Interview – 1 livre en 5 questions : Un accident est si vite arrivé – Sophie Loubière

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

SOPHIE LOUBIERE

Titre : un accident est si vite arrivé

Éditeur : Pocket

Date de sortie : 12 juin 2020

Lien vers ma chronique du roman

Tu as souvent prouvé ton talent à écrire des nouvelles. Celles-ci sont très courtes – 3 à 5 pages. C’est encore un autre type d’exercice d’écriture ?

Tout est dans le choix du point de vue et la temporalité. On trouve des nouvelles très courtes dans les recueils de Richard Brautigan, des plus longues chez Joyce Carol Oates, Hemingway ou encore Sam Shepard et Dorothy Parker. Toutes ont en commun de se focaliser sur un point de basculement ; l’élément perturbateur, le petit grain de sable. Cela peut-être un instant du quotidien qui dérape, comme chez Jean-Paul Dubois, ou un cheval qui vous tombe dessus. C’est à cela que tient l’univers et l’intérêt d’une nouvelle : à cette petite fêlure dans le moule. Parfois, il n’est même pas question de savoir comment les choses vont se terminer, on laisse le lecteur imaginer la suite. En tant que lectrice, je n’aime pas les livres qui me laissent sur ma fin, pareil pour les nouvelles. Voilà pourquoi les miennes sont généralement bouclées.

Du coup, c’est un sacré challenge de trouver 22 chutes !

En réalité, je n’écris pas une nouvelle sans en avoir déjà la chute en tête. Elle est le moteur déclencheur de l’écriture. Par exemple, je vois un reportage à la télévision, lis dans la presse un entrefilet qui m’interpelle ou observe lors d’un dîner le comportement particulier d’un convive, et mon cerveau s’emballe. Je vois le déroulé du petit film que j’extrapole à partir de ce « bout de ficelle ». Et je sais parfaitement ce qu’il y a au bout. Le tout est de bien manœuvrer pour que la chute reste inattendue. C’est cela qui est excitant dans l’écriture d’une nouvelle.

Et puis, tu as su varier les plaisirs (tout en restant dans le noir)…

L’idée était d’aborder différents sujets qui ont tous en commun de parler à un large lectorat, pas seulement aux amateurs de thriller ou de roman policier. La nouvelle Le poisson est à ce titre particulière : son écriture est d’inspiration surréaliste, et la dernière phrase – la chute – révèle au lecteur le pourquoi de ce parti-pris stylistique. Pour certains de ces mini-polars, j’avais à cœur d’aborder un thème fort, comme la maltraitance (Ondes de choc, Ma photo dans le journal). Là, le point de vue s’est imposé de lui-même : celui de la victime. Cela permet de ne pas tomber dans la caricature ou le misérabilisme et de montrer qu’un enfant, même en situation de maltraitance, aura toujours tendance à prendre le parti de ses proches, à leur trouver des excuses.

L’écriture s’est-elle étalée dans le temps ?

Les plus anciennes (Compartiment 12, Cuisine à l’italienne, Le Million, De façon accidentelle) remontent à mes premiers écrits : 1995. Une commande pour la radio (Les Ateliers de Création, Radio France). Elles ont fait partie d’un premier recueil paru chez Librio Noir en 2000 « Petits polars à l’usage des grands » qui n’est plus édité à ce jour. J’en ai ensuite écrit des fictions à une voix sur un même format, toujours pour la radio, jusqu’en 2010. Puis, d’autres (Sleeping with Brad pitt, Sri Sûrya Narayana) ont été écrites pour des recueils collectifs. En tout, une centaine de textes dont la plupart sont publiés en numérique chez 12/21. Ces 22 nouvelles sont tirées de cette collection. Et entre nous, cela revint moins cher de commander ce recueil à son libraire que de télécharger les fichiers numériques des nouvelles une par une.

Dans ta préface, tu insistes sur les adolescents et leur rapport avec la lecture…

C’est le nerf de la guerre : si on n’écrit pas pour les jeunes, qui nous lira demain ? La nouvelle à chute et le roman policier sont au programme des élèves de 3ème. Ce recueil permet donc aux enseignants qui le souhaitent de pouvoir aborder ces deux notions au travers de mes petits polars. Certaines nouvelles (Mauvaise blague, Bandit Panda) lesquelles abordent avec humour des sujets graves (la drogue, la pédophilie) ont été écrites spécialement pour eux. Je suis toujours partante quand un professeur de Français souhaite m’inviter à intervenir dans sa classe pour y rencontrer ses élèves : montrer qu’un auteur n’est pas forcément mort et qu’on peut même échanger avec lui sur les réseaux sociaux, ça peut motiver les plus récalcitrants, et pourquoi pas déclencher des vocations.

Crédit photo : Philippe Matsas



Catégories :Interviews littéraires

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6 réponses

  1. Merci pour ce très bel échange, Yvan. Sophie a cette faculté incroyable de se renouveler à chaque interview et de donner à découvrir une nouvelle facette de son talent à chaque fois!

  2. Merci ! Oui, une nouvelle sans une chute, ça perd une partie de sa saveur… Et les auteurs doivent devenir des pros du tacle de lecteurs 😀

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