Interview – 1 livre en 5 questions : Les vagues reviennent toujours au rivage – Xavier-Marie Bonnot

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

XAVIER-MARIE BONNOT

Titre : Les vagues reviennent toujours au rivage

Editeur : Belfond

Sortie : 21 janvier 2021

Lien vers ma chronique du roman

Qu’est-ce-qui t’a donné l’envie de replonger dans une histoire de ton personnage fétiche, alors qu’il était à la retraite ?

La retraite n’est pas une fin, encore moins une sortie de route définitive. C’est un passage… Du moins, c’est ce qu’on se dit quand on en approche.

Plus sérieusement, de Palma alias le Baron ne m’a jamais quitté et Marseille n’a jamais cessé de faire partie de ma vie – la part la plus importante. Cela faisait un moment que je souhaitais donner une suite à cette série que Belfond a rééditée. Elle est tout un pan de mon histoire et je voulais qu’elle continue.

Le roman a été écrit à Paris, en plein premier confinement. C’est dire combien Marseille et toute la Méditerranée, mon vraie patrie, me manquait. J’écrivais et m’évadais en même temps.

L’idée est venue en Sicile, à Palerme, lors d’un voyage. Un événement artistique avait lieu à Palerme au sujet de la tragédie des migrants. Une barque était exposée devant le Palais des Normands. Je ne pouvais pas, en tant que citoyen de la Méditerranée, me taire sur ce sujet. On ne doit pas se taire face à cette souffrance qui frappe à nos portes. C’est la conception que je me fais du travail du romancier : tremper la plume dans la douleur de l’humanité et en écrire le nécessaire récit.

Le roman traite d’un sujet fort et tristement d’actualité, les migrants…

Il traite plus précisément du sort des réfugiés en Méditerranée. Une jeune fille de Raqqa, Amira, est mariée de force, c’est-à-dire vendue, en pleine guerre, et doit fuir son pays et son mari. Je raconte une histoire totalement vraie au sens où de telles situations tragiques se sont produites et se produisent encore. Les mariages forcés contre des sommes parfois assez importantes sont très fréquents en Syrie. Saoudiens et Qataris, entre autres, viennent faire leur marché dans les camps de réfugiés. L’argent récolté peut sauver une famille et lui permettre parfois de fuir vers l’Europe. La jeune fille est sacrifiée, bien entendu, et cela pose aussi la question du droit, quasi nul, des femmes dans cette région. Je n’ai fait que fictionner une réalité particulièrement dure.

Le destin d’Amira croise une enquête qui révèle les postures haineuses de l’extrême-droite européenne, française mais aussi italienne ou grecque, face au drame des migrants.

C’est un polar, mais on n’est pas face à une enquête traditionnelle, à proprement parler…

C’est un polar, au sens où le personnage principal est un enquêteur, mais ce n’est qu’un prétexte pour évoquer le drame des conflits qui ensanglantent les rives de la Méditerranée. Un polar parce que je pensais que le genre se prêtait particulièrement bien à ce récit très noir. Ce n’est pas une enquête traditionnelle d’un service de police puisqu’il s’agit d’un homme à la retraite qui retrouve un amour passé sur le lit d’une morgue. La police passe à côté de ce que sait de Palma et de ce que son expérience lui dicte. Les personnages sont tous issu de la mare nostrum : de Palma, l’Italien, Karim Bessour, le fils d’immigré algérien devenu officier de police, Anne Moracchini, la commissaire d’origine corse et fille de pied-noir… La mer est omniprésente, bien sûr. Tous ces personnages, peu ou prou, parlent de leurs migrations propres. Notamment le père de Karim qui raconte les bidonvilles de Marseille – que j’ai personnellement bien connus.

C’est aussi une plongée dans le milieu de l’ultra-droite…

Tout à fait. On ne parle pas assez de ce phénomène politique et sociétal qui se répand un peu partout en Europe et qui devient très préoccupant. Les phénomènes de migrations ont toujours entrainé des attitudes de refus de la part de certaines fractions des sociétés dans lesquelles les migrants cherchent à trouver leur place. À Marseille, par exemple, les Italiens étaient victimes de véritables chasses à l’homme au tournant du XIX° siècle. Les morts étaient très fréquentes. Cela a continué avec l’immigration africaine et les ratonnades. Durant la Grande Guerre, les réfugiés français qui fuyaient les zones de combat n’étaient pas mieux regardés que les migrants d’aujourd’hui. L’horreur a culminé avec les Juifs, en grande partie des réfugiés, sous Vichy.

Actuellement, des mouvements d’extrême droite en viennent à barrer physiquement les routes de l’exode, à armer des bateaux pour s’opposer aux sauvetages en Méditerranée, à utiliser des hélicoptères… On est dans un combat identitaire violent qui doit interroger et qui doit être combattu. Tout ce que je raconte dans ce livre est vrai et parfaitement documenté. Les connexions entre l’extrême-droite française et Aube dorée, mouvement néonazi grec, sont connues.

Tu évoques le passé, parfois lointain. Il est utile pour comprendre notre présent…

Quand on nait à Marseille, on grandit avec le monde antique. La ville est la plus ancienne de France et même d’Europe du Nord. Elle a été fondée en 660 avant notre ère. Enfant, je lisais l’Iliade et l’Odyssée et j’étais fasciné par ce monde qui nous semble si éloigné du nôtre. Mais pourtant si proche. Mon père me faisait visiter les vestiges de la ville… Quand on nait et pousse à Marseille, on est grec, un truc, quelque part, dans notre ADN culturel. On pourrait croire que tout cela n’est qu’une histoire de vieilles pierres et de mythologies… Il n’en est rien.

Connaître l’antiquité méditerranéenne, c’est éclairer le présent. Les identitaires français, par exemple, utilise le lambda, initiale de Lacédémone, Sparte, comme signe de reconnaissance, un symbole de leur combat. Ils récupèrent à des fins politiques le récit héroïque de la résistance de Sparte aux Perses de Xerxès. La bataille des Thermopyles est pour eux la référence sacrée des combats pour a liberté face aux envahisseurs.

La Méditerranée, berceau des plus grandes civilisations, a toujours été un peu le supermarché aux idées et aux références idéologiques. Chacun y puise ce qu’il veut pour justifier tout et son contraire. Sappho, poétesse grecque de Lesbos, est devenu le grand porte-drapeau des mouvements lesbiens. Quand on veut parler de démocratie, c’est vers Athènes qu’on se tourne… Sans parler du christianisme, de l’islam et du judaïsme qui sont nés sur les rives de la mare nostrum ou pas loin. Donc, oui, ne pas connaître ce passé, c’est mal comprendre notre monde. Tout ce que nos civilisations occidentales ont bâti, pour le meilleur ou pour le pire, peu importe, s’est élevé sur ces fondations antiques méditerranéenne dans lesquelles la Grèce a sa plus grande part. Certains essaient de prétendre le contraire mais c’est un fait. Il est donc « naturel » que chacun aille chercher sa part de légitimité dans cette Méditerranée. Et, pour ma part, je milite pour que l’antiquité méditerranéenne soit enseignée aux enfants car elle reste un formidable éclairage sur notre monde.



Catégories :Interviews littéraires

Tags:, , , , ,

9 réponses

  1. Depuis que j’ai lu son dernier et travaille un peu sur son Baron, cet entretien n’est passionnant! Merci bcp .

  2. Vraiment bien ces « 1 livre et 5 questions  »
    Très intéressant.

  3. Je ne connaissais pas l’auteur, j’ai son dernier dans ma pal, une « interview » passionnante qui donne envie de découvrir, ce qui narrange pas ma pal🤦‍♀️🤷‍♀️

  4. Ça a peut-être moins de sens chez nous, mais j’aime aussi l’idée d’enseigner l’antiquité méditerranéenne !

Rétroliens

  1. Les vagues reviennent toujours au rivage - Xavier-Marie Bonnot - EmOtionS - Blog littéraire

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :