AVIS DE LECTURE
L’éditeur Les moutons électriques a excavé des méandres du passé Les bienfaiteurs de James E. Gunn, pour parler du bonheur. Une utopie ? Pas vraiment, dans ce futur imaginé en 1961, l’hédonisme devient rapidement une obligation et une religion, et la recherche du plaisir le but de chaque action même la plus anodine.
Le bonheur imposé ?
Le roman est construit en trois grandes parties, les prémisses à travers une firme qui propose une sorte de contrat pour vous assurer d’être heureux. Il suffit « juste » de leur donner en échange tout ce que vous possédez. Le bonheur peut-il se vendre ou est-ce un état d’esprit à cultiver ? L’expression « Quelle joie » remplace vite le moindre bonjour.
Les parties suivantes pousseront le curseur temporel en avant, vers une période d’une sorte de maturité de ce bonheur pour tous, puis une période où la situation ira encore bien plus loin.
Vision
Il est toujours très intéressant de lire une ancienne dystopie, constater la créativité d’auteurs ayant posé le socle de nombreuses histoires à suivre. L’éditeur annonce un livre majeur à la hauteur du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, c’est aller un peu vite en besogne, mais le roman propose clairement une vision singulière et piquante d’un avenir.
On s’amusera de certains passages anachroniques ; c’est toujours drôle de voir à quel point le développement et l’importance de l’informatique n’ont pas été imaginés ; mais l’univers pensé par l’auteur mérite qu’on s’y attarde.
Brûlant d’actualité
En 220 pages, il propose un texte parfois chaotique, mais où il a beaucoup réfléchi à cette idée de bonheur. Du coup, le roman se partage entre réflexions philosophiques et scènes d’actions, entre courses poursuites et pensées spéculatives.
Plus de soixante ans après son écriture, le livre pose des questionnements qui sont toujours d’une brûlante actualité, sans doute encore davantage aujourd’hui où l’égoïsme ne cesse de se développer, où la recherche du plaisir immédiat prend le pas sur tout le reste.
Être heureux veut-il dire que ça ne passera que par sa propre jouissance ? Une société peut-elle se construire sur des bases individualistes, peut-elle se modeler pour ne viser que ce but ? Jusqu’où et à quel prix ?
Précurseur
L’écrivain va aller loin dans ces interrogations, lançant des concepts visionnaires avant Philip K. Dick ou les films Matrix cités par l’éditeur en 4ème de couverture. Même s’il est inégal, il faut vraiment replacer le roman dans le contexte de l’époque, les années soixante, pour en profiter pleinement.
James E. Gunn pose des questions pleines de sens avec cette dystopie étonnante qu’est Les bienfaiteurs. Elles n’ont d’ailleurs sans doute jamais été aussi actuelles. Êtes-vous vraiment certains de vouloir être totalement heureux ? La question mérite d’être posée, de quoi mériter de sortir ce roman de l’oubli.
Yvan Fauth
Sortie : 03 juillet 2024
Éditeur : Les moutons électriques
Genre : dystopie
Prix : 23 €
4ème de couverture
Voulez-vous être heureux ?
Une firme américaine commence à proposer un plan d’assurance pour apporter le bonheur à tous. Le prix est modique : tout ce que vous possédez. Josh Hunt, un homme guère heureux, est aussi sceptique que méfiant. Une escroquerie ne se cacherait-elle pas derrière cette offre ? Le bonheur parfait peut-il devenir un produit commercial ? Des premiers jours de l’hédonisme à son avènement mondial, le bonheur deviendrait-il soutenable ? Et au-delà, qu’adviendra-t-il de l’humanité si tout lui est offert ? Le paradis n’éteindra-t-il pas la race humaine ?
Petit maître de la science-fiction américaine disparu en 2020, James E. Gunn livre ici son chef-d’œuvre, traduit pour la première fois en France. D’une terrible actualité, avec sa quête d’un bonheur devenu presque vide de sens, son entreprise qui s’immisce jusque dans les replis les plus intimes de nos vies et ses applications de l’intelligence artificielle et de la réalité virtuelle, jusqu’à son final vertigineux – que ne renierait pas Philip K. Dick et préfigurant 50 ans plus tôt les questions posées par les films Matrix – Les Bienfaiteurs est une dystopie majeure, qui se hisse sans honte aux côtés du Meilleur des mondes, Un bonheur insoutenable et Kallocaïne.
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Catégories :Littérature

Sympa cette chronique mais je passe mon tour cette fois ci. Merci à toi Yvan pour ton ressenti 🙏😘
Je suis la seule à commenter ?
tu es la plus curieuse 😉
Je vais prendre cela pour un compliment. Merci à toi 🥰
Ça en est un ! Et un gros 😉
Ooohhhhhhh ❤️
Heu, on a combien de temps pour répondre ? 4h ??? ;-P
2h, dès l’aube 😉