Pierre Bordage – Mort d’un clone


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Nous sommes à la fin du siècle dernier, un chroniqueur distancié nous raconte la vie de Martial Bonneteau, un petit employé à la quarantaine aigrie, mal mariée à une femme épaisse et acariâtre qu’il n’a jamais pu satisfaire sexuellement, père de deux fils aussi tristes que lui et d’une fille qui se cherche ; Martial est un médiocre qui enfouit dans la routine et le mépris de soi les frustrations d’une existence de clone parmi les clones. Et puis un matin, de micro-événements en micro-événements, un regard dans le métro, un retard au bureau, Martial Bonneteau va légèrement diverger de son chemin quotidien bien tracé, et c’est tout son univers normé qui commence à se lézarder…

Soudain livré à un confus désir de vivre, notre anti-héros va connaître bien des mésaventures : d’abord généreusement initié au sexe et au plaisir par une prostituée de la rue St-Denis, il va abattre un par un les murs qui emprisonnait sa vie : retour au foyer, réaction des proches et des collègues, scènes de ménages, hystérie familiale, coaching psychologique…

Mon avis

Tout d’abord deux faits :
– Fait n°1 : Bordage est un Grand Écrivain, capable de pondre, la plupart du temps, de la belle ouvrage et de mettre en mots de fabuleux univers.
– Fait n° 2 : lorsqu’un écrivain de talent sort, d’un tiroir poussiéreux, une œuvre totalement inédite et datée de 15 ans, le risque est souvent de tomber sur un écrit à oublier.

Ce n’est heureusement pas tout à fait le cas ici.

Ce roman, même si on est loin de la SF, n’est pas si éloigné de ce que pouvait écrire Bordage en 2001, avec son extraordinaire « Évangile du serpent ».

L’auteur a voulu décrire, dans un style au vitriol et avec un humour cassant, une époque déshumanisée.

C’est parfois brillant, c’est bourré de défauts, parfois fulgurant, à la fois profond et naïf.

L’auteur dégomme la société de l’époque (qui n’a pas beaucoup changé) dans un style, tantôt lyrique, tantôt cynique, tantôt graveleux voire vulgaire. Une œuvre tellement imparfaite qu’elle semble jouer au yo-yo avec la qualité de ses différents passages.

Il me semble qu’il faut prendre ce bouquin tel qu’il est. C’est une grosse farce, une comédie noire et pourtant pleine d’espérance.

On y retrouve les qualités de cet auteur, son humanisme, sa quête du spirituel, hors des frontières tracées.

On y retrouve aussi ses excès, ses obsessions, sexe, drogue, cigarette (pourquoi ses personnages ne se passent-il jamais de la clope ?).

Au final, un roman qui, à mon sens, aurait mérité un ravalement, mais qui reste un agréable divertissement, couplé d’une réflexion intéressante, quoique inachevée.
Un Bordage mineur, qui vaut pour son écriture, drôle, violente et enlevée, mais pas pour son histoire un peu trop banale. Même en mode mineur, Bordage a un talent d’écriture peu commun.

Publication française : 2012

Originalité de l’intrigue : ♥♥♥

Profondeur de l’histoire : ♥♥♥

Qualité de l’écriture : ♥♥♥♥

Émotion : ♥♥♥

Note générale : ♥♥♥



Catégories :Littérature

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