Quais du polar 2026 – Les hauts et les bas

Quais du polar 2026 – Les hauts et les bas

Voici un retour d’expérience du festival des Quais du polar 2026, qui s’est déroulé dans la magnifique ville de Lyon du 03 au 05 avril.

Derrière les chiffres et les sourires officiels, un festival, ça se vit. Et ça se raconte aussi sans filtre.

Si vous attendez un billet qui ressemble à une plaquette commerciale, vous vous êtes trompé d’adresse. Si vous cherchez des mises en scène du Moi, factices et autocentrées, passez votre chemin. Voici mes ressentis en mots et en (mauvaises) photos, mettant en avant les hauts et les bas de cette 22e édition.

J’ai un certain recul pour porter cet œil sur cet événement, c’est ma douzième édition. Rassurez-vous, mes émotions sont très largement positives, même si certaines choses me posent soucis.

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Les chiffres annoncés post-festival : près de 100 000 festivaliers affichés, et un chiffre d’affaires des libraires stable à hauteur de 400 000 euros.

Au vu de la conjoncture actuelle et des incertitudes sur l’avancée du monde, ce n’est pas un petit exploit. J’entends de plus en plus de lecteurs dire qu’ils se serrent la ceinture toute l’année, mais se lâchent financièrement quand ils sont dans un salon littéraire. Une situation difficile pour les libraires qui tirent la langue depuis de longs mois.

La réussite mathématique de l’édition 2026 est donc bien là.

HAUT et BAS

C’est donc un joli succès, à féliciter parce qu’il est mérité (on en reparlera tout au long de ce billet).

Le bémol concerne l’affluence du samedi, assez irrespirable, dans une salle historique qui est l’ADN du festival, mais qui montre ses limites lors de ces pics. Le fait que la manifestation se soit déroulée durant le week-end de Pâques explique aussi un dimanche beaucoup plus calme et une focalisation des visiteurs sur le samedi.

Si vous souhaitez y venir, l’an prochain, privilégiez les matins du vendredi et du dimanche.

La file à 10h du matin à l’ouverture le samedi

HAUT

Sciences et fictions, c’est le thème de cette année, de quoi élargir le polar au-delà de ses frontières initiales. Voilà qui tombait bien, c’est exactement ce que je recherche actuellement dans mes lectures. Certains des auteurs présents proposaient des livres qui brouillaient les frontières du genre. Et les tables rondes jouaient bien avec ce mélange, comme, par exemple, la rencontre entre Franck Thilliez et le psychiatre Daniel Zagury, de quoi confronter la fiction avec la réalité.

Le pari était audacieux de la part des organisateurs, mais vu la foule immense dans chaque conférence, et les retours positifs des participants (je laisse beaucoup traîner mes oreilles curieuses sur place), il est réussi.

Le but n’est pas de faire la liste de ce que j’ai suivi, voici juste une photo en souvenir d’un passionnant échange.

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Le panel des auteurs présents, 132 pour 21 nationalités, était particulièrement varié. Il faut saluer la volonté du festival d’inviter autant des primo-romanciers que des stars, autant des auteurs qui mélangent les genres que ceux qui s’y inscrivent en en portant les étendards.

Deux photos pour illustrer, mon maître du roman noir, R.J. Ellory, et le mot drôle et bienvenu de Mo Malo. Et la photo de groupe.

BAS

Le monde va mal et touche l’univers littéraire. L’annulation de sa venue par l’auteur américain Don Winslow reste un choc. Il a en effet reçu des menaces « sérieuses et crédibles » du fait de son engagement public envers l’administration actuelle de Trump.

Le livre reste un rempart contre l’obscurantisme, ce n’est pas qu’un objet de divertissement, il ne faut jamais l’oublier.

HAUT

Quelques mots sur l’organisation et les bénévoles. Là aussi, j’ai écouté les visiteurs présents, qui ont confirmé mon impression que cette organisation était réglée au cordeau. Il le faut tant l’événement attire du monde.

Un mot particulier pour les 450 bénévoles qui ont fait, une fois de plus un travail épatant, avec sourire et bienveillance. Sans eux, et leur enthousiasme, rien ne peut se faire.

HAUT

Le festival se déroule dans des endroits magnifiques, toute l’histoire de Lyon y défile. C’est un bonheur et une richesse immenses de pouvoir vivre ces événements dans un cadre aussi incroyable. Rien que pour ça, Quais du polar reste unique.

ANECDOTE

Le vendredi saint a été l’occasion d’un moment assez irréel quand on n’est pas de Lyon, nous nous sommes retrouvés enfermés quelques minutes dans la salle des dédicaces, du fait du passage de religieux et d’un cortège venant baptiser le bâtiment. Voilà qui fut singulier.

Pour ma part, j’ai communié avec mon Dieu, Stephen King.

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J’ai eu l’immense privilège d’être invité aux journées Polar Connection (le programme professionnel), comme chaque année très intéressantes quand on est curieux du monde du livre et de ce qui se prépare.

Je souhaite sincèrement féliciter les organisateurs pour la qualité de ces événements (représentés en photo par Cécile Dumas), et les éditeurs pour leurs présentations.

Le samedi : Collection Impact, Hugo par Clémentine Thiebault ; Fleuve par Julie Cartier ; Flammarion par Bertrand Pirel ; Plon par Aurélien Masson ; Calmann Lévy par Caroline Lépée ; Actes Sud par David Gressot ; Verso, Le Seuil par Glenn Tavennec ; Agullo par Sébastien Wespiser.

Et un gros scoop dans sur la photo de la présentation de Fleuve, la surprise Caleb Thilliez à venir en septembre (un livre d’horreur fantastique).

Le dimanche, présentation et anniversaire : Actes Sud, Rivages et Rouergue accompagnés de leurs auteurs Andrée A. Michaud (Rivages), Olivier Ciechelski (Rouergue) et Karin Smirnoff (Actes Sud).

BAS

Je vais devoir m’étaler un peu sur ce prochain sujet, ça m’attriste de devoir le faire.

Cette année, lors de ces journées de Polar Connection, les organisateurs ont souhaité privilégier les invitations des « nouveaux supports de communication » (selon leurs propres termes), traduire : les influenceurs Instagram et TikTok. Un choix compréhensible, dans l’air du temps, que je ne remets pas en cause en soi.

Ce que je regrette, en revanche, c’est la mise à l’écart des blogueurs historiques, dont certains rencontrent encore un succès réel, même en 2026 (qui ont payé pour être présents à ces rencontres privilégiées et soutiennent le festival depuis des années). Surtout en voyant se dérouler des scènes affligeantes…

Des choix et un roulement doivent être faits, c’est normal, mais là où le bât blesse, ce sont les comportements auxquels j’ai pu assister.

Quand on a la chance d’être invité, comme moi, à ces journées professionnelles, avec des accès privilégiés et la possibilité de rencontrer des éditeurs, ça implique un contrat moral. On s’engage en contrepartie à assister à ce qui est organisé pour nous. C’est ce que j’ai fait assidûment et avec intérêt, comme chaque année.

Force est de constater que la notion de respect se perd. Ce que j’ai vu m’a interloqué, choqué.

Très peu de ces influenceurs ont respecté ce « contrat », honorant de leur présence uniquement les moments où il y avait à manger et à boire et des livres gratuits à grappiller. Où étaient-ils lors des présentations éditeurs ? (quelques-uns étaient là, mais sont partis au bout de quelques dizaines de minutes, la plupart n’ont pas montré le bout de leur nez).

Certains (j’ai les noms), depuis des années, n’utilisent ces journées de rencontres et de partage que pour le porte-manteau, allant même jusqu’à déranger les présentations par leurs allées et venues vers cet objet visiblement fétiche.

J’ai vu, avec ahurissement, nombre de ces nouvelles personnes invitées se jeter sur les services de presse, en prendre trois à la fois (!), qui vont finir sur Vinted, comme des mouches à merde (merci à Julie pour cette expression crue, mais avisée). Au point que certains libraires (qui payent pour venir) n’ont même pas eu le temps de prendre les livres qu’ils souhaitaient. Certains éditeurs en ont été choqués, comme moi.

Il ne s’agit pas d’opposer anciens et nouveaux formats. Ils sont complémentaires (j’en reste convaincu). Mais tous n’ont pas la même implication, ni le même respect du cadre. Un sérieux tri mériterait d’être fait pour privilégier les profils sérieux, ceux qui respectent les règles, et respectent les autres.

Le monde littéraire ne doit pas se laisser pourrir par la perte ambiante de valeurs. Présence, écoute, respect, ça semble insurmontable pour certains.

Il vaut mieux le prendre avec dérision, je ne suis pas un influenceur, je déteste ce terme galvaudé, appelez-moi plutôt un prescripteur si vous cherchez un autre mot.

L’objet du délit

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Mes envies de lectures sont de plus en plus inclassables, allant vers des romans qui le sont tout autant. Cette édition m’a permis d’assouvir mes désirs, au-delà de ce que j’attendais. Avec plusieurs primo-romanciers que j’ai eu grand plaisir à aller découvrir.

Onze achats (oui, les blogueurs achètent des livres, eux). Il ne manque que le dernier Clarence Pitz sur la photo.

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Je voulais faire un focus sur le gagnant du concours de nouvelles organisé par le festival et Babelio, avec comme parrain David Khara (qui a joliment joué le jeu jusqu’au bout).

Un gros concours, relevé, avec 150 textes proposés, qui avait vu Jean-Christophe Boccou comme lauréat l’an dernier.

Il s’avère que je connais le gagnant, Antoine Gateau, ex-libraire à Strasbourg, dans la feue librairie Obscurae (qu’elle était belle…). J’ai eu la chance de pouvoir la lire en amont, je vous conseille d’aller faire de même lorsque le site Babelio la mettra à disposition.

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Pour terminer, les Quais du polar, sous le soleil, sont l’occasion de retrouver les copains, le réseau créé au fil des années. Je me déplace aussi beaucoup pour eux, parce que nos échanges sont intenses et drôles, parce que c’est ce qui fait la vie autour du salon. C’est aussi important que l’oxygène :-).

Sans passer notre temps à tenter de s’afficher et de mettre son ego en avant, juste garder la convivialité.

Voilà à quoi ressemble la photo d’un groupe de blogueurs

Satisfecit pour cette 22e édition des Quais du polar, une nouvelle bulle de bonheur. Puisse la suivante tout faire pour garder son âme !

PS : les photos moches sont de moi, les réussies viennent sans doute des copains 🙂 (Merci Nath, Benoit et Laetitia)


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Catégories :Billet d'humeur, Littérature

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27 réponses

  1. Nath - Mes Lectures du Dimanche – Polars, thrillers, romans noirs...

    Sagement dit ! Quand c’est fait avec passion et respect, peu importe le support, c’est comme tu le dis complémentaire ! Mais le respect ne devrait pas être une option !
    Ceci dit, c’est effectivement un magnifique événement et le partager avec vous lui donne une saveur encore meilleure !

  2. Tiben – Léognan

    Il n’y a rien à ajouter. Tout est dit et surtout magnifiquement dit.
    Une année de plus à tes côtés, avec les anciens et les nouveaux. Et toujours ce bonheur de se retrouver et de parler librement.
    Moi je dis à l’année prochaine! Libraire ou blogueur ou influenceur ou prescripteur ou je ne sais quoi. Ce dont je suis certain c’est que nous sommes tous de VRAIS lecteurs, amoureux des belles découvertes, fidèle à nos principes et valeurs.
    Respect mon ami. Et la bise au passage à toutes celles et tous ceux qui passeront par ici. Que je vous ai croisés trop rapidement ou pas vus, que je vous ai saoulés ou intéressés.
    C’était un QDP spécial, c’était bien comme toujours.

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      T’es pas à la plage toi aujourd’hui ? 😉. C’était formidable de te revoir mon ami, prends soin de toi et continue à so bien défendre les livres

  3. Tiben – Léognan

    Presqu’à la plage. D’abord je range Interforum. Et j’aurai fini 🙂
    Au fait, Maxime et l’IA c’est passionnant. A la croisée du thriller et de l’essai philosophique.
    Donc « définitivement plus » pour toi.

    Ca fait un bien fou ces moments tous ensembles. Même si…

  4. On s’en moque des photos moches, si elles représentent quelque chose de fort, elles ne sont pas moches.
    Tu me fais pleurer, tiens. J’ai tout guetté durant ce week-end délirant sur facebook, j’en ai plein les yeux.
    Merci à toi pour le partage et le coup de gueule 🙏😘

  5. belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

    Ah, ces chères et chers pique-assiettes ! Le genre existe depuis de nombreuses années, de celles et ceux qui ne viennent que pour montrer leur tronche, se servir et ensuite, basta. Merci, très peu pour moi. Merci pour le compte rendu, fidèle, comme toujours.

    Pour moi, c’est « ni dieu, ni maître » 😆 Mais je te laisse prier devant saint Stephen King 😉

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      Les pique-assiettes n’avaient jamais été aussi nombreux !

      • belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

        À l’huche, les pique-assiettes, buiten ! Dehors, en bon français 😆 Je déteste ça. Mais j’en ai connu des tas, dans ma vie, de ce genre de personnes. Tu donnerais des hémorroïdes que ces gens-là en redemanderaient. 😉

  6. Prescripteur, non ! Plutôt donneur d’envie ! L’endroit est magnifique. Tu as fait de belles rencontres. Bon lundi

  7. Comme toujours, même si je n’étais pas aux Quais du polar, je prends un plaisir fou à lire ton débrief (mention spéciale pour la photo du porte-manteau 🤣). Merci Yvan !

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      on a bien discuté ensemble, le porte-manteau et moi, il est outré de toujours voir les mêmes le maltraiter 😉

  8. C’est vraiment un endroit où j’aimerais aller un jour, même si mes devoirs familiaux ne me le permettent pas encore.
    Tu me donnes envie d’y aller clairement !

    Mais quand je lis ce que tu partages comme les pilleurs qui partage tout sur Vinted en se prenant pour des Dieu, ça me révolte !
    J’espère que les éditeurs leurs fermera l’accès !

    Quand je reçois un SP, je vois cela comme une confiance, une chance… pas comme une normalité !
    Ce genre ne comportement pollue la discipline!

    Ceci dit, tu me donne vraiment envie d’y aller !

  9. Très beau publi-reportage d’un festival que j’ai découvert avec le plus merveilleux des guides – tu te reconnaîtras, je l’espère 😉
    Ce fût un réel plaisir de te revoir et sachant que tu ne t’obliges jamais à rien, un grand merci de m’avoir cité dans ton article (et m’avoir présenté Franck et Michel)
    Par tes achats tu me donnes aussi des idées de lecture (comment vais-je faire pour suivre ?)
    J’espère pouvoir y retourner l’an prochain dans les mêmes conditions.
    La photo avec ton maître est excellente :-)) (j’ai presque la même avec Chattam, ça c’est pour te faire tiquer haha)
    A très bientôt

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      Encore félicitations !!
      C’était un plaisir de vous voir tous les deux et d’être témoin de ce moment inoubliable pour toi !

  10. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    Tout est dit je crois, avec la classe qui te caractérise. Pour moi c’est surtout le rendez-vous des copains. En cela, c’est toujours un plaisir ♥️
    Et il faut mentionner la découverte de nouveaux auteurs qui reste un must, j’adore ça. J’ai acheté des livres d’auteurs jamais lus, nos listes respectives seront contentes. C’est tellement enrichissant de sortir un peu de sa zone de confort.
    Quant au reste, ma bonne dame, rien ne change. Je dirai même que ça prend une ampleur démesurée… Dans mes bons jours, je continue à penser que certaines choses restent ( l’écrit) et que d’autres vont disparaître ( le paraître). Tout passe… et cette mode du moi je passera aussi. Faut juste que certains se réveillent et pour le moment, ils sont plutôt du genre Belle au bois dormant 😉.
    Comme le dit très justement Benoit, l’important c’est ce qu’un texte peut déclencher comme émotions. Ça permet de relativiser tout ce cirque.

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      Je sais combien ces comportements te heurtent…
      Comme tu dis, heureusement qu’il y a encore me plaisir à se retrouver entre vrais passionnés. Les auteurs le sentent quand on est sincère

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