Mon territoire – Tess Sharpe

Nous rêvons tous d’un livre qui aurait tout. Celui qui rassemblerait toutes les qualités et toutes nos envies. Même pour un lecteur assidu, ces rencontres restent très exceptionnelles. Mon territoire est de ceux-là. Pour moi, ce livre a tout ce dont je rêve pour mes lectures, et même plus encore.

Ma chronique pourrait s’arrêter là, j’ai dit l’essentiel. Mais il me faut vous expliquer toutes les émotions, l’étonnement, l’enthousiasme que j’ai pu ressentir.

Une héroïne inoubliable

Ce n’était pourtant pas gagné d’avance. Je commence à saturer des romans se déroulant au fin fond des USA, sur fond d’histoires de famille et de trafic de drogues. Un décor, une ambiance qui ne m’attiraient donc pas plus que ça, et au final une lecture qui restera gravée en mémoire.

Mon territoire est une sorte de quintessence. L’essence même de la littérature fictionnelle. Le roman noir (parce que s’en est un) parfait, mais qui a toutes les qualités pour toucher tous les lecteurs.

Imaginez : une ambiance prenante, une histoire dense et résolument ambitieuse, des surprises qui laissent sans voix, une finesse dans le traitement des émotions et de l’action, des scènes ahurissantes qui s’enchaînent, une narration totalement maîtrisée avec une alternance passé / présent qui a un vrai sens. Et puis des personnages comme on en rencontre que rarement, dont une héroïne qui va entrer pour longtemps dans l’imaginaire collectif. Elle s’appelle Harley McKenna, et on la suit à ses vingt-deux ans, mais aussi durant son enfance très particulière. Retenez son nom.

Cœur en fil de fer barbelé

L’exploit le plus grand reste sans doute d’avoir écrit un texte aussi abouti, aussi parfait, dès le premier roman adulte (l’écrivaine a aussi écrit pour les adolescents). Tess Sharpe a du génie et l’innocence de celle qui n’est pas formatée par le système. Son talent brut est un don exceptionnel, rare.

Ce livre peut s’apparenter à un western moderne. Une guerre de clans, où la violence est omniprésente. Où le statut et la position dominante demande à ce qu’on s’impose, jour après jour. C’est ce qu’a fait le père d’Harley, à la tête de cet empire familial. C’est aussi ce qu’avait fait sa mère, mais de toute autre manière. C’est ce que doit faire maintenant Harley, en suivant sa propre voie.

Le titre français résume très bien, au sens propre comme au figuré, ce pour quoi doit se battre l’héroïne. Le titre original, Barbed wire heart qui peut se traduire par Cœur en fil de fer barbelé, parle d’une autre dimension de l’histoire. Car Harley a appris toute sa vie à tout contrôler, ses émotions en premier. Sauf que rien n’est jamais tout blanc ou tout noir.

A l’image de ce récit, sans manichéisme, et qui arrive à concilier le bien et le mal, le mal et le bien, à travers les mêmes personnages. Un exploit !

Sombre et tellement lumineux

Des personnages comme Harley, vous n’en rencontrerez que quelques-uns dans une décennie. Formidablement complexe, fortement attachante, incroyablement forte, et même étonnamment irritante parfois. Elle illumine le roman, même lors des moments les plus noirs et les plus durs.

Avec elle, grâce à elle, le livre propose un grand écart des valeurs. A ce point, je ne l’ai presque jamais rencontré dans un roman.

Le livre est résolument féministe, parce qu’elle doit se faire sa place dans ce monde d’hommes, et parce qu’un des points centraux du récit réside dans sa volonté de défendre les femmes contre la violence de certains mâles. Cette idée est intégrée de manière très surprenante dans cet environnement. C’est osé, mais totalement réussi (je vous laisse découvrir comment).

Scènes mémorables à profusion

Beaucoup des ressentis du roman passent par les relations humaines. Et en particulier une relation père-fille comme je n’en ai que rarement lue, avec un amour paternel qui place avant tout une éducation particulière pour se confronter à la brutalité de ce monde.

Mais pas seulement, je le répète, il y a tout dans ce livre. Donc une réunion rare de scènes mémorables qu’on découvre les yeux grands ouverts de surprise, fasciné par la manière subtile (et parfois brutale) dont l’autrice amène ces rebondissements. L’intrigue est aussi emplie d’imagination ! Stupeur et tremblements pour la jeune Harley et son but de vie.

Car c’est bien un des intérêts du récit, cette quête de sens, en s’appuyant sur l’acquis tout en laissant parlé l’inné.

Mon territoire est une dramaturgie, le théâtre d’une vie qui pourrait être réduite en pièces, mais que le personnage principal tient par la seule force de sa volonté. A l’image du final, qui marque et qui fait sens.

Tess Sharpe est une jeune écrivaine qui a déjà tout d’une très grande. Son roman est lumineux, malgré sa noirceur. Poignant, déchirant, révoltant, saisissant, enthousiasmant et définitivement marquant. A ne rater sous aucun (mauvais) prétexte.

Yvan Fauth

Date de sortie : 29 août 2019

Éditeur : Sonatine

Genre : Roman noir

Traduction : Héloïse Esquie

4° de couverture

À 8 ans, Harley McKenna a assisté à la mort violente de sa mère. Au même âge, elle a vu son père, Duke, tuer un homme. Rien de très étonnant de la part de ce baron de la drogue, connu dans tout le nord de la Californie pour sa brutalité, qui élève sa fille pour qu’elle lui succède. Mais le jour où Harley est en passe de reprendre les rênes de l’empire familial, elle décide de faire les choses à sa manière, même si cela signifie de quitter le chemin tracé par son père.



Catégories :Littérature, Livre : les incontournables

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18 réponses

  1. Oui, oui , oui , c’est exactement ça, merci Yvan !

  2. Harley est à jamais dans mon cœur ❤️. Ce livre, c’est une merveille. Tellement d’emotions. Tellement tout ce qu’on recherche…J’ai vraiment eu un gros coup de cœur aussi pour Mon territoire.

  3. J’ai beaucoup aimé aussi et je confirme, je me souviens encore de cette belle héroïne

  4. Voilà qui me donne envie de le mettre tout en haut de ma PAL : à lire en 2019 !

  5. Un roman magnifique et, pour une fois dans l’histoire de la littérature, je te dépasse puisque lu et posté bien avant toi ! Mhouhahahaha

    PS : on se console comme on peut… 😉

    Harley, c’était pas Davidson, mais purée, quelle héroïne !!!!

  6. Mdr. 🤣 Je m’en vais donc cheveux au vent, m’éclater de rire 🤣

  7. Dans ma PAL, il attend tranquillement les prochaines vacances.
    Et moi aussi du coup, surtout après ta superbe chronique Sire Yvan !

  8. Un coup de cœur puissant, une héroïne hors du commun, une bombe cette famille

  9. Celui là il est pour moi assurément

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