Écrire un roman fantastique et d’horreur, c’est un peu marcher sur un fil, en équilibriste. Il suffit d’en faire un poil trop et le récit tombe dans le grotesque, pas assez et c’est l’ennui assuré. Il aura fallu treize ans de travail à John Langan pour venir à bout de The Fisherman et trouver le bon balancement.
Influences
C’est parfois difficile à expliquer, mais le roman m’a immédiatement amorcé, hameçonné. Pourtant, l’auteur prend son temps durant le premier quart du livre, à présenter deux personnages qui vivent la même souffrance, un deuil. Aucun élément fantastique durant ces pages, le récit se révèle davantage être une expérience intérieure teintée de nature writing. C’est là que le talent d’un écrivain doit entrer immédiatement en œuvre.
La manière de Langan de présenter ses personnages et leur environnement m’a immédiatement fait penser à Stephen King. Même respect, mêmes émotions dans les descriptions, mêmes caractères qui sonnent juste.
Ce livre est d’ailleurs (en partie) une affaire de références et d’influences. Le King, Lovecraft sans aucun doute concernant de nombreux attribut de l’histoire. Michael McDowell aussi, avec cette manière d’intégrer les éléments fantastiques dans un quotidien du passé, comme dans Blackwater.
Propre voix
Ce serait cependant faire injure à l’auteur que de l’imaginer uniquement copier ses aînés. Même si les filiations sont assumées, Langan a aussi trouvé sa propre voix.
Le roman débute donc doucement, pour mettre certains éléments en place, avant de basculer dans une histoire dans l’histoire. Un procédé surprenant, déstabilisant (surtout après qu’on se soit pris d’affection pour les deux personnages de départ), mais qui fonctionne bien et qui permet d’instiller au fur et à mesure la part fantastique avant qu’elle explose en pleine face du lecteur.
Beaucoup des qualités du roman tiennent dans l’humanité folle de ses protagonistes. Les deux pêcheurs en tête, on s’accroche à leurs destins tragiques, qu’on croit réels, qui nous touchent profondément, sans pathos inutile. Les autres résonnent tout aussi vrais, dans un autre style.
Avec style
Le style, parlons-en. Comme le dit l’auteur dans sa postface, il a eu du mal à trouver un éditeur original, le roman étant qualifié de trop littéraire pour de l’horreur ou trop horrible pour être littéraire. C’est pourtant sa plus grande qualité ! La plume est belle, expressive, éloquente, déchirante aussi. De la belle ouvrage entièrement mise au service de l’histoire.
Toute bonne histoire d’horreur se repose sur de vraies bases et sert aussi de métaphore et d’allégorie, c’est le cas ici dans cette intrigue en cascade avec ses différents niveaux de lecture.
Bascule
La bascule entre le réel et l’irréel est brutale, perturbante. Chaque lecteur aura ses préférences sur ces passages, la mienne va clairement à la touchante, triste et lucide évocation du deuil. La part d’humanité y est intensément poignante, sans jamais surjouer, avec une belle sensibilité.
The Fisherman est un roman d’horreur littéraire, presque hypnotique, qui sait jouer de ses influences pour briller à l’image de sa couverture. John Langan est un écrivain talentueux et sincère, qui utilise les histoires de genre pour raconter de magnifiques personnages. Un roman à la fois éprouvant, troublant et parfois bouleversant.
Yvan Fauth
Sortie : 27 novembre 2024
Éditeurs : J’ai lu (inédit)
Genre : fantastique / horreur
Traduit par : Thibaud Eliroff
4ème de couverture :
Au nord de l’État de New York, dans les bois de Woodstock, Dutchman’s Creek coule paisiblement. Une rivière poissonneuse mais quasi inaccessible, et bien plus profonde qu’il n’y paraît…
Ce matin-là, Abe et Dan – deux veufs liés par la solitude et l’amour de la pêche – décident de tenter l’aventure. Surpris par une pluie torrentielle, ils se réfugient au Herman’s Diner, dont le patron va leur raconter l’incroyable histoire de Dutchman’s Creek. « Folklore », pensent-ils.
Pourtant, ils appartiendront bientôt corps et âme à cette légende aussi ancienne que ténébreuse…
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Catégories :Littérature

Voilà une chronique qui donne envie. On te sent emballé et ça fait plaisir ♥️
Ce n’est pas le livre du siècle, mais j’aime beaucoup l’approche de l’auteur, sa manière de raconter, les émotions qu’il fait passer. Et j’aime beaucoup l’homme que j’ai rencontré aux Quais du polar, et écouté en conférence. Une belle rencontre littéraire
Je me méfie des livres aux couvertures qui brillent, mais ta présentation est suffisamment intrigante pour qu’on l’oublie 🙂
C’est noté, merci !
On en parle de la couverture ? Pas étonnant que tu aies été hameçonné. Merci à toi pour la chronique 🙏 😘
Tout à fait le genre d’histoire que j’adore !
Il est toujours dans ma PAL…
A la vitesse où tu lis, où tu ingurgites des livres, comment tu peux encore avoir une PAL ? 😁
Parce que malgré tout, j’ingurgite moins vite que le stock ne monte 😆