Interview – 1 livre en 5 questions : Le jour où Kennedy n’est pas mort – R.J. Ellory

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

R.J. ELLORY

Titre : Le jour où Kennedy n’est pas mort

Sortie : 04 juin 2020

Éditeur : Sonatine

Lien vers ma chronique

Merci à Aude, du Blog Aude Bouquine, pour la traduction !

Avec ce roman, tu revisites (et modifies) la passé, un des événements les plus marquants du XXème siècle…

Une fois le dernier roman achevé, j’ai eu une réunion avec mon éditeur britannique. Il m’a demandé s’il y avait un événement particulier, individuel, social ou culturel sur lequel j’aimerais écrire. J’avais écrit sur la mafia, la CIA, le FBI, le KKK, la peine de mort, les tueurs en série, Hoover, Hollywood, Nixon, le Watergate, la guerre du Vietnam et tant d’autres sujets. J’ai mentionné Kennedy, bien sûr, mais j’ai dit que ce n’était pas vraiment quelque chose que je voulais traiter, car cela avait déjà été fait par tant de gens. Il y a des films, des séries télévisées, des documentaires, des romans, des œuvres de non-fiction, et cela semblait être un sujet qui était enterré sous trop de théories, de complots et de suppositions. Mon éditeur a ensuite dit : « Eh bien, tu pourrais peut-être aborder les choses sous un angle différent… d’une manière qui n’a jamais été faite auparavant ». J’y ai pensé en rentrant chez moi. Je connaissais le père de Kennedy à travers «Kings of America » et « Vendetta ». Je savais que la famille était corrompue et criminelle à bien des égards. Je connaissais également l’état de santé de JFK, ses affaires, sa dépendance aux médicaments, etc. J’ai alors commencé à me demander ce qui se serait passé si Kennedy n’avait pas été assassiné, si la vérité avait été révélée sur qui il était vraiment, et ces réflexions ont engendré le début du livre.

Tu t’attaques au mythe JFK. Tu montres bien à quel point l’image publique fantasmée d’un homme mort brutalement est souvent bien différente de la réalité…

Et bien, c’est un mythe. Comme le mythe de James Dean, Marilyn Monroe, Hendrix et Joplin et tant d’autres. Il semble que lorsque quelqu’un meurt tragiquement jeune, nous préservons sa mémoire comme quelque chose de sacré. Nous voulons seulement les voir comme nous imaginons qu’ils sont. Nous ne voulons pas voir leurs défauts, leurs fautes, le côté sombre de leur personnalité. Nous voulons seulement garder une image emblématique fantasmée. C’est la même chose avec Kennedy. C’était un « chaud lapin », un toxicomane, un homme profondément troublé par d’intenses psychoses dans de nombreux domaines de sa vie, mais nous ne voulons pas voir cela. Nous voulons nous souvenir de lui comme de ce héros tragique qui a donné sa vie au nom de la paix et de la liberté. On oublie Cuba, le mur de Berlin, la corruption et le chantage qui l’ont mis à la Maison Blanche. Nous ne voulons pas voir combien il a maltraité sa femme et violé l’intégrité de son mariage. Nous avons tous un côté sombre, bien sûr, mais c’était l’occasion de regarder le côté sombre de l’une des figures les plus emblématiques du XXe siècle, et c’était vraiment fascinant.

Ton livre est politique, il décortique les rouages du pouvoir aux États-Unis durant les années 60. D’ailleurs, on remarque que beaucoup de choses n’ont pas changé…

Et ça change ? C’est la même histoire depuis des décennies, des centaines d’années. Le pouvoir absolu a le potentiel de corrompre totalement. L’individu dans le Bureau ovale est une façade, un personnage, un visage au service de la machine politique. Bien entendu, le président des États-Unis ne prend pas les décisions seul. Les décisions nationales sont prises par les industriels, les banquiers, les financiers, les dirigeants de sociétés pharmaceutiques, les médias. C’est là que réside le pouvoir, car c’est de là que vient l’argent. Si vous regardez d’où provient l’argent du financement de la campagne de tout candidat électoral, vous verrez dans quel secteur le candidat a conclu des accords. Ce sont ces « dettes » qui doivent être remboursées lorsque le candidat est ensuite élu. Ainsi, les futures décisions politiques seront influencées pour « dédommager » ceux qui ont payé pour la campagne. C’est là que vont les contrats de fabrication et de construction, là où vous trouvez l’approbation de certains médicaments, là où vous voyez des dettes bancaires effacées, etc. C’est un nid de corruption, d’intérêts acquis et d’avantages personnels. Je pense que c’est l’histoire de la politique depuis aussi longtemps que la politique existe. Ce qui se passe aujourd’hui n’est vraiment pas différent. 

Mais c’est aussi une histoire d’amour déchue…

Bien sûr, il devait y avoir une histoire d’amour ! Il y a une histoire d’amour dans chaque livre que j’écris. Des cœurs se brisent, des gens font des erreurs, regrettent et essaient de changer un passé qui ne pourra jamais être changé. C’est pour moi ce qui donne vie aux personnages et les rend réels. C’est la raison pour laquelle les gens m’écrivent à propos des personnages de mes livres comme s’ils étaient de véritables personnes. Nous voulons qu’ils soient réels, et ils le sont, et c’est ce qui rend tout le chemin de la narration si excitant et si gratifiant. Si personne n’est jamais engagé émotionnellement ni impliqué dans les personnages, il n’y a pas d’histoire !

Ton travail de recherches a du être impressionnant. Mais on sent que tu as fait très attention à intégrer tes trouvailles dans ta fiction pour garder le rythme…

Oui bien sûr. Beaucoup de recherches ont été effectuées, et une grande partie des choses que je découvre n’entrent jamais dans le livre, car cela cesserait alors d’être un roman pour devenir un manuel historique. Pour moi, le but principal de la « non-fiction » est de transmettre des informations, alors que le but de la fiction est de provoquer une émotion chez le lecteur. Donc, quand j’écris, j’essaie de ne pas trop me focaliser sur l’Histoire et les faits. J’œuvre vraiment à déclencher une émotion, que ce soit la colère, la frustration, l’amour, la haine, la sympathie, etc. Les livres dont je me souviens, même ceux lus dans mon enfance, sont les livres qui m’ont accroché émotionnellement ; ces livres où je m’identifiais avec le personnage central, peut-être confronté à un problème qu’il traversait alors ou un voyage émotionnel qu’il faisait. Ainsi, le scénario, le récit et ce qui se passe avec les personnages sur un plan émotionnel et psychologique sont les choses les plus importantes, et l’intrigue est la toile de fond, la mise en scène. Les faits sont là pour donner le ton et l’environnement, puis les personnages jouent leurs rôles sur cette scène. J’essaie d’en mettre suffisamment pour que le lecteur apprécie suffisamment le climat politique et social pour lui permettre de comprendre ce qui se passe avec les personnages, comment ils agissent, comment ils pensent et pourquoi ils font ce qu’ils font.



Catégories :Interviews littéraires

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5 réponses

  1. Cet homme est si merveilleusement pertinent et intelligent que ça pourrait devenir lassant… mais non, en fait 😉
    La manière dont il déconstruit ici, en quelques mots, la machine du pouvoir, est d’une clarté absolue. Et ce qu’il dit ensuite sur les personnages, les émotions, les sentiments… Rien à jeter.
    Si quelqu’un pouvait lui souffler l’idée d’écrire un essai du genre d’Écriture de Stephen King, je serais preneur sans hésiter !

  2. Excellent ! En effet, lorsqu’une personne décède, même si c’était un encul* d’enfoiré de sa mère, la pu**, on lui chante des louanges, on en fait un saint, un ange et à force de raconter des carabistouilles sur son compte, de nier la réalité, de mettre de côté son côté obscur, et bien, on imprime une autre vie, un autre personnage et ensuite, pour revenir à la réalité, c’est impossible.

    Si le mensonge est plus beau que la vérité, imprimez le mensonge…

    Kennedy, je vais me le faire en juillet… et peut-être avoir des envies de le flinguer, ce président avec son air de gendre idéal 😉

  3. C’est dit avec tellement de simplicité mais tellement de force !

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