Interview littéraire 2019 – Dans la toile – Vincent Hauuy

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre
5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

Vincent Hauuy

Titre : Dans la toile

Éditeur : Hugo

Sortie : 02 mai 2019

Lien vers ma chronique du roman

Ce roman, ton troisième, est sensiblement différent des deux précédents. Envie de changement ?

J’ai souvent envie de changer, mais ce n’est pas ce qui a forcément créé cette bifurcation. Je fonctionne beaucoup à l’instinct et sur l’instant. Parmi les idées qui se bousculent dans ma tête, il y en a toujours qui résonne plus que d’autres. Cela a été le cas pour cette histoire. Concernant le changement en question : exit le roman choral, les institutions, les complots. J’avais besoin de créer un espace clos et anxiogène : un chalet dans les Vosges. Sinon je me rends compte que j’écris sur les mêmes sujets depuis trois livres : la mémoire et l’enfance. Et je conserve également mon goût de la manipulation.

Les Vosges, c’est une ambiance particulière, mais aussi une région plus proche de tes racines…

Tout à fait. Cette région que je décris dans le livre et particulièrement le village de Plainfaing fait partie de mon enfance. Mes grands-parents y possédaient un chalet ou la famille se réunissait lors de fêtes et en vacances.

Plus tard, un oncle né à Montréal, me disait que les Vosges étaient son « petit Québec ». J’ai conservé cette image et j’ai prêté ces propos à l’un de mes personnages. Enfin presque puisqu’elle parle du Maine en ces termes. (Cet état voisin reste très proche du Québec).

Maintenant vu les réactions, je peux déjà conclure que je ne suis pas terrible pour faire la promotion du département, j’ai eu beaucoup de retours me disant : « Je n’irai pas dans les Vosges, encore moins dans un chalet ».

« Dans la toile » est un thriller très axé sur la psychologie…

Alors oui. On pourrait même le qualifier de thriller domestique. Huis clos, couple, femme instable. Tous les ingrédients « classiques » sont présents dans mon roman. Mais comme je l’avais fait avec le Tricycle Rouge qui partait sur les bases d’une histoire policière et la traque d’un tueur en série pour évoluer vers autre chose, j’ai tenté de m’amuser avec les codes du genre pour proposer ma propre version. Évidemment, je ne peux pas en parler plus en détail, sinon de dire que j’explore la mémoire et certaines pathologies.

Le syndrome de stress post-traumatique et la mémoire, voilà bien deux thématiques à fort potentiel en matière de thriller…

Ce sont de très bons outils narratifs. D’ailleurs, très utiles dans le thriller psychologique et surtout ceux écrits à la première personne. Je m’explique. Le point de vue à la première personne établit un contrat de confiance entre le personnage et le lecteur, qui devient son témoin, son confident. Le suspense se pose aussi différemment, car en général, le savoir du lecteur est toujours inférieur ou égal à celui du personnage. (Avec d’autres points de vue, comme l’omniscient, le lecteur peut en savoir plus que le ou les personnages). Dans mon cas, jouer avec la mémoire présente deux bénéfices. Le premier est de créer un narrateur instable qui rompt le contrat de confiance. Le deuxième est de pouvoir contourner la dynamique des savoirs évoquée plus haut. Le personnage perdant la mémoire, le lecteur peut se retrouver avec un savoir supérieur à certains moments.

Tu aimes jouer avec le lecteur, sur sa parano, tu aimes le manipuler…

Pour Dans la toile, la manipulation est encore au cœur de l’intrigue. Mais en plus de la manipulation entre les personnages, il y a la manipulation du lecteur par l’auteur.

C’est ce que j’ai tenté de faire en tout cas, me basant sur ce que j’aime ressentir lorsque je lis un thriller. Me faire trimbaler, me poser des questions, bâtir des hypothèses pour mieux les voir voler en éclat lors de la révélation finale. C’est donc naturellement qu’en tant qu’auteur, je crée ces « toiles » dans lesquelles je veux piéger mon lecteur.

Et puis on ne change pas sa nature. Je conserve quelques « atavismes » de mon métier de concepteur de jeu ; créer des puzzles et jouer.

Après il peut y avoir un travers dans ce genre de structure narrative. Dans ce genre de thriller, deviner les intentions de l’auteur devient une sorte de « meta lecture », qui risque de nous faire sortir de l’espace diégétique.



Catégories :Interviews littéraires

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