Les ombres de la toile – Chris Brookmyre

Les ombres de la toile est un thriller de son temps, totalement ancré dans son époque, ses caractéristiques, ses angoisses, ses obsessions. Connecté, rythmé, original, transgressif, mais aussi humain.

Choc de deux mondes

Si vous êtes totalement allergique aux nouvelles technologies, passez votre chemin. Il y est question de hacking, même si c’est un outil au service de l’histoire et non l’inverse. D’ailleurs, Chris Brookmyre ne se perd jamais dans les aspects trop techniques et n’oublie pas qu’il y a des lecteurs en face.

L’écrivain écossais sait y faire, avec un sacré talent. C’est bien simple, voilà l’un des thrillers les plus prenants, intelligents et addictifs que j’ai pu lire depuis un an.

Il raconte le choc de deux mondes, leur rencontre un peu brutale mais qui va s’avérer enrichissante. Celui du journalisme à l’ancienne, en pleine perte de vitesse (Brookmyre sait de quoi il parle, il est lui même du métier), et celui du numérique qui entre chez nous par tous les pores (ports).

Les personnages !

A aucun moment, il ne joue la chansonnette du « c’était mieux avant ». Les deux personnages, bien différents entre un journaliste chevronné et une jeune hacker, usent et abusent des mêmes méthodes d’infiltration. La fin justifie les moyens, sur le terrain ou derrière un écran.

Il y avait beaucoup de pièges face à l’auteur, qui aurait pu tomber dans un récit banal, emprunté, ou trop technique. Il les évite avec brio parce qu’il n’oublie pas l’ingrédient essentiel qui rend une histoire forte : les personnages.

En voilà deux qui sont très typés, avec leurs valeurs, leurs névroses (et ils en ont), leurs failles. Ils sont aussi étonnement complémentaires et joliment touchants. L’efficacité n’oblige pas à sacrifier les émotions, en voilà une belle preuve. En matière de psychologie, leurs caractères sont particulièrement fouillés.

Efficacité et sens

Et quelle efficacité ! 550 pages haletantes, véritablement surprenantes, bourrées de twists assez incroyables, de virement de bord jouissifs pour les amateurs du genre.

Vous allez vivre de l’intérieur cette cybercriminalité et cet espionnage industriel qui fonctionnent dans l’ombre de nos vies quotidiennes. Vous risquez fort d’ouvrir de grands yeux et de devenir paranoïaques. Et comme vous vivez l’action à travers les regards des protagonistes, l’immersion est encore plus profonde.

L’intrigue est retorse, addictive (difficile de s’arrêter à la fin d’un chapitre) et formidablement bien pensée. Parce qu’il y a du sens dans ce que raconte l’écrivain et qu’il donne des billes pour réfléchir sur certaines dérives de notre monde.

Informatique et humanité

Chris Brookmyre propose un thriller palpitant, dans la forme comme dans le fond, rythmé en diable, écrit avec talent. Une histoire de 0 et de 1 n’est pas incompatible avec une bonne dose d’humanité, venant des personnages comme du « message » véhiculé.

Les ombres de la toile est une superbe réussite, divertissante au possible, moderne, et qui laisse place à la réflexion, même avec son rythme qui ne faiblit pas. Le monde d’aujourd’hui va à toute vitesse, mouvant, voilà un thriller qui en capture l’essence.

Yvan Fauth

Date de sortie : 18 juin 2020

Éditeur : Métailié

Genre : thriller

4° de couverture

« Depuis le début, je craignais que cette histoire ne me mène en prison. Eh bien, j’avais raison. Bon, je spoile pas grand-chose, hein ? Ce qui compte surtout, c’est comment j’ai terminé ici. »

Ils se méfient l’un de l’autre mais vont devoir s’allier pour survivre.

Comment, à dix-neuf ans, peut-on renoncer à l’université alors qu’on a un vrai talent pour l’informatique ? Parce que votre mère est en prison pour trafic de drogue ? Pour céder au chantage qui vous pousse à l’espionnage industriel ?

Et comment, alors qu’on était un brillant journaliste d’investigation, retrouver sa crédibilité après une énorme erreur ? En travaillant pour un nouveau site d’information en ligne, mais sous la menace d’une source anonyme ?

Une association entre gens à problèmes peut-elle aboutir à des solutions ? S’engouffrer dans les zones les plus périlleuses d’Internet est peut-être une issue.



Catégories :Littérature

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10 réponses

  1. Une chronique qui donne bien envie sachant qu’il devient de plus en plus difficile de se satisfaire d’un « thriller classique » à force d’en lire autant. L’originalité devient indispensable 😘

  2. Intéressant ! Et ensuite, on saura pirater la banque pour voler le pognon ??? Non ?? 🙁

    Je note sur un bord de mon carnet, des fois que j’aurais envie de le lire entre deux autres, vu que c’est un thriller addictif, jouissif et haletant. On essuiera à la fin de la lecture, donc… Oui, je sors.

  3. Je le veux, je le veux, je le veux !!!
    Sérieusement, je suis très content que Métailié ait exhumé Chris Brookmyre de l’oubli dans lequel l’édition française l’avait abandonné depuis quelques années. J’avais lu « Sombre avec moi » l’année dernière, un peu long mais doté d’un scénario assez machiavélique et d’une excellente fin. Celui-ci, par son sujet et par les mérites que tu lui attribues, me donne encore plus envie. Il va vite falloir que je l’ajoute quelque part dans ma PAL !

    Il y a dix ans (fichtre), j’avais adoré de lui un roman paru chez Denoël, « Les canards en plastique attaquent ! » Sous ce titre loufoque (et sa couverture hélas très moche) se tenait un livre extraordinairement habile, formidablement manipulateur, qui cachait son jeu à la perfection jusqu’à la fin. On y rencontrait déjà Jack Parlabane, son héros récurrent. Il n’est pas sorti en poche et malheureusement plus disponible, mais si jamais Métailié avait dans l’intention de le ressusciter, ce serait assez génial 😉

  4. Alors ça, je note, parce que ton avis est alléchant et que j’adore ce côté nouvelles technologies ! Ça doit être mon petit côté informaticienne 😉

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