Interview littéraire 2014 – David Khara

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David Khara est un auteur qui monte. La trilogie Projet (Bleiberg, Shiro, Morgenstern) a rencontré un joli succès.

L’auteur déploie également son grand talent dans le cadre d’une autre série. Le premier tome, Les vestiges de l’aube, est sorti il y a quelques années et vient d’être publié en poche chez 10/18. le second, Une nuit éternelle, sort le 13 novembre 2014 chez Fleuve Editions.

Voilà donc une excellente raison d’en discuter avec David Khara, que je remercie pour ces réponses passionnantes et d’une belle humanité.

Le site internet de l’auteur

Ma chronique des Vestiges de l’Aube

Ma chronique d’Une nuit éternelle

David Khara

Question rituelle pour démarrer mes interviews, peux-tu te définir en trois mots, juste trois ? 

Entretenir l’espoir.

La nuit éternelle est la suite des Vestiges de l’aube. Pourquoi tant de temps entre ces deux romans ?

La première version des Vestiges de l’Aube avait été publiée par Rivière Blanche en mars 2010 avant d’être réédité dans une nouvelle version par Michel Lafon avec des différences notables. A l’origine, j’avais prévu d’écrire la suite dès 2011, mais le succès inattendu du Projet Bleiberg a modifié drastiquement mon planning. L’intérêt du cinéma ainsi que celui d’éditeurs étrangers m’a incité à terminer d’abord la trilogie Bleiberg-Shiro-Morgenstern.

Cela dit, tout en écrivant Shiro, et particulièrement Morgenstern, les idées fusaient pour Une Nuit Éternelle, et il m’a fallu me canaliser à de nombreux moments tant Werner et Barry me revenaient continuellement à l’esprit.

Tu viens de changer d’éditeur, ton nouveau roman étant édité par Fleuve Éditions. C’est une nouvelle page qui s’ouvre pour toi ?

9782264056412Oui, très clairement. J’avais déjà la chance d’avoir mes romans édités en poche par 10-18, superbe maison et équipe formidable. Je travaille avec des êtres humains, pas simplement avec des marques, et en l’espèce, l’accueil a été formidable. De plus, j’ai débuté avec deux hommes exceptionnels, Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier, qui font vivre Rivière Blanche. Passer, avec leur bénédiction, de la Rivière au Fleuve était aussi un joli clin d’œil et un réel hommage à leur travail et à leur passion.

Dernier point, je rejoins au sein de Fleuve certains de mes amis de la Ligue de l’Imaginaire, Eric Giacometti, Jacques Ravenne et Franck Thilliez, sans oublier Barbara Abel.

Avec ce récit, on est bien loin de la banale histoire de vampires…

Je l’espère ! (Rires). Quand j’ai entamé l’écriture des Vestiges de l’Aube, je n’avais aucune connaissance de l’existence d’une littérature vampirique, ou d’une quelconque mode. Ma profession me laissait peu de temps pour entrer dans une librairie ou suivre autre chose que les informations économiques. Peu glamour, mais vrai…

La figure du vampire m’intéressait car elle me permettait d’explorer la bestialité enfouie en chacun de nous, et de confronter deux époques différentes, deux visions de la société et de notre monde. A ce titre, et sans vouloir me prendre pour ce que je ne suis pas, le vampirisme de Werner est pour moi un outil allégorique, au même titre que la statue du Commodore dans Don Juan. Le fantastique n’est qu’un moyen pour mieux aborder certaines facettes de l’humanité, et peut-être, ajouter une touche de poésie et de rêve à un monde qui en manque cruellement.

Le thème de la solitude, récurrent chez mes héros, m’intéressait plus que le vampirisme stricto sensu.

Les Vestiges de l’Aube raconte une amitié masculine, à l’extrême frontière de l’amour, la reconstruction après la perte des êtres aimés, et plus important encore, pose une question simple : et si l’espoir se cachait dans le regard de l’autre…

Tu joues à merveille à mélanger les genres, entre thriller et fantastique. C’est un équilibre un peu instable à trouver, non ?

Au risque de te surprendre, je n’éprouve aucune difficulté à mêler les deux. J’oserai même dire que je m’amuse comme un petit fou à jouer avec les codes de l’un et de l’autre pour mieux les détourner et amener le lecteur sur des terrains moins attendus. La littérature classique regorge d’incursion du fantastique dans le monde réel pour mieux mettre en exergue le propos du roman, et je ne crois pas que Shakespeare ou Mérimée soient considérés comme de dangereux débiles…

A l’instar de la trilogie des Projets, les Vestiges de l’Aube, comme Une Nuit Éternelle, n’ont fait l’objet d’aucun plan, d’aucune note. La construction est un processus très empirique, et m’obsède du début à la fin de mon travail, avec une règle immuable : j’écris des romans que j’aimerais lire.

Le récit se caractérise aussi par des passages « historiques ». On sent que tu cherches à être à la fois précis et à rendre accessible cette partie de l’histoire. Comment s’est déroulé ton travail de recherches ?

A ce stade, il m’apparaît évident que tous mes romans s’appuieront sur un fond historique réel. J’aime incorporer la réalité à la fiction, laisser planer le doute sur ce qui est vrai ou faux.

Autant dans la trilogie des Projets que dans les Vestiges de l’Aube, les références historiques sont purement réelles. Le récit dressé par Werner de la Guerre de Sécession est parfaitement exact. Idem pour celui de Barry dans les Twin Towers.

Je travaille à partir de documentaires, de livres et de témoignages. Le fait historique m’intéresse autant que les émotions et les sentiments de ceux qui en ont été acteurs ou victimes.

Le principal intérêt de la fiction tient en ce que, à travers le divertissement, je délivre une véritable leçon d’histoire. Je tente juste de la rendre digeste.

De nouveaux lecteurs vont te découvrir à travers ce nouveau roman et rencontrer les étonnants personnages qui le composent. On sent que tu as porté une attention tout particulière pour qu’ils ne se sentent pas perdu. Est-ce-que ça a été compliqué à gérer et à mettre en place ?

David Khara - Une nuit éternelleLà encore, aucune difficulté majeure. Je me suis déjà plié à cet exercice dans le Projet Shiro et le Projet Morgenstern. Il fallait que les lecteurs prenant le train en marche puissent suivre et se repérer. Il en allait simplement de même pour Une Nuit Éternelle.

De plus, j’ai toujours pensé les Vestiges de l’Aube comme une sorte de pilote narrant la rencontre entre les deux personnages principaux, donc replacer le contexte avant d’entamer une nouvelle enquête policière n’avait rien que de très logique. D’ailleurs, le problème est réglé en deux pages ! (Rires).

Tu sembles attacher beaucoup d’importance au style, tu mélanges différentes manières d’écrire et tu aimes jouer avec les mots…

Merci de l’avoir remarqué, j’en suis sincèrement touché.

J’adapte mon style à mon propos, au contexte, à la scène, et par-dessus tout, au personnage. A ce titre, Werner est une véritable bouffée d’oxygène en ce qui me concerne. Il me permet de manier une langue plus soutenue, de jouer avec les concordances des temps, d’user de termes désuets. Un monde le sépare de la bande de policiers qu’il va rencontrer dans Une Nuit Éternelle… Mais du coup, gérer la rupture de style m’amuse énormément.

Je m’ennuierai très certainement si je n’empruntais qu’un seul axe d’écriture. L’adaptation, les changements, parfois radicaux, participent du plaisir que je prends à l’écriture. Si l’on peut donner de l’espoir quand on en est dépourvu, il me parait plus compliqué de donner du plaisir sans en prendre.

On te sent proche des lecteurs, durant les salons, sur les réseaux sociaux ou lors de rencontres spécialement organisées avec eux. Est-ce important pour toi ?

Pas important, Yvan, primordial. Je n’écris pas pour la gloire, ni pour l’argent. Je n’écris pas pour être aimé ou reconnu. J’écris pour donner du plaisir et, si possible, de l’espoir. Ce postulat, je l’assume totalement et les échanges avec les lecteurs constituent ma principale récompense et ma plus grande satisfaction dans un métier par nature très solitaire. Rien n’est feint, ni forcé. J’ai commencé à écrire pour faire des rencontres, et à l’instar du constat que fait Werner à la fin des Vestiges de l’Aube, je vis les bras ouverts. Etablir une distance avec mes lecteurs enlèverait tout sens à ma démarche et reviendrait à me renier.

Soyons purement factuels… une personne que je ne connais pas donne de son argent pour mon roman, consacre ensuite du temps à sa lecture puis se déplace pour me rencontrer, ou prends encore un peu de plus temps pour m’écrire. Après cette énumération, je pose la question très sérieusement : qui fait honneur à qui ?

Je n’oublie ni d’où je viens, ni qui je suis, et encore moins à qui je le dois…

Tu es maintenant membre de la Ligue de l’Imaginaire. Peux-tu nous parler de cette nouvelle aventure ?

Tout est parti d’une série de rencontres. D’abord avec Eric Giacometti, puis Franck Thilliez, Erik Wietzel et Maxime Chattam.Nous avons tissé des liens, partageons des références et passions communes. Des amitiés sont nées et les choses se sont faites assez naturellement.

La notion de collectif est très importante pour moi qui suis un ancien joueur de rugby. Nous échangeons entre nous, sur nos techniques, nos sources d’inspirations, nos titres, même. La ligue axe ses efforts sur les rencontres avec le public à travers les mercredi de la ligue, des dédicaces et des opérations caritatives.

Est-il trop tôt pour parler de la suite et de tes futurs projets ?

Il n’est jamais trop tôt puisque les projets ne manquent pas. Je travaille depuis cinq mois sur le roman d’une jeune auteure dont je souhaite lancer la carrière tant elle est douée et son roman empreint d’humanité et d’émotions. Nous avons d’ailleurs en projet d’écrire à quatre mains.

A partir de cette semaine je reprends l’écriture de mon prochain thriller que j’avais interrompu pour me consacrer à ce fameux roman.

Le Projet Bleiberg va faire l’objet d’une adaptation en BD. Toujours en BD, le deuxième tome de l’adaptation des Vestiges de l’Aube sortira en mars ou avril. Quant au Projet Shiro, il sort aux USA en version papier, numérique et Audiobook en novembre.

Donc, comme je te l’avais dit, les projets ne manquent pas…

Ce blog est fait de sons et de mots. La musique prend-elle une part dans ton processus créatif ? 

La musique est omniprésente au cours de mon travail et dans mes inspirations. Chaque roman possède sa propre bande son, et dans le cas d’Une Nuit Éternelle, le Requiem de Mozart est un élément central de l’intrigue. La musique me sert à m’immerger dans l’ambiance d’une scène, ou l’état d’esprit d’un personnage. Parfois, les paroles jouent un rôle déterminant. Par exemple, la fin du Projet Morgenstern m’a été inspirée en partie par la chanson Le Capitaine de l’Affaire Louis Trio

Je pioche dans tous les genres, du classique au rap en passant par le métal ou la pop.

Tu as le choix entre nous donner le mot de la fin ou ton dessert préféré… 

Ce sera donc mon dessert préféré : le millefeuille !



Catégories :Interviews littéraires

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22 réponses

  1. Encore rien lu de cet auteur mais voilà une interview qui me donne envie d’en découvrir plus .Je vais noter ses livres ! 😉

  2. Je n’ai lu de cet auteur que « Le projet Bleiberg », Shiro et Morgenstern sont en attente de lecture…
    Le côté fantastique, je ne sais pas, faudrait essayer… 😉

  3. Un auteur aussi reconnaissant envers ses lecteurs mérite qu’on s’y attarde. Merci pour cette très jolie interview

  4. Et bien!!!Encore une fois passionnant, encore plus envie de découvrir la saga des vampires solitaires…..;)

  5. Rhoooooooo ….. comme je suis contente d’avoir enfin la suite des Vestiges de l’aube …que j’ai dans sa première version 🙂 Bon maintenant ce qui m’inquiète se sont « les différences notables » de la réédition …..
    Très belle interview, Yvan, j’aurai tendance à dire comme d’hab’ …Qu’il est plaisant cet auteur 😉
    je me repentie : La trilogie est dans ma PAL… il faudrait que je la sorte …

  6. J’adore !!!! Et David est tellement sympathique que cette interview est magnifique ! Bravo Yvan ! B

  7. Bon, ben, je sais ce qu’il me reste à faire… gagner à l’€ million pour m’acheter du temps libre et lire tout ce que je veux lire, monsieur Khara se trouvant maintenant dans mon cheptel de romans à lire 😆

    Je possède le roman de l’auteur dans mes étagères et je vais faire en sorte de ne pas attendre 1,5 ans avant de le lire, comme certains… 🙄

    Bravo à lui pour ses réponses qui m’éclaire un peu (avec les risque de black out, c’est toujours bon à prendre, des trucs qui m’éclairent) sur le métier d’écrivain. Je ne savais rien de lui (shame shame shame on me ♫) ce qui m’a permis de me « culturer » en lisant cet interview 😉 Thanks !

  8. J’ai beaucoup aimé les vestige de l’aube, je pense que je vais aimé celui-là. Ce personnage de vampire est tellement atypique et attachant. Le duo fonctionne à merveille, alors je ne vais pas me faire prier pour lire cette suite. D’autant que ta chronique m’avais déjà convaincue et que ce bel entretien ne fait que la confirmer. 🙂
    E,t en plus, si je peux écouter le requiem de Mozart en le lisant…..

Rétroliens

  1. Une nuit éternelle – David Khara | EmOtionS – Blog littéraire et musical
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