Interview – 1 livre en 5 questions : L’affaire Clara Miller – Olivier Bal

1 livre et 5 questions pour permettre à son auteur de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

OLIVIER BAL

Titre : L’affaire Clara Miller

Sortie : 12 mars 2020

Éditeur : XO

Lien vers ma chronique du roman

Ton roman noir se déroule dans le milieu artistique et journalistique, entre deux époques…

Oui, absolument. L’affaire Clara Miller est un roman dont la thématique principale est la célébrité et le rapport que nous entretenons avec elle. L’idée de départ est la suivante : quand on a tout, le pouvoir, la richesse, que l’on se retrouve en haut des marches, que reste-t-il à franchir ? J’avais envie, avec ce roman, de dessiner une constellation des étoiles et montrer toutes les personnes qui gravitent autour de ces stars que l’on idolâtre : journalistes, paparazzis, fans d’un côté, avocats, attachées de presse, gardes du corps de l’autre. Dans L’affaire Clara Miller, tous sont attirés par l’éclat de la plus grande star au monde, Mike Stilth, quitte à s’y brûler les ailes…

L’idée des deux époques, au-delà de l’envie de créer du rythme, obéit à cette réflexion autour de la célébrité. Le plus gros du récit se déroule en 1995. Cette époque marque pour moi un vrai point de rupture. À ce moment, les stars vivaient encore dans une sorte de tour d’ivoire, une Olympe éloignée du monde et des autres. Leurs vies privées étaient assez secrètes, leurs petits secrets rarement exposés. Hormis quelques magazines people, quelques tabloïds, ces célébrités étaient encore auréolées de mystère. Mais dans les années qui vont suivre, tout va basculer avec l’arrivée d’Internet et l’explosion des réseaux sociaux. Aujourd’hui, les stars n’existent le plus souvent que dans la surexposition. Pour être connu, il faut se révéler jusque dans la plus grande intimité, en permanence…

En cela, quelque part, Mike Stilth est un peu un personnage de western crépusculaire. Déjà, de nouvelles icônes commencent à émerger… Il sent que son monde est en train de s’écrouler.

Du coup, j’ai essayé de montrer un peu ça, cette évolution de la célébrité, avec d’un côté Mike Stilth en 1995 qui contrôle jusqu’à l’obsession son image et se protège du monde et de l’autre sa fille, Eva, jeune femme, ange déchue, qui erre dans les nuits de Los Angeles en 2006. Elle, du haut de ses 19 ans, sait que le combat est perdu d’avance, que la moindre information qui fuitera sur elle, se retrouvera partout, dans le monde entier, en quelques heures seulement.

Tu as eu la volonté de poser une ambiance, on est loin de cette « mode » de proposer des chapitres de deux pages aux rebondissements incessants…

Oui, c’est vrai. J’avais envie de donner le temps à mes personnages d’exister, de se construire. Prendre le temps, également, d’installer certains lieux importants comme le manoir de Lost Lakes où vivent reclus Mike Stilth et ses proches. Après, j’aime beaucoup les thrillers au rythme trépidant, aux rebondissements incessants. Et je pense que L’affaire Clara Miller développe aussi, à sa manière une forme d’urgence, de suspense. On veut savoir, creuser dans l’histoire, avancer… Mais il est vrai qu’on n’est pas dans un page turner classique, je voulais tendre vers quelque chose d’autre, composer une balade folk et rock à travers des États-Unis désenchantés, tenter d’écrire un livre qui aurait sa propre petite musique. Un peu hors du temps et des modes. C’est aussi pour cela que j’ai décidé de le situer dans les années 90. L’affaire Clara Miller, c’est un peu mon hommage au roman noir.

Ce qui marque, c’est ta manière de donner du temps à tes personnages, dans un formidablement roman choral…

Merci ! En effet, je suis très attiré par les récits choraux. Ici, dans L’affaire Clara Miller, vous allez partir à la rencontre de six personnages différents, qui sont autant de narrateurs. Vous rencontrerez Mike Stilth, la plus grande star au monde, Paul Green, un journaliste qui enquête sur lui, Joan Harlow, l’attachée de presse de Mike, Noah et Eva, ses enfants, et, enfin, Clara Miller. Chacun a sa propre voix, sa propre vérité. Je voulais construire un récit où d’une scène l’autre, en changeant de personnages, on comprenne les enjeux de manière différente, sous une nouvelle perspective. Qu’idéalement, on saisisse un peu les motivations de chacun, leurs décisions, même si elles sont parfois terribles. Pour plonger les lecteurs dans l’histoire, essayer de créer une empathie forte et rapide avec les personnages, j’ai décidé de raconter l’histoire à la première personne. Les lecteurs sont du coup, aux premières loges avec les protagonistes, sans le filtre d’un narrateur trop présent. Du coup, je pense qu’on s’identifie plus aisément à leurs problèmes, on vit, on tremble, on souffre avec eux, de manière plus viscérale, moins détachée.

Tu les dépeins sans manichéisme, tous avec leurs failles et leurs valeurs. Même les plus sombres de tes personnages sont attachants par moment…

Tout à fait. Pour moi, il n’existe pas de bon ou de mauvais. Les notions de bien et de mal, sont floues, poreuses. J’essaie de construire des histoires qui évitent l’écueil du manichéisme. Je suis le premier client des récits avec des tueurs en série diaboliques, et des supers flics implacables. Mais ici, je voulais quelque chose d’autre. Pour moi, nous passons notre vie à naviguer dans des zones de gris. Nous sommes tous sur le fil du rasoir, des êtres complexes capables du pire comme du meilleur. Nous penchons, selon les moments, les situations, d’un côté ou l’autre de la balance. Et c’est ce que j’ai voulu raconter avec L’affaire Clara Miller. Ici, chacun a ses motivations, chacun a ses raisons d’agir. Il n’y a pas de héros, ni de monstre. Juste des êtres humains, qui ont une histoire, un passé qui les poursuit et qui tentent de s’en sortir, tant bien que mal.

Tes deux précédents romans étaient dans un genre assez différent. Je suis certain que tu penses déjà à l’avenir ! Cet éclectisme restera-t-il une caractéristique de ton univers ?

Absolument ! Après le diptyque des Limbes qui penchait vers le fantastique, j’ai eu envie, ici, d’aller vers un polar plus réaliste, plus psychologique. C’était important pour moi de bien marquer cette césure, d’emblée. Pour mes prochains projets, je vais rester dans les terres du polar et du thriller. Mon futur roman glissera un peu plus vers le thriller… je vous entraînerai à la rencontre d’une petite communauté refermée sur elle-même. J’aimerais que mes lecteurs acceptent de me suivre dans différents univers. Ne pas me laisser enfermer dans un roman type, tenter tant que faire se peut, de surprendre à chaque nouveau livre. Il y a tant d’histoires à raconter, tant de personnages à rencontrer…



Catégories :Interviews littéraires

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6 réponses

  1. Merci bcp pour cet entretien très fouillé. Un roman chorale assez rare je crois dans l’univers du roman mais très réussi et cette volonté d’emmener le lecteur vers d’autres formes. Promis je le suivrai …😉

  2. Superbe interview. Je trouve, comme je le disais dans ma chronique, que sa description de Stilth est saisissante de réalisme. Effectivement, difficile d’adorer ou de détester l’un de ses personnages, ce serait trop réducteur…
    C’est une bonne nouvelle que ses futurs écrits resteront guidés par ses envies et non un besoin de rentrer dans un moule ! Merci Yvan pour ce partage !

  3. Rhaaaa, j’ai pas lu celui-là !
    Va falloir que je me rattrape là :-/

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