Interview – 1 livre en 5 questions : Le sang des Belasko – Chrytel Duchamp

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

CHRYSTEL DUCHAMP

Titre : Le sang des Belasko

Editeur : L’Archipel

Sortie : 14 janvier 2021

Lien vers ma chronique du roman

Tu surprends avec ton deuxième roman, en proposant une toute autre ambiance et un autre ton que ceux de ton premier livre…

Je ne voulais pas reproduire les codes de « L’art du meurtre », roman pourtant remarqué par la critique et les lecteurs. Céder à la facilité aurait donc été tentant. Mais j’aime les challenges et me mettre en danger. Alors, plutôt que de réutiliser les mêmes ingrédients pour réaliser la même recette, j’ai décidé de changer de personnages, d’ambiance, de registre, de construction… Je dois souligner aussi que j’aime lire des auteurs de tous horizons et que, par extension, j’aime écrire dans des registres variés. Le point commun reste le roman noir, mais j’ai envie d’exploiter ce filon de multiples façons et de m’amuser avec différents codes et univers.

Ton idée était-elle au départ une manière de revisiter des classiques tout en y imprimant ta patte ?

« Dix petits nègres » d’Agatha Christie m’a énormément marquée et je pense que tu fais référence à ce classique. Pourtant, la motivation première n’était pas de le revisiter. Je voulais proposer un déroulé plus original que « meurtre/tueur/enquête ». Et le huis-clos se prêtait bien à mon scénario : enfermer dans la maison de leur enfance cinq frères et sœurs pétris de haine et de rancune et les voir sombrer peu à peu vers l’inéluctable. Pour les classiques, on peut aussi évoquer le théâtre : le roman est découpé en « actes » avec plusieurs références à la tragédie grecque. J’avais envie que le lecteur se sente spectateur du drame qui se joue devant lui.

Ce n’est pas facile d’encore surprendre avec un huis clos et une histoire familiale, pourtant tu réussis ton coup. Tu t’es triturée l’esprit pour en arriver là ?

Oui. J’avais peur de ne pas me distinguer, de ne pas proposer un texte original. J’avais peur aussi de dérouter mon lectorat. Au final, même si ce roman est un énième huis-clos familial, je l’ai écrit avec honnêteté et passion. Car comme je le dis souvent : « Quand tu ne sais pas comment faire, sois toi-même ! ». Le lecteur retrouvera donc mon univers, mon humour parfois cinglant et mon goût pour la double chute finale. J’ai aussi tenté d’instiller de l’originalité dans la construction du récit : 5 grandes parties découpées selon 5 révélations d’une lettre lue par les personnages, scindées elles-mêmes en 7 chapitres donnant la parole à chaque frère et sœur. Le tout raconté par un capitaine qui recueille le témoignage d’un membre de la fratrie après qu’a eu lieu un drame. J’espère que tous mes efforts pour être originale dans un registre assez « classique » feront mouche !

Le scénario tient formidablement bien la route, mais ce sont aussi tes personnages profondément humains qui marquent les esprits…

Merci pour le compliment. Aussi fou que cela puisse paraître, je me suis inspirée de gens qui m’entourent. Les familles qui se déchirent lors de partage d’héritage ont d’ailleurs été le point de départ de cette histoire. Je voulais que mes personnages soient déstabilisants : sympathiques, puis, qu’au détour d’une phrase, ils deviennent détestables. Qu’ils aient des défauts et des qualités. Des forces et des faiblesses. Leur humanité réside aussi dans le fait que le lecteur peut s’identifier facilement à leurs problèmes : l’argent, la jalousie, la rancune. Tous ces aspects rendent les protagonistes familiers. Et l’issue de leur histoire n’en paraît que plus fatale.

On sens un gros travail réalisé sur l’écriture, je me trompe ?

Tu as vu juste et je suis vraiment contente que tu l’aies remarqué. Avec « L’art du meurtre », j’ai appris à déconstruire tout ce que je croyais savoir sur la langue française. Est né un texte direct, incisif, sans fioritures. Puis, avec « Le sang des Belasko », j’ai reconstruit autour de cette forme d’écriture assez simple, pour la ciseler, la préciser et l’enrichir au niveau du vocabulaire. J’ai appris à prendre de la distance avec mon texte, à être plus objective pour juger mon travail et l’améliorer. Il faut savoir être humble dans ce métier et ne pas avoir peur d’apprendre ou de se remettre en question. Mon éditeur est un formidable allié dans cette démarche et ses conseils sont toujours les bienvenus.



Catégories :Interviews littéraires

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12 réponses

  1. La construction du roman est encore plus travaillée que je n’avais su le voir. Vraiment un excellent roman !

  2. Éclairage de cette auteure intéressant !

  3. Passionnant, une auteure que j’ai découverte avec ce livre Excellent.

  4. Très belle interview ! J’ai vu passé l’ouvrage dans la librairie où je suis apprentie et j’ai flashé dessus. Mon but de cette année étant de découvrir des auteurs et autrices de polar que je n’ai pas encore lu, notamment français, et cette interview m’a donné tellement envie ! Le huis-clos étant l’une de mes passions, je crois que je vais craquer… ! Belle découverte que ce blog, décidément !

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