Pages après pages : Jérôme Camut et Nathalie Hug – W3 Le sourire des pendus

Après Il de Derek Van Arman et 22/11/63 de Stephen King, je renouvelle l’expérience de coucher ici, tout au long de ma lecture, les impressions que me procurent un livre (sans pour autant dévoiler quoi que ce soit de l’intrigue).

Cette fois-ci, c’est au tour de W3 – le sourire des pendus de Jérôme Camut et Nathalie Hug.

Publié en mai 2013 aux éditions Télémaque.

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Le contexte :

Les CamHug, le retour ! Ce couple d’écrivains a durablement et profondément marqué l’univers du thriller psychologique avec leur tétralogie des Voies de l’ombre (PrédationStigmateInstinctRémanence).

Une série absolument inoubliable.

W3 – le sourire des pendus est le premier tome d’une série qui s’annonce également marquante.

Mon interview des deux auteurs, datée du 6 mai, et qui présente bien le contexte du roman.

L’objet :

750 pages ! Pour un thriller, voilà une histoire qui s’étale sur un nombre inhabituel de pages. Autant dire que nous avons droit quantitativement à deux romans pour le prix d’un (le bouquin est vendu 21 €, malgré sa taille. Bel effort de la part de l’éditeur). Et ce n’est que le tome 1 de la série !

L’objet en lui-même est superbe. Le design de la couverture est moderne et elle est doublée (deux feuillets cartonnés, avec citation, photo et biographie des auteurs). Très belle réussite visuelle.

Le roman est agrémenté de dessins en noir et blanc en début de chaque partie, renforçant l’aspect visuel de l’histoire.

A noter l’initiative originale et à ma connaissance unique de l’éditeur : pour l’achat du roman papier, la version numérique est offerte en téléchargement. La pagination est strictement la même que la version papier, ce qui pourra intéresser les lecteurs souhaitant zapper d’une version à l’autre (dans les transports ou durant la pause déjeuner au boulot, par exemple).

La lecture, étape par étape :

Le roman est divisé en 16 parties, étalées sur une période de 5 semaines (je ne déflore rien, c’est annoncé dès le début du bouquin).

– Samedi 18 et dimanche 19 mai 2013, début de ma lecture :

Impression du jour : ça fuse tous azimuts.

200 pages lues.

L’écriture est fluide, comme d’habitude avec les CamHug.

Démarrage assez classique pour ce genre de roman : un chapitre d’accroche dont on ne comprend pas le rapport direct avec l’intrigue, deux longs chapitres somme toute assez banals pour présenter certains personnages.

Et puis l’intrigue qui bascule dans la violence…

Les chapitres suivants vont déstabiliser le lecteur, par la démultiplication de l’action sur de nombreux fronts, sans qu’il ne soit réellement possible de relier les différents événements entre eux.

Certains passages sont crus, mais globalement un peu moins violents que ce qu’on a pu connaître avec ce duo d’auteurs par le passé.

On se demande vraiment où veulent nous mener les CamHug avec cette histoire aux multiples ramifications.

Vu le nombre de pages, ils peuvent se permettre de déployer une histoire tentaculaire (mais qui se suit, je rassure les lecteurs potentiels, sans difficulté).

A noter une belle trouvaille psychologique concernant un des personnages principaux, assez drôle à lire, malgré la noirceur de l’intrigue.

Très curieux de voir comment va évoluer cette intrigue.

– Lundi 20 mai 2013 :

Impression du jour : ne prend pas le tour attendu.

De la page 200 à la page 301.

L’intrigue prend le contre-pied de certaines de mes attentes (et j’aime plutôt ça).

Les personnages, qui semblaient clairement campés dans leurs bottes au début de l’histoire, prennent une orientation inédite pour certains d’entre eux.

Les CamHug s’éloignent un peu de ce qui était proposé dans les Voies de l’ombre, pour proposer une sorte de mix entre le coté dur de cette tétralogie et le coté plus grand public de leur dernier roman en date Les murs de sang.

La sauce semble prendre, et bien doué celui qui devinera la tournure que va emprunter cette aventure.

Le style d’écriture évolue également au fil des pages, les CamHug se lâchent un peu, certains dialogues étant presque décalés par rapport au sérieux de l’ensemble.

– Mardi 21 mai 2013 :

Impression du jour : sacrés caractères !

De la page 302 à la page 453.

Oui de sacrés caractères ! Les personnages proposés sont hauts en couleur, quelquefois un brin caricaturaux, mais sacrément attachants.

Le récit a beau être noir, l’émotion affleure constamment à la surface de cette histoire.

Psychologiquement, certains personnages sont vraiment étonnants et l’intrigue ne perd pas en intensité.

– Mercredi 22 mai 2013 :

Impression du jour : les pages tournent toutes seules.

De la page 454 à la page 649.

Un pavé qui semble léger comme une plume, tant les pages défilent à une vitesse folle.

Les auteurs nous prennent à nouveau à revers en faisant évoluer l’histoire différemment des attentes que l’on pourrait avoir avec ce genre de thriller.

Comme dans les Voies de l’ombre, les personnages se révèlent tour à tour sous des visages différents et prennent une importance fluctuante (certains passent au second plan, d’autres prennent de l’espace).

Les CamHug continuent à nous proposer certaines scènes assez décalées, mais qui s’intègrent bien dans le tout.

– Jeudi 23 mai 2013 :

Impression du jour : détonnant.

De la page 650 à la page 751 (fin).

Cent dernières pages qui prennent un tournant un peu inattendu, dérivant du thriller vers le roman à message.

Un final assez détonnant, estomaquant même, qui fait réfléchir et qui ouvre de nombreuses portes.

Final réussi.

En conclusion :

Une porte se ferme d’autres s’ouvrent. Fin du premier tome. 750 pages qui s’avalent à une vitesse ahurissante, tant le couple Camut et Hug nous propose un roman facile à lire et difficile à lâcher.

Le pari n’était pourtant pas gagné d’avance, il fallait tenir la distance sur un nombre de pages qui habituellement correspond à la taille de deux romans et dans un style (le thriller) où certains pensent que tout a été dit.

Les CamHug prouvent que ce n’est pas le cas.

Après un démarrage assez convenu, le récit prend au fur et à mesure une dimension et des directions assez inattendues.

Récit inattendu, parce que le couple d’auteurs se lâche au cours de la progression de l’histoire, utilisant un ton tragi-comique assez inaccoutumé dans certains dialogues (qui sont une part importante du roman).

Récit inattendu parce que le roman fait passer un message à travers la bouche des personnages ; un message qui prête à réflexion. Un message qui est une vraie base de méditation sur nos institutions, la part des médias et leur responsabilité, la mise en place d’un contre-pouvoir…

Des personnages attachants, même si quelquefois un brin caricaturaux, et qui très vite sortent du cadre habituel du thriller.

Mais qu’on soit bien clair, jamais les auteurs ne perdent de vue l’objectif du roman qui est avant tout un divertissement. Un divertissement n’empêche pas de réfléchir, non ?

Question divertissement, le contrat est parfaitement rempli : action, émotions, scènes éprouvantes contrebalancées par le franc-parler des personnages et le ton décalé de certains dialogues.

Le sujet général est dur, rude, mais le traitement qu’en font les auteurs rend le tout globalement plus grand public que ce qui était proposé dans la tétralogie des Voies de l’ombre.

Bref, 750 pages qui filent, et un final détonnant qui ouvre des portes vers un deuxième tome qui s’annonce sous les meilleurs auspices.

Les CamHug sont de retour, l’attente fut longue (1 an ½), mais elle valait le coup.

Garçon, un autre s’il vous plaît !

 Publication française : 15 mai 2013 (Editions Télémaque)

Originalité de l’intrigue : ♥♥♥♥

Profondeur de l’histoire : ♥♥♥♥

Qualité de l’écriture : ♥♥♥♥

Émotion : ♥♥♥♥

Note générale : ♥♥♥



Catégories :Littérature

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30 réponses

  1. ça s’annonce bien… Je ne connais pas ces 2 auteurs mais ça fait très longtemps que j’ai envie de me plonger dans leur univers sans avoir pris le temps de le faire.. Je suivrai tes commentaires au fil de ta lecture.. Bon lundi!

  2. ça donne envie ! Oh nooon !!! c’est encore une fois de plus reparti.

    De eux, je dois encore lire la trilogie précédente, avec « stigmate ».

  3. Tu lis super vite dis donc !! je suis en train de lire un gros roman (L’essaim) il fait 1033 pages, je viens à peine de dépasser la moitié. Bon faut dire que c’est scientifique et détaillé !

  4. Ah mais je t’ai pas dit ? mais où ai je la tête !!! j’ai prévu de le lire !! 😉

  5. Figures-toi que leur tétralogie m’attends dans ma PAL … Il va vraiment falloir que je la sorte du placard ! Tes impressions de lectures couchées au fur et à mesure c’est vraiment une chouette idée ! Merci pour ce « petit reportage » Yvan …

  6. je vais bientôt me le faire celui là !Deux auteurs INcontournables

  7. Depuis le temps que l’on n’attendait…Enfin un Camhug comme on les aime. Comme toi, je suis conquise.

  8. J’ai découvert cet été ce roman, et je l’ai dévoré aussi ! Adoré ! et j’attends la suite … Les auteurs viennent d’ailleurs de recevoir le prix des lecteurs polar du Livre de poche 2014. Je faisais partie de ce jury de lecteurs (belle expérience !). Ils sont « dans l’écriture » à fond, très sympas.

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