l’ambiance est effectivement envoutante !
Il me paraît vraiment étrange ce livre… En lisant ta chronique, ça me faisait un peu penser à « La langue des choses cachées » de Cécile Coulon. En tout cas, merci pour la découverte ! 🙂
même s’ils sont différents, oui on peut dire que ces deux livres peuvent se rejoindre
Une chronique qui fait instantanément remonter les émotions de lecture et certains passages du livre. ( ceux notamment avec la grande Stéphane).
Un personnage atypique, clairement, à l’image du roman
Oh du réalisme magique….
J’avoue j’ai un peu de mal à identifier ce genre…
Un jour tu m’expliqueras, hein ?