Interview – 1 livre en 5 questions : Pour seul refuge – Vincent Ortis

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre.

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

VINCENT ORTIS

Titre : Pour seul refuge

Date de sortie : 12 septembre 2019

Éditeur : Robert Laffont / Collection : La bête noire

Lien vers ma chronique du roman

Pour un primo-romancier, comment vit-on cette subite mise en lumière ?

L’expression est très juste, un spot m’a ébloui, comme un nouveau-né qui ouvre les yeux à la lumière. Moment espéré mais soudain. Je découvre un monde ardemment souhaité mais inconnu. Avec les jours qui passent, de nouveaux sentiments apparaissent : Avant je voulais être édité, maintenant je souhaite être lu ! Puis apprécié. L’avis d’inconnus m’importe autant que ceux de mes proches… je m’aperçois que le détachement que j’affichais était une façade. Mon roman est disséqué, le doute s’installe : l’histoire sera-t-elle bien comprise ? Dois-je assurer le service après-vente comme chez Darty ? « Avec un léger supplément, vous bénéficiez d’une explication de texte ». Je pense que le temps soignera cela.

Cette mise en lumière a rejailli sur ma famille, mes amis. Tous sont heureux pour moi. Le regard des autres a changé, certains ignoraient que j’écrivais, ils ont des regards admiratifs qui me comblent de fierté… Je pense que le temps soignera cela aussi.

« Oui, chérie, je descends la poubelle. »

Mur de livres pour la première dédicace au Furet du Nord à Lille

Pourquoi ce choix de proposer une histoire qui se déroule aux USA ?

La première des raisons est mon amour pour les espaces sauvages, les landes irlandaises, les sols caillouteux du sud de l’Ardèche ou les calanques blanches marseillaises. Et bien sûr les Rocheuses, le Wyoming et le Montana. La nature à l’état pur où l’imagination peut galoper sans contrainte. J’ai parcouru le Montana mais je ne peux pas dire que je connais très bien le Montana qui est un état aussi étendu que l’Italie. J’y ai séjourné sans penser qu’il serait le cadre d’un récit futur. Je me suis imprégné de l’atmosphère, du caractère rural des gens rencontrés. J’ai appris l’histoire des Natifs (Indiens). J’ai commencé à écrire « Pour seul refuge » plus d’un an après mon retour. Des souvenirs s’étaient estompés, d’autres disparus ne restait que la crème du voyage, ce qui caractérise un lieu, ce qu’on a envie de partager. Les imbrications police, justice, municipalité aux États-Unis, apparentes car légales sont aussi une source inépuisable pour un auteur.

Pour autant, le décor de mes histoires ne se situe pas toujours outre atlantique. Mon personnage récurrent mène sa première enquête à Nice, où j’habite, sa seconde dans les Alpes de Haute Provence où je suis né et ensuite à La Réunion ou j’ai travaillé (romans encore non publiés à ce jour).

Sans trop en dire, l’idée de départ de cette intrigue est épatante, singulière et pourtant elle repose sur une thématique intemporelle…

Suivant Robert Mc Kee, il existerait moins de trente types de scénarios : amour, vengeance, rédemption, trahison, drame social etc. On peut en dire autant des romans qui gagnent eux en richesse car l’auteur n’est pas limité par un timing serré ce qui lui permet de mêler à ‘infini les différents genres. Les mêmes thèmes sont rebattus depuis les tragédies grecques, donc on se doit d’être original dans le traitement, dans le choix des personnages qui vont s’affronter, les lieux. L’antagonisme, la dualité sont le sel de la vie. Une situation d’équilibre n’existe que brièvement. Dans un roman ou un film, on s’attire ou on se repousse, quand on s’aime pour la vie : c’est la fin du roman, ça n’intéresse plus personne ! A la différence de la vie réelle où on recherche la quiétude. (enfin je crois, mais je suis un romantique).

Il faut donc sans cesse essayer d’innover dans la dualité. Ainsi dans ce roman, un nanti et un laissé pour compte sont mis en relation dans un cadre perturbant, inconnu à tous deux. Il faut aussi tenter de coller à l’actualité à travers un des personnages par exemple qui est influencé par le phénomène des parcours, du jeu et des énigmes.

Le sel de cette intrigue, ce sont les personnages, tous avec des caractères très marqués…

Après quelques mois, ce qu’il reste d’un roman ou d’un film, c’est Le personnage. C’est lui qui va vous ramener à l’œuvre. D’Artagnan, Fabrice Del Dongo, Arsène Lupin, Kay Scarpetta, l’inspecteur Bosch, Harry Quebert. On adhère(ou pas) à une histoire par le ou les personnages. D’où les héros récurrents dans le roman policier. L’histoire n’est jamais secondaire, mais on y pardonnera certaines faiblesses car on retrouve son héros. (Je connais encore les prénoms des enfants du « Club des Cinq », mais pas l’ombre d’un bout du début d’une des histoires.). Je suis certain que l’enfant et le père de « Shining » de Stephen King hantent les nuits de beaucoup de lecteurs.

Il faut que les personnages soient identifiables, reconnaissables afin de créer de l’empathie ou engendrer de la haine. Rien de tiède. L’imagination du lecteur va plus vite que le parcours de ses yeux sur la page. Si on est parvenu à bien brosser le profil psychologique des personnages, le lecteur imagine la suite et …c’est là qu’il faut le surprendre.

Dans ce roman, la nature tient une place prépondérante, c’est un personnage à part entière…

Les parfumeurs l’ont bien compris : l’écrin est aussi important que la fragrance. Le décor place le lecteur dans une ambiance particulière mais avant lui, il a obligé le héros à se conduire d’une certaine façon.
Recette : « Prenez une bonne histoire, ajoutez des personnages, un soupçon d’émotion et vous mettez le tout dans un décor. Secouez ».
A partir de ce moment, le récit échappe à l’auteur. L’environnement va réécrire l’histoire, les personnages vont devoir s’adapter. L’auteur n’est plus qu’un instrument, plume ou clavier. Le contexte impose ses propres règles. Les montagnes glacées du Montana ont renforcé le caractère de Ted. Face à la nature, dépouillée des strates amoncelées de la civilisation, les deux humains qui parcourent la montagne sont mis à nu. Leurs relations tendent à se pacifier malgré les différences d’âge, de culture, d’éducation. Plus la nature est rude, plus ils ont besoin de s’entraider, de faire des concessions.
La nature m’a inspiré. Et j’espère restera dans les esprits comme un personnage prépondérant (voir question précédente…).

Yvan Fauth



Catégories :Interviews littéraires

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2 réponses

  1. Il m’attend sagement 😉

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