Interview – 1 livre en 5 questions : Le plateau de Pierre grise – Olivier Claudon

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

OLIVIER CLAUDON

Titre : Le plateau de Pierre grise

Editeur : La nuée bleue

Date de sortie : 15 février 2022

Lien vers ma chronique du roman

Le scandale des Ehpad avec ce roman (entre autre sujet), le confinement en 2019 avec ton précédent livre, tu as décidément du nez pour ancrer tes histoires dans des thèmes d’actualité…

Pour mon premier roman, Et la ville sera vide, c’est un pur hasard. J’avais en effet pris pour cadre historique l’épisode de l’évacuation préventive de la population de Strasbourg en septembre 1939. Lors du confinement du printemps 2020, sont apparues des similitudes avec les descriptions des rues vides de 1939 que j’avais faites…

Pour ce qui est des Ehpad, dans mon deuxième roman, c’est un peu différent. Je souhaitais que mon héroïne, journaliste d’investigation, travaille sur un secteur théâtre de conflits entre intérêts privés et argent public. Le secteur des Ehpad, hélas, a déjà fait l’objet de nombreux scandales. Je l’ai retenu et j’ai ensuite imaginé ce qu’un groupe privé pourrait mettre en œuvre au détriment de ses pensionnaires. Mais je ne suis pas allé aussi loin que les révélations faites par Victor Castanet, parce que finalement, l’enquête de Célia sur les Ehpad n’est que le point de départ du roman. Encore que les dernières révélations sur le groupe Orpéa rejoignent par certains aspects ce que j’avais imaginé et c’est troublant.

Mais à bien y regarder, c’est le thème des éoliennes qui est central dans Le Plateau de Pierre grise.

Ta casquette de journaliste te permet de nous plonger dans le quotidien d’une journaliste d’investigation. Y a-t-il des expériences vécues dans ce texte ?

Les techniques journalistiques misent en œuvre par Célia sont habituelles en matière d’investigation. Enquête par cercles concentriques, rencontre d’une journaliste et d’une source, documents fuités, parutions feuilletonnées. Je me suis efforcé de ne pas m’inspirer de dossiers sur lesquels j’ai travaillé. Sauf peut-être pour la scène de la prise de la ZAD du plateau puisque j’ai couvert pour mon journal l’évacuation de nuit de la ZAD de Kolbsheim, près de Strasbourg.

Mais je dois dire aussi que l’un des points de départ de ce roman est le destin tragique de Daphne Caruana Galizia, une journaliste maltaise assassinée en 2017 et qui travaillait sur la corruption dans son pays. Le roman est dédié à sa mémoire.

Célia Combes, ton personnage principal, vit une descente aux enfers, selon ses propres mots. Ce livre est avant tout une histoire de reconstruction…

Oui, une reconstruction grâce à la littérature et à la présence bienveillante de la grand-mère. C’est une histoire de sororité. Célia fait un burn out et vient se reposer chez sa grand-mère. Celle-ci va régulièrement lui poser sur sa table de nuit, des romans d’Annie Ernaux. Célia va ainsi, loin du tumulte parisien, réapprendre le plaisir du temps lent, du temps long et de la lecture. Elle va reprendre le contrôle de sa vie. C’est aussi le rôle de la littérature. Donner à voir et comprendre le monde.

Tu flirtes avec plusieurs genres, passant de l’enquête journalistique à la quête de soi, mais aussi au polar et même au thriller…

En effet, je ne souhaite pas enfermer mon écriture dans un genre en particulier. Mes personnages sont plongés dans des univers qui doivent paraître crédibles, et quoi de plus crédible que la complexité du monde qui nous entoure ?

L’ambiance est tout autre par rapport à ton premier roman. Du coup, ta manière d’écrire s’est-elle modifiée ?

Pour mon premier roman, il s’agissait de reconstituer une époque révolue, celle de la France des années 30, entre Paris, l’Alsace et l’Algérie. Je souhaitais que le cadre historique de l’intrigue soit fidèle à ce qui a été. Cela a nécessité un important travail de documentation d’autant que je n’avais pas fait de plan, donc je devais pour chaque idée, la valider par des vérifications historiques au fil de l’eau.

Pour Le Plateau de Pierre grise, l’écriture était de ce point de vue moins corsetée. Je me suis efforcé de créer des lieux imaginaires, à commencer par le Plateau de Pierre grise et le village de Cousans-sous-Forêt. Mais j’ai dû me mettre dans la tête d’une jeune femme de presque trente ans. C’était à mon sens la principale difficulté. Pour le reste, l’histoire se passe de nos jours. Le travail de documentation a porté sur les Ehpad, les éoliennes, le crime organisé, l’évasion fiscale, Genève… Je n’avais pas besoin de reconstituer une époque révolue, mais d’imaginer des parts d’ombre dans le monde d’aujourd’hui.



Catégories :Interviews littéraires

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1 réponse

  1. Merci pour la découverte !
    Et pour cette ITW

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