Daniel Friedman – Ne deviens jamais vieux !

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4° de couverture  

Memphis. Buck Schatz tombe des nues lorsqu’il apprend que son ennemi juré, Heinrich Ziegler, incarnation du mal absolu, n’est pas mort en Russie comme il l’avait toujours cru.

Quelques années plus tôt, il aurait certainement entrepris toutes les démarches possibles pour retrouver Ziegler. Mais si Buck est une légende de la police, celui qui, dit-on, à servi de modèle à Clint Eastwood pour L’inspecteur Harry, a aujourd’hui 88 ans et profite d’une retraite qui lui permet de jouir en paix de ses deux principaux plaisirs : fumer ses cigarettes et assassiner son entourage de ses traits d’humour cinglants.

Toutefois il y a des réflexes qui ont la peau dure, et lorsque Buck décide malgré tout de ressortir son 357 magnum et d’aller fouiller cette étrange histoire, il est loin d’imaginer les dangers auxquels il s’expose. Mais si Buck n’a plus vraiment le physique de l’emploi, il a maintenant un style propre à désarmer le plus acharné des adversaires. 

Mon avis

Buck Schatz, le héro du livre, a 88 ans et il est juif. Pourquoi ces précisions ? Parce que son âge est le point central du roman et que l’homme a connu la déportation.

Tout cela tourne un peu dans sa caboche de papy, surtout lorsqu’on lui annonce que son tortionnaire de l’époque serait encore vivant et qu’il serait parti avec un trésor de guerre.

Voilà pour l’histoire, mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel c’est le personnage de Buck en lui-même.

Parce que Buck a été un dur avant d’être vieux, une ancienne légende de la police. Parce que Buck est une teigne, un grincheux, dont les préoccupations quotidiennes se rapprochent plus de l’état de sa prostate et de son paquet de cigarettes que de la vie des gens autour de lui.

Parce que le personnage de Buck est assez inoubliable, sorte d’inspecteur Harry du troisième âge qui constate, à chacun de ses actes, que son corps et sa mémoire sont un peu à la ramasse pour ce genre d’affaire.

Mais quel caractère ce Buck ! Un bel emmerdeur, à la belle répartie, un personnage culotté et impudent pour un roman au ton diablement cynique et à la lecture franchement plaisante. Car, malgré son caractère, il en devient très vite attachant, le vieux Buck.

L’histoire propose son lot de violence et de meurtres, mais on est tout de même assez loin des stéréotypes du polar. Le propos est un peu ailleurs, du fait de ce personnage étonnant, plein de mauvais esprit, qui tente de faire un pied de nez à la vieillesse et de déjouer la mort.

Une nouvelle belle découverte de la part des éditions Sonatine, avec ce papy qui fait de la résistance.

Quelques citations (pour donner une petite idée du ton du roman) 

1. « – Un des trois meilleurs coté de la vieillesse, c’est qu’on est plus obligé de faciliter la vie des gens, je lui ai dit. Les deux autres, c’est qu’on peut fumer et dire aux autres ce qu’on pense d’eux. Je vais nulle part si je peux pas en faire au moins deux sur les trois. »

 2. J’étais un homme solide autrefois. Inébranlable, comme le flanc d’une montagne. Mais le vent et la pluie réussissent à user même le granit, si on leur laisse suffisamment d’années. On peut se croire aussi dur qu’on veut, au bout du compte, si on vit assez longtemps, on devient tout mou.

3. (son petit fils) « – J’aurais jamais cru t’entendre me dire qu’il faut se faire du soucis pour les gens. »

 (Buck) « – Mais je me fais du soucis pour les gens. C’est juste que je les aime pas. »

 Publication française : 2013

Originalité de l’intrigue : ♥♥♥♥

Profondeur de l’histoire : ♥♥♥♥

Qualité de l’écriture : ♥♥♥♥

Émotion : ♥♥♥♥

Note générale : ♥♥♥



Catégories :Littérature

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12 réponses

  1. Quel bonheur de bon matin! L’archétype du héro est chamboulé, j’aime! Pfft, direct dans la wishlist (j’attendais ton avis, je l’avais déjà pré-noté!) Merci Yvan!

  2. Tu sais quoi ?! Je n’ai jamais lu un seul Sonatine … Ce n’est absolument pas fait exprès … Et pourtant plus d’une fois je me suis dit : celui la il me le faut !

    • Sonatine est de loin mon éditeur préféré, avec à son catalogue des auteurs que j’admire profondément (RJ Ellory, Paul Cleave, Gillian Flynn…).
      Meuh si, tu en a donc lu au moins 1,5 !
      Le dernier Flynn, tu t’es arrêtée juste avant la meilleure deuxième partie de bouquin de ses dernières années, pour « Seul le silence » de Ellory tu n’étais pas encore dans le trip « roman noir » 😉
      A bientôt Carine 😉

  3. Tu es en mode boulimique lecteur ces derniers jours !
    Je te rejoins sur Sonatine, j’adore le catalogue de cet éditeur (je suis en train de lire Qui de Jacques Expert).

  4. Un inspecteur Harry en maison de retraite ? Des dialogues cyniques et drôles? C’est bon, je suis conquise!

  5. ralalala je sens que ça va me poursuivre cette histoire! 🙂
    ceci dit je suis sûre que Paul sera toujours aussi sexy en retraité 😉

Rétroliens

  1. Bilan livresque : janvier / Juin 2013 |

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