Interview – 1 livre en 5 questions : Dans la brume écarlate – Nicolas Lebel

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

Nicolas Lebel

Titre : Dans la brume écarlate

Éditeur : Marabout / Black Lab

Sortie : 27 mars 2019

Lien vers ma chronique du roman

Tu nous reviens avec une toute autre ambiance, loin de l’Irlande de « De Cauchemar et de feu »…

De Cauchemar et de feu est un polar très historique parce que l’intrigue est construite sur deux axes temporels : l’enquête aujourd’hui d’un côté, et de l’autre, la guerre civile irlandaise des années 1960 à nos jours (puisque pour certains, la lutte n’a jamais pris fin…).

Dans Dans la brume écarlate, je voulais essayer d’autres techniques, un autre mode narratif, bref, faire autre chose : j’ai choisi de le construire en roman choral où plusieurs personnages donnent chacun, à tour de rôle, leur vision/version des événements. On retrouve un axe historique, comme toujours, puisque cette enquête est liée à l’histoire de la Roumanie (On fêtera cette année le trentième anniversaire de la Révolution de 1989) et à la guerre civile syrienne, mais j’ai levé le pied, si je puis dire, sur ce point pour en faire un roman moins historique que le précédent. De plus, l’intégralité du roman, à part quelques flash-backs, se déroule à Paris ; on joue à domicile !

Tu joues tout au long du récit avec cette atmosphère gothique, en rendant hommage à d’illustres œuvres passées, et en jouant avec ton écriture…

Des jeunes femmes disparaissent dans le brouillard qui enveloppe la capitale. C’est un point de départ assez banal pour un polar, mais il prend une dimension terrifiante si l’on regarde les chiffres, les vrais : suivant les sources et les années, il y a entre 40 000 et 60 000 signalements de disparitions en France chaque année, tous âges confondus. C’est hallucinant ! Bien sûr, la plupart des « disparus » sont retrouvés dans les 48 heures. Mais en 2016, 5 139 de ces cas restent non-élucidés ! Dont 687 mineurs ! Et une majorité de femmes ! Où sont ces disparu(e)s dont on parle à peine ? Qui les cherche ?

Dans la brume écarlate est une fiction qui s’appuie sur cet abominable constat : une étudiante a disparu dans un brouillard aussi opaque que métaphorique. À la recherche de Lucie, Mehrlicht va se retrouver sur les traces d’un vampire. D’indice en révélation, le roman bascule dans le gothique, ce genre romantico-macabre où des jeunes femmes terrorisées se retrouvent la proie de monstres libidineux et de mort-vivants aux crocs acérés. On retrouve dans cette histoire un château ténébreux, des femmes en détresse, un savant fou, un cimetière hanté, un fantôme, un chasseur de vampires, un monastère poussiéreux, un pieu d’aubépine à planter dans un cœur…

Les hommages aux textes emblématiques du genre sont nombreux : Dracula, Frankenstein, Le portrait de Dorian Grey, L’Étrange cas du Dr Jeckyll et de Mr Hyde… Je m’y réfère par jeu avec le genre et ses clichés, au point de replacer des lignes de dialogues de ces romans dans la bouche de mes personnages ! On s’amuse comme on peut…

Mais évidemment, ce n’est pas un roman fantastique.

Sans mauvais jeu de mot, Mehrlicht et son équipe travaillent en plein brouillard dans cette affaire…

Comme souvent ! Le lecteur a souvent plus d’infos que mes enquêteurs parce qu’il a accès à toutes les psychés, à toutes les pensées. Le lecteur suit tous les protagonistes à travers l’espace et le temps, dont les enquêteurs. Mehrlicht n’a pas toutes ces données, erre à tâtons dans ce brouillard d’indices désordonnés, mais parvient pourtant à la vérité par d’autres biais.

Ce brouillard a aussi été une vraie galère pendant l’écriture : qu’est-ce que le personnage voit quand on n’y voit rien ? Comment décrire un endroit nouveau dans l’intrigue, une rue, un quai de Seine, un cimetière quand un brouillard vous empêche de voir à plus de cinq mètres ? C’était une vraie gageure. Décrire l’impossibilité de voir ! J’espère que le lecteur ressentira cette impression de claustration, d’étouffement peut-être, dans ce brouillard impénétrable et fatal.

Mais on retrouve aussi des thèmes très actuels dans ce roman…

Mes romans s’inspirent toujours de l’actualité et du présent. Même si je remonte souvent aux causes, l’idée initiale s’impose par la presse, la radio, par un état du monde. Ici, ça a été l’affaire Weinstein, le mouvement #MeToo, le « Printemps des femmes ». Il y a eu comme un vent émancipateur au moment où des femmes ont commencé à parler et à dénoncer un quotidien de discrimination, de harcèlement, de violence… Et le monde entier de s’indigner comme si on découvrait que les droits des femmes étaient continuellement en danger, remis en cause au gré des inflexions politiques, morales et religieuses de certains hommes, ici et ailleurs. La femme, première victime des guerres, des crises économiques, des famines, des violences, des disparitions… j’avais trouvé mon héroïne.

La guerre en Syrie, l’arrivée de migrants en France, l’opposition identitaire qui criait au grand remplacement, est un autre axe très actuel que l’on retrouve dans le roman. Quelques mois après avoir commencé l’écriture de Dans la brume écarlate sortait Entre Deux Mondes d’Olivier Norek. Visiblement, le thème du migrant était déjà bien présent, et le reste à l’heure où l’on évacue de nouveau (10 mars 2019) le campement de la Porte de la Chapelle.

Enfin, le trentième anniversaire de la Révolution roumaine de 1989 sera bientôt célébré en Roumanie, pays de Dracula, mais aussi de celui qu’on a surnommé le « Vampire des Carpates », le sanguinaire dictateur Ceaușescu…

Tu as l’air de t’amuser toujours autant avec le décalage entre le drame et cette drôlerie qui est un vrai oxygène…

J’essaie ! Si je m’ennuyais en écrivant, il serait temps de passer à autre chose ! Et puis je suis d’une nature plutôt optimiste !

Effectivement, mes romans évoquent des sujets noirs et graves mais je ne tiens pas pour autant à en faire porter le poids au lecteur. Je veille à ne pas l’asphyxier. Ces moments drôles, cyniques, sarcastiques ou burlesques tendent à le laisser respirer, à lui sortir la tête de l’eau… avant d’y replonger ! Mehrlicht a un avis sur tout, et fait rarement dans la nuance ; ça me permet de le laisser parler avec une grande liberté de ton, même si je ne partage pas toujours son avis, ni ses collègues. Cela me permet aussi de mettre en scène des joutes verbales détonantes !

Il y a aussi des comiques de situations, de personnages. Je me suis particulièrement amusé avec les gardiens du Père-Lachaise…

Yvan Fauth



Catégories :Interviews littéraires

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4 réponses

  1. « On s’amuse comme on peut… » et il a bien raison ! Je me réjouis de retrouver ma grenouille préférée, celle qui a la voix rocailleuse, en plus, au pays de Dracula, je sens que je vais prendre mon pied 😆

    Oh, j’ai repéré une erreur de mot, dans la réponse à la dernière question : « il serait tant de passer à autre chose »… Moi, j’écrirais « temps » au lieu de « tant » mais tu fais ce que tu veux, c’est ton blog 🙂

    Aimé par 2 personnes

Rétroliens

  1. Dans le brume écarlate – Nicolas Lebel – EmOtionS – Blog littéraire

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