Surface – Olivier Norek

Olivier Norek a du courage. Celui de ne pas s’enfermer dans un schéma, celui de montrer qu’il sait raconter toutes sortes d’histoires.

Entre deux mondes, son précédent roman, en avait déjà été une preuve éclatante. Ce nouveau polar l’est tout autant, d’une autre manière.

Antithèse

Surface est comme l’antithèse d’un Code 93. Les grands espaces et l’air de la campagne remplacent la toxicité des villes, l’enquête « technologique » laisse place à une intrigue qui passe surtout à travers l’humain.

Et pourtant, c’est du Norek pur jus. L’homme et les émotions ont toujours été au cœur de ses romans. A ce niveau, on le retrouve tel qu’en lui-même, profondément humain.

Voilà bien un mot que je vais devoir répéter à loisirs dans cette chronique, tant cette hyper humanité est l’essence même de ce récit.

Il fallait arriver à se relever après le choc d’Entre deux mondes (je parle autant des lecteurs que de l’auteur). Dans ce précédent roman, l’écrivain se rappelait à ses racines migrantes, par ses ancêtres polonais. Surface est également un retour aux sources, en Aveyron, sur les terres qui l’ont en partie vu grandir (même s’il a beaucoup bougé durant ses premières années de vie).

Mais ce n’est pas un roman nostalgique, son cœur est ailleurs.

Acceptation

Prenons les choses dans l’ordre. Un démarrage d’intrigue formidable, qui arrive à allier action et émotion dans les mêmes paragraphes, ce qui est déjà en soi un exploit. En quelques pages, on est ferrés.

Ce roman met donc en scène Noémie Chastain, une héroïne qui va marquer les esprits. Défigurée suite à une intervention policière, elle doit se reconstruire et s’accepter à travers le regard des autres. Cette image qu’on renvoie à autrui, souvent différente de notre réalité intérieure. Le récit est donc un chemin qui amène à voir au-delà de la surface.

Abstraction faite de l’excellente intrigue policière, l’histoire est donc nourrie de sensations, de ressentis, et d’une psychologie au plus près de la réalité. Dans la difficulté, l’héroïne plongée dans un environnement inconnu se confronte à l’estime de soi, à ses complexes, et à la manière d’arriver à s’accepter pour se sauver. De se sortir de son stress post-traumatique (admirablement décrit).

On y retrouve là, la très grande sensibilité de l’écrivain, qui contrebalance la violence de l’enquête. Et un lien à faire avec son précédent livre, d’une autre manière, avec ce rejet de la différence et cette bataille pour trouver (ou retrouver) sa vraie place.

Au plus proche de l’humain

Surface est un polar qui se lit vite (trop vite parfois, tellement on y est immergé), à travers des chapitres courts et rythmés. Et pourtant que de thématiques proposées et d’émotions ressenties !

La partie policière est à nouveau bluffante de réalisme. Olivier Norek se nourrit de son passé de flic, et des autres. Il n’invente pas, il mélange, malaxe et crée de la fiction avec de la matière existante. Tout sonne donc juste, tout est minutieusement travaillé.

Un exemple, sans rien dévoiler de l’intrigue : les scènes de plongées dans le lac, d’un réalisme étonnant, on les vit de l’intérieur, les yeux grands ouverts.

L’environnement est prenant autour de ce village englouti, un vrai rural noir, et les personnages sont attachants. L’écrivain leur donne vie à travers des dialogues percutants.

Et puis, Norek met à nouveau en avant ce qui se retrouve dans chacun de ses livres et qui lui tient tant à cœur : l’esprit d’équipe.

Le titre du roman est parfaitement trouvé, à prendre au pied de la lettre tout comme une invitation à regarder au-delà des apparences.

Surface est une très belle réussite. Une cold case provinciale qui a du souffle, toujours au plus près des émotions. Olivier Norek y démontre qu’il est incontournable lorsqu’on veut vivre une enquête à la fois hyper réaliste et au plus proche de l’humain.

Yvan Fauth

Lien vers l’interview d’Olivier Norek au sujet de « Surface »

Date de sortie : 04 avril 2019

Éditeur : Michel Lafon

Genre : Polar / Thriller

4° de couverture

ICI, PERSONNE NE VEUT PLUS DE CETTE CAPITAINE DE POLICE.
LÀ-BAS, PERSONNE NE VEUT DE SON ENQUÊTE.



Catégories :Littérature

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22 réponses

  1. C’est dans mes prévisions de lecture… Curieux de découvrir le virage d’Olivier Norek. 🙂
    Amitiés. 🙂

  2. Très hâte de le découvrir! Très jolie chronique 😉

  3. Zut, je me suis trompée, c’est ici, bien sûr que je voulais commenter ta chronique 🙂 je réitère donc : je n’aurais pas dit mieux.

  4. Il ne fallait pas tes mots pour me convaincre (Il est déjà dans ma PAL) mais j’adore tes retours en général et ceux qui t’émeuvent en particulier, et pour le coup, semble-t-il, Norek a encore frappé fort…

  5. Tu en parles admirablement bien tu me donnes envie de le relire 😉

  6. Une fois de plus ta chronique souffle sur les braises de notre curiosité de lecteur/rice !! Heureusement qu’il est déjà en commande celui-ci!

Rétroliens

  1. Interview – 1 livre en 5 questions : Surface – Olivier Norek – EmOtionS – Blog littéraire

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