Chambres noires – Karine Giebel

N’imaginez pas que la Karine Giebel des nouvelles ne vaut pas celle des romans, ce serait lui faire grave injure.

Ne pensez pas que quelques dizaines de pages ne suffisent pas à faire passer des émotions déchirantes.

Ne doutez pas en sa capacité à créer des personnages qui marqueront votre esprit, même en si peu de mots.

Connectée au monde

Je fais partie des convaincus de longue date. De ceux qui pensent que l’écrivaine est au moins aussi bonne dans cet exercice court que dans les versions longues. Je pense même qu’elle est la plus douée du paysage francophone du Noir, pour ce type d’histoires.

Ce n’est pas ce nouveau recueil qui me fera penser le contraire. Quatre longues nouvelles inédites (une cinquantaine de pages chacune), complétées des textes que j’avais déjà lus lors de ses participations à des recueils caritatifs.

Les inédits, tout comme les récits qui avait été édités pour une cause, valent le coup parce que Giebel s’est toujours donnée à fond dans chaque texte, sans prendre de haut ce qu’on lui proposait d’offrir.

Ces histoires ont pour point commun d’être fortement connectées à notre monde, davantage même encore que ses romans. Des récits tous engagés, à leur manière, qui mettent en lumière les faibles, les sans grades, les victimes, les guerriers de l’ombre.

Justice, injustice, morale, vengeance, emprisonnement réel ou mental. Des thématiques qui souvent lient ces histoires à travers différentes tessitures du noir, avec son style bien à elle, très reconnaissable.

Virtuose de la nouvelle noire

Des récits sombres et durs, parfois traversés d’une lumière magnifique. Et une empathie exceptionnelle, rare, touchante au possible.

Le ton est si juste, la description des émotions et des situations est si vraie, sans surjouer, qu’on ne peut qu’être touché si on a du cœur. A l’image de la quatrième nouvelle inédite, « Au revoir les enfants », qui m’a fait verser des larmes.

Les intrigues sont différentes, certaines dans la droite ligne de ce qu’elle propose habituellement, d’autres prenant des chemins de traverse. Avec des fins étonnantes parfois, qui font réfléchir à d’autres moments, qui émeuvent souvent.

Je le répète à l’envi, Karine Giebel est une virtuose de la nouvelle noire, un talent brut qui rend les émotions tellement prégnantes. Parfois jusqu’à couper le souffle. Chambres noires vaut n’importe lequel de ses romans, n’en doutez pas.

Yvan Fauth

Date de sortie : 05 novembre 2020

Éditeur : Belfond

Genre : Nouvelles noires

4° de couverture

Il y a des soupirs, des souvenirs et des sourires.
Il y a ces jours sans fin et ces nuits sans chaleur. Cette sensation d’être sale, d’être rien, moins que rien.
Ces dangers qu’on n’a pas vus venir, ces risques qu’on n’a pas osé prendre. Ces tentations auxquelles on n’a pas eu la force de résister.
Il y a ces mauvais héritages, ces mauvais choix, mauvaises pentes, mauvais départs.
Il y a ce manque de chance.
Il y a cette colère, ce dégoût.
Il y a…
Des fois où on préférerait être mort.

Voilà ce qu’on découvre dans les Chambres noires de Karine Giebel, recueil de quatre nouvelles inédites dont les héros, ou anti-héros, incarnent et dénoncent tour à tour les manquements de notre société. Quatre histoires pour lesquelles l’auteure emprunte les titres de grands films qui l’ont marquée.
Après D’ombre et de silence, elle nous offre un nouveau recueil tout en noir, humain, engagé, bouleversant, qui agit comme un révélateur, nous faisant ouvrir les yeux sur le monde en dépit de son opacité et de sa noirceur.
À la fin de l’ouvrage, en bonus, trois nouvelles déjà parues dans Treize à table ! (Pocket) au profit des Restos du Cœur ainsi que Sentence, nouvelle écrite en plein confinement et publiée dans Des mots par la fenêtre (12-21) au profit de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France.



Catégories :Littérature

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11 réponses

  1. Super post !!! Moi aussi j’adore cette auteure !!!!! Une virtuose … je vais aller me le procurer dès que je peux 🙂

  2. Tout à fait d’accord « elle est connectée au monde » et ça, j’adore !

  3. Merci, je vais le lire car j adore l’écriture de K. GIEBEL mais….je n aime pas trop les « nouvelles »
    Bon we de lecture

  4. Quelle chronique Yvan. Tu prêches une convertie. Nouvelles + Karine Giebel= pépites à bord.

  5. Quel plaisir ce blog! J’ai déjà commandé plusieurs livres, découvert de sacrés talents grâce à tous ses commentaires; merci.

  6. Je n’ai jamais lu cette auteure (honte à moi) mais je suis une grande fan de nouvelles, l’occasion d’une première rencontre ! merci

  7. Ok, je note : ne pas oublier sa boîte de kleenex !! 😉 Giebel m’a fait passer par plein d’émotions aussi dans ses livres.

  8. Plus besoin de me convaincre que certains sont capables de faire passer énormément de choses en très peu de pages !

  9. Pas forcément grand fan des nouvelles, même si un certain Yvan Fauth m’a réconcilié avec cet exercice de style. Jamais été déçu par Karine Giebel, y compris quand elle opte pour la nouvelle ; hâte de découvrir ce recueil.

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