Interview – 1 livre en 5 questions : Impact – Olivier Norek

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

OLIVIER NOREK

Titre : Impact

Editeur : Michel Lafon

Sortie : 22 octobre 2020

Lien vers ma chronique du roman

Tu prouves, avec éclat, que le thriller peut être un formidable vecteur pour faire réfléchir sur l’état du monde. Ton livre brouille la frontière avec la réalité…

Disons que je parle de réalité par le biais d’histoires inventées. Et pourquoi n’y aurait-il que la « littérature blanche » pour avoir le droit de parler de notre société ? Mieux que ça, je pense que c’est le polar qui, avec le roman noir entre autres, à toujours été détenteur du flambeau du roman social. Un polar, à la base, c’est quoi ? Un flic, un meurtre, un assassin et à la fin le flic arrête l’assassin… ou pas… ou le flic est lui-même l’assassin. Je crois qu’on en a tous fait le tour et nous cherchons maintenant à intégrer du neuf. Et le neuf, c’est la société qui nous l’offre.

Jean-Luc Bizien nous parle d’un criminel en plein milieu des manifs des gilets jaunes (Et puis Mourir, Fayard). Claire Favan nous parle d’un gamin TDAH dans un thriller glaçant (Inexorable, Robert Laffont), quand Jacques Saussey nous parle avec cœur et violence d’une criminelle transgenre (Enfermé-e chez French Pulp, maison d’édition et arnaques en tous genres). Le roman noir, dans son aspect social, c’est tout simplement un livre d’Histoire en avance.

Là où nombre d’écrivains prennent des chemins de traverse pour passer des messages, ton récit est au contraire frontal, engagé, politiquement incorrect…

Tout simplement parce que le sujet et l’urgence dans laquelle nous nous trouvons ne nous permettent plus de prendre des chemins de traverse. Lorsqu’une menace comme la pollution de l’air enlèvera 11 ans de vie à nos gosses, est-ce que nous lambinerons ?

Voilà pourquoi ce roman est frontal et forcément engagé. Pour le politiquement incorrect, je crois plutôt que c’est la politique d’aujourd’hui qui est incorrecte avec nous. Quand l’état ne nous défend plus, quand la justice est en sommeil, pourquoi devrions-nous rester obéissants ?

Tu n’y es d’ailleurs tendre avec personne, depuis les gens qui détiennent le pouvoir, jusqu’aux citoyens, en passant par les différentes institutions…

Et donc pas tendre non plus avec moi-même… Je ne me sors pas du lot. Je ne suis pas un donneur de leçons ou un moraliste. Je suis aussi vertueux et tortueux que n’importe lequel d’entre-nous. J’ai grand-peine à me faire changer, je me fais violence au quotidien pour être le plus possible en accord avec la planète et la nature… Comme (presque) tout le monde, je suis à la traîne. Je ne demande rien au lecteur, il décidera de lui-même ce qu’il a à faire.

Je trouve que ce qui donne une valeur supplémentaire à cette affaire, ce sont les émotions que tu fais vivre à tes personnages…

Les personnages sont les véhicules empathiques qui vont nous faire traverser l’histoire. Dire que l’humanité est en péril, c’est trop large, trop anonyme… mais choisir une poignée de personnages, faire en sorte de les aimer et les mettre dans une situation de péril, et nous voilà plus concernés.

Tu parles d’émotions : mais tout est émotion. Ces émotions vont du sombre à la lumière, c’est une histoire d’éclairage.

Tu aimes décidément te remettre en question, ne pas te reposer sur tes lauriers, te mettre en danger…

C’est juste que je m’ennuie très vite et que la vie à tant à offrir. Écrivain, c’est inventer des histoires, donc aller à la rencontre de nouveaux univers, de nouveaux personnages, de nouvelles terres… Alors si j’écris les mêmes histoires, je ne verrai que des univers, des personnages et des terres que j’ai déjà rencontrés… ce serait dommage.

Après, tu as raison, j’aime bien le danger. Un bouquin sur les migrants ou un autre sur une flic défigurée ou encore une trilogie sur le 93, c’est pas de tout repos, mais on se reposera au cimetière.

Crédit photo : Bruno Chabert



Catégories :Interviews littéraires

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10 réponses

  1. Ce mec est brillant, tout simplement. Il pense aussi juste et précis qu’il écrit. Il a largement explosé son statut de « flic-écrivain » de ses débuts, pour devenir un des auteurs français les plus importants d’aujourd’hui. Et ça, c’est pas rien.

  2. « c’est le polar qui, avec le roman noir entre autres, à toujours été détenteur du flambeau du roman social. », que je suis d’accord avec ça, et ça le devient de plus en plus. Cela rend le « genre » encore plus intéressant. Très belle interview pour un livre passionnant. Merci ❤️

  3. Ce que Olivier Norek répond est à l’identique des deux romans que j’ai lus de lui. Fidélité à ses pensées pour les partager via un roman ce qu’il en pense. Je trouve que vu de l’extérieur vous vous ressemblez 😉 Bravo à la photo de fin d’article, j’aime beaucoup.

  4. Le mec est brillant , ses livres ne peuvent que l’être , et en plus, il est singulièrement courageux! Une chose est certaine, il ne laisse personne indifférent, j’en connais même qui le détestent, il leur fait certainement trop d’ombre! Je n’ai pas encore lu « Impact » mais ce sera ma prochaine lecture mais je sens d’ores et déjà que c’est explosif ! Quand on songe que certains « ploucs » lisent du Musso et du Lévy, je préférerais encore qu’ils ne lisent pas!

  5. j’ai adoré « Entre deux mondes » je me suis promis de lire tous ses livres et une fois de plus je me suis laissée submerger par le temps qui passe trop vite 🙂

  6. Il cause toujours aussi bien et s’il écrit aussi bien son dernier roman que les autres, moi, je suis toujours sous le charme (tant qu’il ne joue pas avec des chats, chiens, ou autre animaux)… 👿

  7. Merci à Olivier Norek pour cette interview.

Rétroliens

  1. Impact - Olivier Norek - EmOtionS - Blog littéraire

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